Agrafil du 09 novembre 2021

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Irrigation: tollé après des actions visant des retenues d’eau dans le Centre-Ouest

Condamnées par le gouvernement, justifiées par la Confédération paysanne (Conf'), les actions le 6 novembre contre des retenues d’eau dans les Deux-Sèvres et en Charente-Maritime suscitent l’émotion, notamment sur Twitter. Plusieurs ministres, dont Gérald Darmanin (Intérieur), Julien Denormandie (Agriculture), Bérengère Abba (Biodiversité), ont dénoncé ces «dégradations» dans le cadre d’une manifestation à Mauzé-sur-le-Mignon (Deux-Sèvres) contre les «bassines» destinées à l'irrigation. «Un leader syndical ne peut pas appeler ou justifier une action illégale», a notamment réagi Julien Denormandie aux propos du syndicaliste Nicolas Girod. Le porte-parole national de la Conf' avait justifié sur son compte Twitter une «action de démontage [qui] vise l'accaparement, la privatisation d'un [bien] commun à coups d'argent public pour un modèle dépassé». «Écœurant!», s’est emporté Sébastien Windsor, président de l’APCA (chambres d’agriculture): «Combien de temps faudra-t-il encore avant que la justice ne protège ceux qui créent la protection sociale autant que ceux qui en vivent; ceux qui entretiennent les territoires ruraux grâce à cette eau précieuse plutôt que ce qui détruisent!»

Climat: la communauté internationale sous-estimerait ses émissions (presse)

La communauté internationale sous-estimerait des émissions de 8,5 à 13,3 milliards de tonnes de CO2-équivalent sur un total estimé à 44,2 milliards de tonnes, selon une enquête publiée par le Washington post le 8 novembre. «Au plus bas, cette différence représente l’équivalent des émissions annuelles des États-Unis», précisent les journalistes américains. Près de 59% du fossé identifié provient selon l’article «de la manière dont les pays évaluent les émissions du secteur des terres», avec un stockage de carbone qui n’atteindrait pas «l’ampleur déclarée par les pays». Malgré une surface de forêt cinq fois inférieure à l’Indonésie, illustrent les auteurs, la Malaisie revendique par exemple un stockage de carbone identique à sa voisine. Plusieurs pays, dont la Russie ou les pays du Golfe sous-estimeraient par ailleurs les émissions de méthane issues de leurs industries pétrolières et gazières. «Un problème central se trouve dans les lignes directrices des Nations unies, qui n’imposent aucune mesure atmosphérique ou par satellite», observe le Washington Post. Pour établir ces chiffres, les journalistes précisent avoir comparé les chiffres des Nations unies avec plusieurs études indépendantes, en établissant des régressions linéaires pour les Etats n’ayant pas soumis d’évaluations récentes de leurs émissions.

Faim dans le monde: trois millions de personnes de plus en insécurité grave en 2021

Près de 45 millions de personnes dans 43 pays vivent désormais dans une insécurité alimentaire aiguë, a indiqué le 8 novembre le Programme alimentaire mondial (PAM). Alors qu’au début de l’année 2021, l’agence onusienne avait enregistré déjà un chiffre alarmant de 42 millions de personnes, les trois autres millions qui se sont ajoutés depuis s’expliquent en particulier par une aggravation rapide des conditions de vie en Afghanistan. «Des dizaines de millions de personnes sont au bord du gouffre. Les conflits, le changement climatique et la Covid-19 ont augmenté le nombre des personnes en situation de famine aiguë», alerte le directeur exécutif du PAM David Beasley. Tout en ajoutant que «les prix des carburants augmentent, les prix des produits alimentaires montent en flèche, les fertilisants sont plus chers, tous ces facteurs alimentent une nouvelle crise comme celle qui sévit actuellement en Afghanistan, ainsi que les situations d’urgence de longe date comme au Yémen et en Syrie». Par ailleurs, des situations de famine aiguë sont également constatées en Éthiopie, en Haïti, en Somalie, en Angola, au Kenya et au Burundi, souligne le PAM.

Influenza: les éleveurs de volailles de Bresse refusent de confiner leurs volailles

Les producteurs de volailles de Bresse refusent d'appliquer l'obligation de mettre leurs volailles à l'abri, effective depuis le passage le 5 novembre en niveau de risque «élevé» pour l'influenza aviaire. «C'est une décision de filière», explique-t-on au CIVB (interprofession des volailles de Bresse). «Si on supprime l'accès au parcours, nos volailles ne répondent plus au cahier des charges AOP», explique Morgan Merle, éleveur et président des JA de l'Ain, à Agra Presse. Or, «la volaille de Bresse se vend 14 €/kg, contre 2 €/kg pour la volaille standard'», précise-t-il à France 3. Avant la révision des règles sanitaires de cet automne, les volailles de Bresse pouvaient bénéficier d'une dérogation à l'obligation de claustration, à demander individuellement par chaque exploitation et validée par les services vétérinaires. Le CIVB indique avoir envoyé courant octobre un courrier au ministère de l'Agriculture pour demander le rétablissement de cette dérogation. A cette occasion, la filière a proposé des «alternatives au confinement: réduction du parcours au minimum permis par le cahier des charges, ouverture des trappes différée dans la matinée, allongement de la phase de démarrage». Une requête à laquelle la Rue de Varenne n'a pas encore répondu, selon le CIVB.

Semences: le nouveau plan national met l’accent sur la diversité cultivée (ministère)

Le plan «Semences et plants pour une agriculture durable», dont une nouvelle version est lancée après celle de 2016, «met tout particulièrement l’accent sur le rôle des semences dans la diversité cultivée», a indiqué 8 novembre le ministère de l’Agriculture. Il vise à «favoriser les couverts végétaux complexes, qui permettent d’accroitre la régulation biologique et la résilience des systèmes de culture», selon un communiqué. Cela consiste par exemple à évaluer l’aptitude des variétés à la culture en mélange ou en association d’espèces. Des actions en faveur de la préservation des ressources génétiques vont être renforcées, poursuit le ministère. Il s’agira entre autres de «faciliter le retour sur le marché de variétés anciennes». En ligne avec les objectifs de la stratégie européenne De la ferme à la table, le plan prévoit de renforcer l’évaluation de l’efficacité des variétés à résister aux ravageurs, à utiliser les minéraux du sol et l’eau. Une autre priorité, sur la qualité de l’alimentation, vise à renforcer l’évaluation des critères organoleptiques et nutritionnels, développer des variétés plus adaptées à la bio. S’inscrivant dans la stratégie nationale sur les protéines, le plan ambitionne de doper la recherche sur les légumineuses.

Canards gras: les coûts de production flambent de 13,8% en 2021, alerte le Cifog

Entre la flambée des matières premières et les surcoûts liés à la biosécurité contre l'influenza aviaire, le coût de production par «canard élevé et engraissé» augmentera de 13,8% en 2021, alerte l'interprofession du foie gras (Cifog) dans un communiqué du 5 novembre. Cette hausse équivaut à +2,57 € par canard, selon ses calculs. «La hausse va se poursuivre en 2022», prévient la filière, selon qui «seule la répercussion de la totalité de ces augmentations pourra assurer la survie de la filière». Dans le détail, cette flambée concerne de nombreux postes de charges: matières premières pour l'alimentation animale (+28,3% sur un an, en octobre), canetons (+10% en 2021), charges «structurelles» (+17,2%), sans oublier le transport des animaux vivants (+3,5% sur un an, en septembre). S'y ajoutent des augmentations liées à la main-d'œuvre (+2,2% pour le Smic depuis le 1er octobre), «à l’énergie, aux emballages ou encore aux carburants». Comme le rappelle le Cifog, «les professionnels se relèvent (…) de deux années difficiles, marquées par l’influenza aviaire et la crise Covid, et ne peuvent pas faire face, seuls, à la hausse spectaculaire de leurs coûts».

Varenne de l'eau: la sélection n’offrira pas de «solution miracle» (Inrae/CGAAER)

Parmi les 25 contributions soumises au ministère par les filières dans le cadre du Varenne de l’eau et du changement climatique, «la sélection génétique apparaît au premier rang des sujets à privilégier», a souligné Thierry Caquet, directeur scientifique Environnement d’Inrae, à l’occasion d’une visioconférence le 8 novembre. «Le besoin de mobiliser les technologies NBT (nouvelles techniques de sélection, NDLR) et de faire évoluer la réglementation revient aussi fréquemment», a-t-il poursuivi. Mais pour l’heure, a rappelé de son côté le directeur de recherche à l’Inrae François Tardieu, la sélection végétale s’est plutôt concentrée sur le rendement. «Nous n’avons pas vraiment changé le génome de résistance à la sécheresse», a insisté le chercheur, évoquant des gènes encore sous-exploités sur le contrôle de la transpiration ou les régulations hormonales. «Il n’y a pas de solution miracle. Nous ne pourrons pas faire à la fois du rendement et de l’adaptation à la sécheresse», a tranché pour sa part François Champanhet, membre du CGAAER et co-rapporteur de la deuxième thématique du Varenne. Dans les contributions des autres parties prenantes du Varenne, comme les organismes de recherches ou collectivités, c’est en revanche l’évolution des techniques culturales qui a été citée comme enjeu prioritaire. «La génétique ne pourra pas répondre à tous les enjeux, et il faudra trouver des complémentarités avec l’agronomie», a confirmé Thierry Caquet.

Présidentielle: les propositions agricoles du Pacte du pouvoir de vivre

À 150 jours des présidentielles, «l’alliance des 64 organisations du Pacte du pouvoir de vivre que nous représentons a décidé de partir en campagne», indiquent les membres du Pouvoir de vivre dans une tribune publiée le 6 novembre dans le Journal du dimanche. Cette campagne, précise le mouvement fondé en 2019 par la FNH et la CFDT, visera à défendre les 90 propositions dévoilées fin octobre. Dans le secteur agricole, le collectif souhaiterait sortir des pesticides en 2035, interdire les engrais de synthèse d’ici 2050, imposer une option végétarienne quotidienne dans les collèges et lycées, ou encore conditionner les aides à l’installation au respect de pratiques agroécologiques. «Ces 90 propositions forment un tout, un ensemble cohérent, partagé», affirment les organisations. «Je partage l’ambition, la philosophie et une très grande majorité des 90 propositions soumises», a réagi le candidat écologiste Yannick Jadot sur Twitter, à la suite d'une interview de Laurent Berger le 5 novembre sur France Inter.