Budget de l'UE : le retour de la bataille des « frugaux » contre les « amis de la Pac »
Au contraire des nombreux ministres de l’Agriculture qui s’en inquiètent, le groupe des Etats membres dits « frugaux » (Allemagne, Pays-Bas, Autriche, Finlande, Suède…) semble assez satisfait des propositions de la Commission européenne sur le prochain budget de l’UE y compris les récents ajustements proposés la Pac. Leur chef de file, l’Allemagne, a salué le 17 novembre à Bruxelles à l’occasion de la réunion des ministres des Affaires européennes, la nouvelle approche qui prévoit de fusionner la Pac et la politique de cohésion au sein d’un fonds unique. « Il est primordial que les États membres aient la possibilité de définir leurs propres priorités », a justifié Gunther Krichbaum ministre d’État allemand chargé des Affaires européennes. La France, l'Italie, la Pologne, la Roumanie, l'Espagne, la Hongrie ou encore la Belgique, au contraire, s’en inquiètent. Benjamin Haddad, ministre français des Affaires européennes, a plaidé pour maintenir des spécificités de la Pac, éviter les distorsions de concurrence et empêcher une forme de renationalisation de l’agriculture. Le cadre financier pluriannuel fera l’objet d’une première discussion entre les chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE lors de leur sommet des 18 et 19 décembre à Bruxelles.
Budget de l’UE 2026 : hausse pour la promotion, baisse pour les fruits et légumes
Les colégislateurs européens sont parvenus, le 15 novembre, à un accord sur le budget de l'UE pour 2026. Au niveau agricole, cela devrait notamment se traduire par une hausse de 91 millions d'euros (M€) pour les mesures de marché et les interventions des États membres. Dans le détail, la lettre rectificative de la Commission européenne inclut 105 M€ supplémentaires pour la politique de promotion, après une baisse de 53,9 M€ en 2025, alors que se prépare le lancement de la campagne « Buy European food ». « Cette augmentation a été rendue possible par des recettes et des fonds reportés plus élevés que prévu », précise le Parlement européen. Un revirement après les coupes dans les programmes multiples de promotion en 2025 pour financer l’aide à l’Ukraine qui avaient suscité une vive polémique. En parallèle, les programmes sectoriels pour les fruits et légumes et l'apiculture devraient être réduits respectivement de 13 M€ et de 1 M€. A noter également, 157 M€ supplémentaires pour les paiements directs, car les niveaux d'exécution en 2026 devraient rester élevés, suivant la tendance de 2025. Le Conseil de l’UE doit à présent formellement adopter le compromis, qui devra ensuite être voté, le 20 novembre, en commission parlementaire des Budgets avant une validation définitive en session plénière du Parlement européen, à Strasbourg, le 26 novembre.
Eau: le coût de la dépollution au coeur du congrès des maires
Pesticides, nitrates, «polluants éternels»: le coût de la dépollution de l’eau promet d’exploser dans les prochaines années, s’est alarmée le 18 novembre l’association UFC-Que Choisir, pour qui collectivités et consommateurs ne doivent pas supporter seuls l’augmentation de la facture d’eau. Lors du Salon des maires de France qui s’est ouvert le 18 novembre, la question du coût de la gestion de l’eau est dans toutes les têtes, en témoignent les nombreuses conférences et tables au programme. Une étude publiée fin 2024, financée en partie par le ministère de la Transition écologique, estimait à 13 milliards d’euros par an les dépenses supplémentaires qu’il faudrait engager pour la politique de l’eau, dont 5 milliards rien que pour les coûts environnementaux. Les investissements dans des techniques comme la filtration membranaire, qui se chiffrent en milliards d’euros, sont supportables pour de grandes structures comme le Syndicat des eaux d’Ile-de-France (Sedif), compte tenu du large bassin de population concernée et des «économies d’échelle», mais «que vont faire les petites collectivités?», s’alarme Olivier Andrault. L’UFC-Que Choisir demande un «renforcement des procédures d’autorisation des pesticides», des «mesures préventives de protection des captages» et «une aide ciblée aux petites communes grâce à un relèvement de la redevance pour pollution diffuse» acquittée par les agriculteurs.
Évaluation des risques : 24 organisations de l’UE poussent pour un allégement
Espérant profiter de la vague de simplification de la législation lancée par la Commission européenne, vingt-quatre organisations professionnelles du secteur agroalimentaire de l’UE - Euroseeds (semences), FoddDrink Europe, Fefac (alimentation animale), Croplife (pesticides)… - appellent la Commission européenne à alléger le processus d’évaluation des risques. Dans une lettre du 18 novembre adressée à plusieurs commissaires européens (Agriculture, Santé…), ces associations dénoncent « la complexité et l’imprévisibilité croissantes des évaluations des risques de l’UE ainsi que « l’augmentation des coûts réglementaires et des charges administratives préalables à la mise sur le marché » pour les produits de protection des plantes ou les nouvelles techniques de sélection génomique. Elles comptent notamment sur l’évaluation que mène actuellement Bruxelles sur les performances de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) dont les conclusions sont attendues au 2e trimestre de 2026. Avant cela, la Commission européenne devrait présenter dès le 16 décembre un paquet omnibus de simplification de la législation sur la sûreté alimentaire qui comprendra un large volet concernant la mise sur le marché des produits phytosanitaires.
Climat : l’Occitanie appelle l’État et l’Europe à soutenir son plan de « résilience »
La région Occitanie a présenté le 14 novembre son plan « Ambition Occitanie Résiliente », qui vise notamment l’adaptation au changement climatique, et pour lequel elle demande le soutien financier de l’État et l’UE. Annoncé au lendemain de l’incendie historique qui a ravagé les Corbières cet été, ce plan vise « à renforcer, à l’horizon 2050, la protection de la population, des activités et de la biodiversité, prévenir les effets du dérèglement climatique tout en assurant un développement équilibré, juste et durable », selon un dossier de presse. L’exécutif régional veut y consacrer 14,5 Md€ : 2 Md€ de la région, 4,6 Md€ « demandés à l’État », 5,3 Md€ « demandés à l’UE » et 2,6 Md€ provenant des « autres cofinanceurs (collectivités, porteurs de projet privés, banques, etc.) ». Dans le détail, il comprend neuf plans sectoriels (agriculture, « énergie décarbonée », biodiversité, eau, etc.), qui seront « proposés aux élus régionaux entre novembre 2025 et juin 2026 ». Le plan pour la « souveraineté alimentaire et l’agriculture » sera présenté en juin 2026. Réunis en session plénière le 14 juin, les conseillers régionaux ont adopté les deux premières déclinaisons, consacrées à la réindustrialisation et à la biodiversité (création de deux réserves naturelles régionales par an, extension des sites Natura 2000, plantation d’un million d’arbres, etc.).
Maïs : en congrès, l’AGPM alerte sur les dangers d’une intégration de l’Ukraine
À l’occasion de son congrès le 18 novembre, l’AGPM (producteurs, FNSEA) a alerté sur les dangers que pourrait causer une éventuelle intégration de l’Ukraine à l’Union européenne d’ici 2030. Selon une étude prospective présentée lors du congrès, l’Ukraine pourrait gagner plus de 1 million d’hectares et atteindre 39 Mt d’ici 2030, « soit une hausse équivalente à la production française ». Sur la même période, l’Ukraine pourrait parvenir à transformer jusqu’à 40 % de sa production de maïs sur place d’ici 2030, ce qui ferait « émerger un concurrent direct sur des segments stratégiques : amidon, semences ou encore poulet », résume l’AGPM. Dans le détail, les pertes sont estimées jusqu’à 1,6 Mt de maïs vers la filière amidonnerie, jusqu’à 14 000 ha de maïs semences (voir ci-dessous) et jusqu’à 85 % de la production française de poulet, ce qui équivaudrait à 1,3 Mt de maïs. Au total, la filière craint une perte de débouchés correspondant à 663 M€. L’AGPM formule trois propositions à court terme : « conditionner les concessions commerciales avec l’Ukraine sur le maïs à la stricte réciprocité des standards de production en vigueur dans l’UE » ; « mettre en place des mesures de sauvegarde d’urgence sur les importations de semences de maïs ukrainiennes » ; « rénover le mécanisme de droits de douane relatif au maïs ».
Maïs semences : surfaces stables attendues l’an prochain, un nouveau virus inquiète
À l’occasion du congrès du maïs le 18 novembre, la filière maïs semences s’est inquiétée de la réémergence du virus MRDV (virus du nanisme rugueux sur maïs) dans le sud-ouest, qui n’avait plus été rencontré en France depuis une vingtaine d’années, et contre lequel les producteurs n’ont plus de moyens de lutte chimique. Selon la section semences de l’AGPM (producteurs, FNSEA) ce sont environ 6 000 ha qui ont été touchés cette année par cette maladie, transmise par la cicadelle brune. La zone la plus touchée est le sud de l’Aquitaine. Si les effets sur le volume national produit ne sont pas significatifs, les impacts sur les fermes touchées peuvent être importants, et l’absence de moyens de défense inquiète – essentiellement la filière semences, car la maladie a moins d’incidence en filière de consommation. D’après le président de la FNPSMS (filière) Pierre Pagès, les dégâts peuvent aller jusqu’à 60 % sur certaines parcelles, sans molécule efficace connue. « Nous n’avons identifié aucun moyen de lutte, et nous essayons de comprendre quels sont les facteurs de sa réémergence. » L’institut technique Arvalis est actuellement en cours de recherche de molécules en dehors de celles autorisées en France sur cette culture. Par ailleurs, le président de la FNPSMS s’attend à des « surfaces stables, en légère hausse ». « La campagne passée montre que l’eau va être déterminante », estime Pierre Pagès. Et de pointer le cas de la Roumanie, qui a perdu 70 % de sa production depuis deux ans à cause de difficultés d'accès à l'eau.
Maïs semences : les contrats incluant les coûts de production s'imposent lentement
Un an après avoir voté une résolution engageant les opérateurs à rediscuter leurs contrats en intégrant les coûts de production, de premiers résultats ont été dévoilés lors du congrès du maïs à Orléans le 18 novembre, qui ont déçu les représentants des producteurs. Moins de 15 % des organisations de producteurs avaient formellement introduit cet élément dans leurs contrats, et moins de 30 % avaient engagé un travail sur cette question. « On est très loin d’être à la hauteur de ce qui est nécessaire », a déclaré Stéphane Desrieux, secrétaire général de la section semences de l’AGPM (producteurs, FNSEA). L’élu rapporte également de faibles effets sur les niveaux de prix, dans un contexte de prix baissiers sur le marché des grains, sur lequel sont traditionnellement adossés les prix des semences. Le directeur adjoint de Syngenta France Xavier Thévenot voit, lui, le verre à moitié plein : « Nous avons établi les termes du débat », a-t-il déclaré, appelant à poursuivre les discussions. Ces négociations ont occasionné la démission d’un vice-président de l’AGPM Semences, Jérôme Dal, dont les fonctions de négociateur de son OP l’ont mis en froid avec le président du semencier Lidea, Pierre Pagès, par ailleurs président de la FNPSMS (interprofession). Son annonce, faite publiquement lors du congrès, a occasionné des réactions dans la salle : « Les présidents d’OP veulent savoir jusqu’où ils peuvent avoir votre soutien », a déclaré un producteur, en soutien à son homologue.
Maïs semences : pour Syngenta, la France va «garder le leadership» face à l'Ukraine
À l’occasion du congrès du maïs à Orléans, le 18 novembre, la section spécialisée semences de l’AGPM (producteurs, FNSEA) a présenté une étude à horizon 2030 sur les scénarios d’évolution des importations de semences de maïs ukrainiennes, qui ont fortement augmenté depuis l’équivalence sanitaire accordée par l’UE en 2021. Dans les scénarios de statu quo et d’intégration à l’UE, les exportations augmentent respectivement de 73 % et 133 %, tandis que, en cas de victoire de la Russie, les exportations baisseraient de 41 %. Dans les deux premiers scénarios, les surfaces françaises reculeraient de 8 000 et 14 000 ha – elles sont actuellement d’environ 60 000 ha. En charge de l’agriculture au Crédit agricole Ukraine, Alexandre Tchesnakoff a confirmé les velléités de croissance en Ukraine, avec un objectif affiché de doubler le tonnage d’ici 2030. L’AGPM Semences a rappelé sa demande de déclencher une clause de sauvegarde européenne, à la suite de l’augmentation importante des importations ukrainiennes – une proposition qui n’a pas encore été soutenue par le ministère de l’Agriculture. Le directeur adjoint de Syngenta France, Xavier Thévenot, s’est voulu rassurant : « Nous voyons davantage l’Ukraine comme un concurrent de la Roumanie et de la Hongrie. La France va garder son leadership. » Il a toutefois indiqué qu'elle devait se libérer de certains «boulets» réglementaires.
Céréales/biocontrôle: Amoéba et Syngenta développent un fongicide sur blé
Dans un communiqué du 18 novembre, la start-up française Amoéba et le groupe agrochimique suisse Syngenta annoncent avoir signé un protocole d’accord « visant à développer et commercialiser des solutions de biocontrôle novatrices pour les marchés de l'Union européenne et du Royaume-Uni ». Les entreprises prévoient ensuite de « négocier un accord de distribution définitif » d’ici le printemps 2026. L’accord porte sur des bio-fongicides visant à lutter contre « les principales maladies du blé » : septoriose du blé et rouille jaune. La première touche « environ 9 à 12 Mha de blé », avec des chutes de rendement de 5 à 50 % (entraînant des pertes de 1,5 Md€ « rien qu’en Allemagne »), selon le communiqué. Quant à la rouille jaune, elle « peut réduire les rendements de 10 à 70 % et même entraîner une perte totale des récoltes pour les variétés sensibles », préviennent les partenaires. Ces solutions de biocontrôle seront produits à partir de lysat d’amibes, la spécialité d’Amoéba, qui « présente un fort potentiel pour faire évoluer la protection biologique des cultures », selon le communiqué. Fin octobre, Amoéba avait aussi présenté un bio-fongicide pour la vigne (mildiou et oïdium), pour lequel il espère bientôt une homologation « fin 2025 ou début 2026 ».
Antibiorésistance : un réseau européen en gestation sur les animaux malades
À travers le programme EARS-Vet (2024-2028), l’Anses participe avec 37 partenaires à la construction d’un réseau européen de surveillance de l’antibiorésistance chez les animaux malades, a-t-on appris lors d’une conférence de presse le 13 novembre. L’agence sanitaire française dispose depuis 1982 du réseau national de surveillance Résapath, où l’antibiorésistance est analysée à partir des prélèvements collectés par 103 laboratoires. « Nous avons le réseau le plus consolidé en Europe et nous avons pris l’initiative de participer à la construction d’un Résapath européen », indique Jean-Yves Madec, directeur scientifique de l’axe « résistance » à l’Anses. Selon lui, « il extrêmement important d’avoir cette surveillance fine par type de molécules et d’infections. C’est comme cela que l’on fonctionne en médecine humaine. » D’après le rapport annuel de Résapath, les 121 872 antibiogrammes collectés en 2024 (+30 % en un an) ont permis de confirmer que la résistance aux antibiotiques chez tous les animaux se situe « à des niveaux globalement bas et stables ». En particulier, la résistance des bactéries Escherichia coli aux antibiotiques critiques pour la santé humaine « a atteint un palier bas (4-7 %) à très bas (moins de 3 %) » pour « la plupart des espèces animales ».
Antibiotiques : besoin d’affiner les données pour relancer la réduction (Anses)
L’exposition des animaux aux antibiotiques est stable en 2024, indique l’Anses dans son rapport annuel sur l’antibiorésistance paru le 18 novembre, ce qui confirme l’atteinte d’un palier en la matière. L’indicateur ALEA* se situe à 0,307 (-0,4 % par rapport à 2023), soit quasiment l’objectif du plan Ecoantibio 3 (moins de 0,3 d’ici 2028). Depuis 2011, l’exposition des animaux (calculée à partir des ventes d’antimicrobiens) a été réduite de moitié, avec des baisses particulièrement importantes en élevage hors-sol (-71 % en volailles, -65 % en porcs). Après cette phase de baisse massive, « nous avons maintenant besoin d’ajustements plus fins » pour aller plus loin dans la réduction, explique le directeur de l’Agence nationale du médicament vétérinaire (ANMV) Franck Fourès. L’enjeu principal porte désormais sur le suivi des usages, déclarés notamment par les vétérinaires, afin d’obtenir des données par pathologie et sous-catégories d’animaux (espèces de volailles, catégories de bovins). Bien qu’obligatoire sur le plan réglementaire, « la remontée des données est encore insuffisante », déplore M. Fourès, plaidant pour une meilleure information des praticiens. En 2024, on dénombrait 19 % de déclarants parmi les vétérinaires inscrits à l’Ordre (contre 3,77 % en 2023), pour 28 % des tonnages.
* Animal Level of Exposure to Antimicrobials (poids vif traité divisé par la biomasse potentielle utilisatrice d’antimicrobiens)
Porc : le cadran frôle les 1,5€/kg, les éleveurs du Grand-Ouest veulent un sursaut
Les FRSEA et JA de Bretagne et des Pays de la Loire appellent à une «mobilisation collective» pour faire remonter le prix afin de « préserver la filière » dans un communiqué du 18 novembre. Les syndicats avertissent que le prix de base au cadran de Plérin est sur le point de passer sous la barre de 1,50 €/kg, ce qui « enverrait un signal désastreux pour les éleveurs et pour l’ensemble de la filière ». En effet, le prix est en chute de 20% depuis juillet 2025, et se situe « bien en-deçà du coût de production estimé à 1,892 €/kg », font-ils reconnaître. « Nos éleveurs sont engagés au quotidien pour la qualité, le bien-être animal et l’environnement : ils ne peuvent plus continuer à produire à perte », argumentent-ils. Aussi, appellent-ils les abatteurs, centrales d’achat et distribution, etc. à prendre leurs responsabilités. « Ensemble, nous pouvons encore éviter une crise majeure et assurer un avenir durable pour la filière porcine française. FRSEA et JA Pays de la Loire et Bretagne restent mobilisés et attentifs aux engagements concrets des distributeurs », concluent-ils.
Produits laitiers : le gwell breton veut son AOP, exclusivement en bio
Le comité national des appellation agroalimentaires de l’Inao qui se réunit les 17 et 18 novembre étudie la demande de reconnaissance du gwell comme appellation d’origine protégée (AOP) portée par l’Association des paysans producteurs de gwell (APPG). Le cahier des charges présenté prévoit de protéger la dénomination gwell, produit confectionné exclusivement à partir de lait de vache pie noir dans une zone comprenant la Région Bretagne et le nord de la Loire-Atlantique. A noter deux points jamais intégrés dans une AOP : le gwell sera exclusivement biologique, et les producteurs devront obligatoirement réaliser d’autres produits comme de la crème ou du fromage à partir du ferment gwell. Le gwell est un « lait entier fermenté, élaboré par la méthode du repiquage en ensemençant du lait frais avec une fraction de gwell de la fabrication précédente », selon la définition de l’APPG. Onze producteurs bio qui fabriquent du gwell sont regroupés au sein de l’APPG qui échange depuis sa création en 2019 avec les services de l’Inao afin de présenter un dossier techniquement complet. Selon l’association, qui détient déjà la marque gwell depuis 1993, l’obtention de l’AOC pourrait mettre, au mieux, deux ans, ouvrant la voie ensuite à l’obtention d’une AOP.
Fromages AOP : production record d’abondance en 2024, en hausse de 7%
L’année 2024 a été une année record pour le fromage abondance, avec un volume produit de 3624 tonnes, en hausse de 7% par rapport à 2023, indique du Syndicat interprofessionnel du fromage abondance AOP (Sifa) le 18 novembre. 36 millions de litres de lait ont été transformés, « volume le plus haut jamais atteint ». Les fabrications progressent de 4,5% et les ventes de 3,8 %. Le chiffre d’affaires s’établit à 46,5 M€. Cette production élevée s’explique en partie par « la réouverture d’un atelier à Groisy et l’arbitrage des producteurs de lait entre le reblochon et l’abondance, au profit de ce dernier », selon Joël Vindret, directeur du Sifa. Le reblochon est une filière mature pour ce qui est des volumes alors que l’abondance est en progression constante depuis ces dernières années. Sans être encore en mesure de dévoiler les données de 2025, Joël Vindret anticipe une production qui atteindra « au moins le même tonnage qu’en 2024, peut-être en légère hausse », grâce à l’absence de sécheresse, un volume de fourrage satisfaisant et pas d’impact de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) sur le cheptel puisque l’aire géographique de l’abondance n’a pas connu d’abattages, ni sur la consommation avec des clients qui sont toujours au rendez-vous.
Fromages : l’AOP abondance en réflexion pour modifier son cahier des charges
« Une réflexion est menée actuellement en vue d’une modification de notre cahier de charges », indique Joël Vindret, directeur du Syndicat interprofessionnel du fromage abondance AOP (Sifa), reconnu comme Organisme de défense et de gestion (ODG). Cette demande de modification pourrait être soumise à l’Inao « en fin d’année 2025 », précise-t-il. Plusieurs points sont en discussion, notamment en ce qui concerne l’alimentation des vaches. Par exemple, le Sifa demande à introduire le sainfoin déshydraté pour les vaches et la paille pour les génisses. La durée minimale de pâturage fixée à 150 jours par an dans le cahier des charges actuel ne serait pas modifiée, même si des demandes de dérogations ont été accordées en 2018 et 2022 pour cause de sécheresse. En parallèle de cette demande, le Sifa anticipe les évolutions à venir en s’étant doté en mars 2025 d’un plan stratégique à horizon 2030. Deux sujets de préoccupation sont notamment pris en compte : l’érosion de cheptel de vaches de la race abondance et la future baisse du nombre d’éleveurs et de transformateurs. La filière abondance regroupe 168 producteurs de lait, 70 producteurs fermiers, 38 fromagers et 11 affineurs qui ont produits 3624 tonnes de fromage en 2024.
Vin bio: ventes en «hausse constante», malgré un décrochage en grande distribution
L’interprofession Sudvinbio a souligné le 18 novembre une croissance régulière des ventes de vin biologique, malgré leur décrochage en grande distribution. Elles atteignent 1,878 milliard d’euros en 2024, marquant une « hausse constante » (+7 % par rapport à 2023), a indiqué le président Julien Franclet en conférence de presse. L’évolution est la même en volume, à 2,856 Mhl (+7 %). En phase avec « une mutation de la consommation », le vin bio s’inscrit dans le « boire moins mais mieux », d’après lui. La plupart des circuits de distribution profitent de cette dynamique. Chez les cavistes, les ventes de vin bio affichent en valeur +13 % l’an dernier, en CHR (cafés, hôtels, restaurants) +12 %, à l’export +10 %, en vente directe +10 %, dans les magasins bio +2 %. Seule la grande distribution est dans le rouge, à -8 % (après -4,6 % en 2023). Une situation qui pénalise notamment les caves coopératives et le négoce, dont 22 % des volumes sont écoulés en GMS. Mais Sudvinbio veut « soutenir la consommation sur l’ensemble des circuits car les volumes de production excèdent encore la demande ». Entre 2010 et 2024, les surfaces de vignes bio ont été multipliées par sept (à environ 142 000 ha), rappelle l’interprofession, notant toutefois « une décélération des conversions » (22 702 ha en 2024 contre 39 475 ha en 2023).
Horticulture : le manifeste de la filière en vue des municipales 2026
A l’occasion du Congrès des maires qui se tient à Paris le 18 novembre, l’interprofession horticole Valhor a présenté son manifeste « Territoires Durables » qui appelle les élus et les décideurs publics, quelques mois avant les élections municipales 2026, à faire du végétal un axe structurant de leur action. Pour ce faire, elle propose l’intégration systématique des professionnels de la filière dans les politiques d’aménagement et des mesures pratiques. Sur le fond, elle propose : une séparation du lot « espaces verts / espaces de nature » des lots VRD (Voieries Réseaux Divers) dans les appels d’offres, une modulation de la fiscalité des jardineries pour tenir compte de leur plus faible rentabilité au m², l'application de la règle des “3/30/300” (chaque habitant peut voir trois arbres depuis son domicile ou son lieu de travail, que son quartier contienne au moins 30 % de canopée, et que chacun réside à environ 300 m d’un parc ou d’un jardin). Valhor appelle aussi à développer des partenariats public-privé pour végétaliser les espaces privés (copropriétés, logements sociaux, jardins partagés) et à renforcer le maillage des commerces de proximité en centre-ville (dont les commerce de fleurs et plantes). La profession souhaite aussi la mise en place d’une fiscalité verte incitative (locale et nationale), tout en préservant le crédit d’impôt « Services à la Personne » (SAP) pour les petits travaux de jardinage.
Biomasse : partenariat entre Horizom et Fiboo autour du bambou en Hauts de France
Horizom, entreprise française qui développe la culture du bambou, et Fiboo (groupe Baudelet), spécialisée dans les matériaux biosourcés, annoncent leur partenariat pour implanter une filière dédiée à la production d’isolants biosourcés à base de bambou, dans un communiqué de presse le 18 novembre. Dès cette année, il prévoit la plantation de 400 hectares de bambou dans la région. La biomasse produite sera ensuite transformée dans l’usine de Fiboo à Blaringhem (59). Dans le cadre de ce rapprochement, Horizom, qui dispose d’une bambousaie de 350 ha dans l’Indre et d’une pépinière de 8 ha dans les Landes, assurera la recherche et l’accompagnement agronomique d’environ 40 exploitants se situant à 100 kms à la ronde de l’usine de valorisation, dans les départements du Pas-de-Calais (62), du Nord (59) et de la Somme (80). Lorsque les bambous plantés auront atteint leur rendement maximum d’ici huit ans, ils produiront 27 tonnes de matière sèche par ha et par an. À terme, Horizom et Fiboo ambitionnent d’en valoriser annuellement 10 000 tonnes qui serviront principalement à fabriquer des panneaux isolants destinés à la construction et à la réhabilitation de bâtiments. Sur la base de 10 000 tonnes de matière sèche, Fiboo produira 1 millions de m2 d’isolant par an, soit l’équivalent de 5 000 maisons de 70 m2 isolées.
Agrivoltaïsme : l'observatoire sera élargi nationalement « d’ici début 2026 »
Le gouvernement a publié le 18 novembre une première version de l’Observatoire de l’agrivoltaïsme, accompagné d’un panorama de l’Ademe dans cinq régions qui sera élargi nationalement « d’ici le début de l’année 2026 ». Mis en ligne cet été, l’outil recense « 218 installations photovoltaïques sur fonciers agricoles (mises en place ou autorisées pour la plupart avant la réglementation issue de la loi Aper) représentant une puissance cumulée de plus de 2,2 GWc », dont 121 installations déjà en exploitation, selon le communiqué. Un panorama de l’Ademe, publié le 23 septembre, vient le compléter. Plus de 1 600 projets y sont recensés dans les cinq régions étudiées (Nouvelle-Aquitaine, Occitanie, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Bourgogne-Franche-Comté et La Réunion). Ce travail inédit donne une vue sur la localisation des centrales solaires, leur taille, les productions agricoles concernées. « L’Observatoire de l’agrivoltaïsme, en tant qu’outil de suivi national, permettra d’accompagner le déploiement national de la filière agrivoltaïque, tout en protégeant la vocation essentielle des terres agricoles de produire de l’alimentation pour préserver la souveraineté alimentaire de la France », souligne le gouvernement.
Agroalimentaire : Yuka rejoint le collectif En vérité, vers une «stratégie commune»
Yuka rejoint le collectif En vérité, ont annoncé les deux organisations le 18 novembre dans un communiqué commun. L’application qui aide les consommateurs dans leurs choix de denrées alimentaires et le collectif demandant plus de transparence sur les ingrédients « travaillent désormais à une stratégie commune » qui consistera à « créer un système d’étiquetage simple et lisible, complémentaire du Nutri-Score, pour identifier les produits ultra-transformés, inciter les industriels à reformuler leurs recettes, en supprimant les additifs et les ingrédients ultra-transformés et structurer un mouvement d’acteurs engagés, associant consommateurs, distributeurs, marques (...), institutions et acteurs de la santé. » Le collectif compte s’ouvrir l’année prochaine à « d’autres partenaires désireux d’agir concrètement sur la question de l’ultra-transformation. » L'application mobile Yuka indique compter plus de 75 millions d'utilisateurs dans le monde. Elle permet de contacter directement les entreprises utilisant des additifs à risque élevé pour leur demander de les supprimer. De son côté, le collectif regroupe 60 marques agroalimentaires et un distributeur, Biocoop.
Lait : Isabelle Bravard prend la direction de General Mills France Iberia
General Mills a annoncé le 18 novembre la nomination d’Isabelle Bravard au poste de directrice générale France Iberia (Espagne, Portugal). « Cette nomination est effective depuis le 29 septembre 2025 », indique un communiqué. « Isabelle succède à Sophie de Krahe, avec la mission de poursuivre la stratégie de croissance du groupe en proposant aux consommateurs des produits de qualité et en renforçant les partenariats avec ses clients distributeurs grâce à des marques emblématiques qui tirent la croissance de leurs catégories. » Depuis 20 ans, Isabelle Bravard a occupé plusieurs postes chez Mars, Auchan, Mondelez et Capri-Sun.