États-Unis/Groenland : face aux menaces de surtaxes, l'UE prépare sa réponse
Alors que l’ombre de nouveaux droits de douane plane sur plusieurs États membres en raison de leur opposition aux velléités de Donald Trump de s’emparer du Groenland, les chefs d’État et de gouvernement de l’UE doivent se réunir le 21 janvier pour évoquer une riposte. Paris et Berlin plaident pour des contremesures, même si le chancelier allemand Friedrich Merz veut éviter l’escalade commerciale. De son côté, la Commission européenne mise sur la voie diplomatique. « Notre priorité est d'engager le dialogue, pas d'aggraver la situation », a répété le 17 janvier Olof Gill, son porte-parole au Commerce. En parallèle, la suspension de la première salve de mesures de rééquilibrage, qui imposaient des droits notamment sur l’agroalimentaire américain (alcools, soja), prendra fin le 6 février. « Cette expiration étant automatique, les droits entreront en vigueur dès le 7 février, à moins que Bruxelles, en consultation avec les États membres, ne décide de prolonger la suspension », a précisé Olof Gill. Et, à Strasbourg, les eurodéputés sont dorénavant réticents à valider la proposition sur la table facilitant l’accès au marché pour certains produits agricoles américains, publiée, elle, en août. « L'UE ne peut pas simplement passer à autre chose comme si de rien n'était », estime le rapporteur social-démocrate Bernd Lange (Allemagne).
Budget 2026 : Sébastien Lecornu fait le choix de recourir au 49.3
Sébastien Lecornu a tranché le 19 janvier en faveur d'un recours au 49.3 pour faire passer sans vote le projet de budget de l'État 2026. Le Premier ministre engagera donc la responsabilité de son gouvernement, s'exposant à des motions de censure annoncées par LFI et le RN, mais en comptant sur l'abstention des socialistes. En matière agricole, il avait souhaité le 13 janvier que le texte prévoie « un dispositif renforcé d’épargne de précaution, afin de mieux faire face aux chocs économiques via une possibilité de réintégration partiellement défiscalisée en cas de survenance d’un aléa économique ». Rappelons que le gouvernement s’était opposé, en première lecture, à pareille ouverture de la DEP (déduction pour épargne de précaution). Le Sénat l’avait, pour sa part, adoptée. Lecornu avait aussi annoncé le 13 janvier « un dispositif favorable à la mécanisation collective, sans que celui-ci touche au dispositif de traitement fiscal des plus-values ». En première lecture du PLF, des amendements (notamment du gouvernement) sur un crédit d’impôt « mécanisation collective » avaient été adoptés. C’est désormais le 49.3 qui se profile, dès le 20 janvier à l’Assemblée. Le texte reviendra ensuite au Sénat. Il sera sans doute purgé du crédit d’impôt haies, les députés ayant voté le 15 janvier pour sa suppression, avec l'avis favorable du gouvernement. En revanche, il devrait comprendre la défiscalisation des indemnités d’abattage sanitaire, issue d'amendements RN et LFI adoptés en nouvelle lecture.
Négociations commerciales : le climat des échanges s’améliore, selon le gouvernement
« Peut mieux faire », telle est l’appréciation émise par les cabinets des ministres Annie Genevard (Agriculture) et Serge Papin (Commerce et PME) à l’issue du comité de suivi des négociations commerciales qui s’est réuni le 19 janvier. Concernant les points qui semblent s’améliorer par rapport aux années précédentes, les cabinets citent des signatures de contrats entre distributeurs et PME qui seraient plus nombreuses à la même date. Une amélioration à mettre sur le compte de la charte signée en décembre et prévoyant la fin des négociations le 15 janvier pour les PME. Le climat des échanges semble aussi être plus apaisé, car les négociations se recentrent sur les fondamentaux, alors que la crise inflationniste semble passée. À l’occasion de la réunion, les ministres ont insisté sur l’importance de maintenir un bon climat des échanges jusqu’à la fin des négociations le 1er mars. Il reste toutefois des améliorations à apporter sur plusieurs points, car des menaces de déréférencements persistent de la part des distributeurs. Autres points de vigilance : les revenus des agriculteurs – en particulier dans le contexte des mobilisations de terrain –, les marges des transformateurs, le respect de la matière première agricole tel que le prévoit Egalim et enfin les centrales d'achat européennes utilisées pour contourner le loi française.
Amandes : la Compagnie des amandes attaque les producteurs américains pour dumping environnemental
La Compagnie des Amandes a annoncé, le 19 janvier, avoir déposé une plainte devant l’Autorité de la concurrence contre les producteurs américains d’amandes, qu’elle accuse « d’abus de position dominante ». L’entreprise française estime que ces acteurs faussent la concurrence en tirant parti de pratiques agricoles ayant des effets délétères sur l’environnement, pratique qualifiée de « dumping environnemental ». Selon la plainte, cet avantage compétitif reposerait d’abord sur une consommation d’eau particulièrement élevée, entre 12 000 et 16 000 m3/ha d’eau annuellement, soit jusqu’à quatre fois les besoins physiologiques des amandiers. Elle dénonce également une « monoculture intensive », qui impose la migration forcée de millions de ruches, entrainant des taux de mortalités des abeilles entre 30 et 40 % chez les apiculteurs. Enfin, elle pointe du doigt une utilisation massive de produits phytosanitaires, avec des vergers qui reçoivent près de cinq applications de pesticides par jour, incluant des substances interdites dans l’Union européenne (UE). Afin de restaurer un fonctionnement équilibré du marché, la Compagnie des Amandes demande notamment la mise en place « d’injonctions comportementales », dont l’interdiction de la surconsommation hydrique et de l’usage de pesticides interdits en UE pour les produits destinés au marché français.
Fruits et légumes : l’Inrae lance un observatoire des prix en circuits courts
À l’occasion du Sival à Angers le 14 janvier, l’Inrae a rendu accessible la version bêta d’un outil d’analyse des prix des fruits et légumes en circuits courts. Intitulé Pricco, il recense les prix enregistrés par les producteurs sur cinq plateformes en ligne que sont : La Ruche qui dit oui, Cagette, Socleo, le drive fermier de Bienvenue à la ferme et CoopCircuits. Actuellement, vingt fruits et légumes sont disponibles en conventionnel et en bio. Grâce à Pricco, « l’agriculteur peut se situer par rapport au marché, avoir une idée générale des prix », évoque Manon Pradère, ingénieur au sein de l’UMR Innovation de l’Inrae. Cet outil permet également de comparer les prix en circuit court à ceux de la grande distribution. « Le bio est presque toujours moins cher en circuit court », analyse-t-elle. À l’inverse, le conventionnel affiche, lui, des prix plus élevés en direct des producteurs. « La différence de prix entre le conventionnel et le bio est souvent plus restreinte en circuit court », commente l’ingénieure Inrae. L’analyse de l’évolution des prix de dix fruits et légumes frais sur plusieurs années montre par ailleurs une moindre réactivité des circuits courts face à la hausse des charges. « L’hypothèse est que les producteurs en circuits courts ont fait tampon avant de répercuter plus tard la hausse », analyse-t-elle. (Tanguy Dhelin)
Bovins/DNC : la FFCB (négociants en bestiaux) plaide pour déclassifier la maladie
Lors d’un rendez-vous avec Annie Genevard le 7 janvier, la FFCB (négociants en bestiaux) a plaidé auprès de la ministre de l’Agriculture pour une déclassification de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) dans la réglementation européenne, a indiqué son directeur Romain Ferrier à Agra Presse le 19 janvier. Alors que la DNC est classée en catégorie A (à éradication obligatoire et immédiate), le syndicat propose de la passer en catégorie B (à éradication obligatoire). « Cela pourrait être une solution pour dépassionner le débat, car, ce qui tend tout le monde, c’est l’abattage total » des lots infectés, explique le directeur de la FFCB. Et de développer : « En catégorie A, on n’a pas assez de latitude pour éviter l’abattage total. » Il s’agit toutefois d’une demande à long terme, car elle nécessiterait de rassembler une majorité d’États membres favorables. Parmi les syndicats agricoles, cette demande de déclassification est portée par la Confédération paysanne et la Coordination rurale, qui demandent la vaccination généralisée et la fin de l’abattage total. Plus largement, depuis le début de la crise, nous avons toujours soutenu la stratégie de lutte », rappelle le directeur de la FFCB, « mais il faut que l’administration ramène du pragmatisme dans l’application sur le terrain ».
Bovins/DNC : « pas de débouché » à l’export pour la zone vaccinale élargie (négociants)
« Il n’y a pas de débouché » à l’export pour les bovins vaccinés contre la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) situés dans la zone vaccinale élargie du Sud-Ouest (ZV 1), a indiqué Romain Ferrier, directeur de la FFCB (négociants en bestiaux), à Agra Presse le 19 janvier. Cette zone comprend les départements indemnes concernés par la campagne de vaccination préventive lancée le 15 décembre (Pyrénées-Atlantiques, Landes, Gers, Tarn, Aude, Hérault), à l’exclusion de ceux comptant un foyer (Ariège, Haute-Garonne, Hautes-Pyrénées). Selon le dernier bilan au 18 janvier, plus de 93 % des bovins de la zone sont vaccinés. Pour l’heure, la sortie des animaux de la zone est interdite, mais la question de l’exportation se posera à la levée de la zone. La zone ZV 1 n’est pas incluse dans les accords bilatéraux par lesquels l’Italie et la Suisse ont accepté de recevoir des bovins vaccinés. Ces accords ne concernent que la zone vaccinale ZV 2, constituée des anciennes zones réglementées des régions Auvergne-Rhône-Alpes et Bourgogne-Franche-Comté. Comme les éleveurs, la FFCB estime que ces accords sont « très contraignants ». Le 9 janvier, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard avait annoncé qu’elle se rendrait « dans moins de dix jours en Italie pour négocier des laissez-passer » pour les exportations de bovins vivants.
Porc/castration : Welfarm lâche Leclerc et se concentre sur Bigard, Aldi et Francap
Welfarm France a fait sortir à la mi-janvier le distributeur E.Leclerc de sa liste noire des opérateurs contribuant à maintenir la castration des porcelets, a-t-elle fait savoir sur son site internet le 9 janvier. L’organisation de défense animale fait même entrer l’enseigne dans « le peloton de tête des distributeurs les plus engagés », du fait de ses « actions concrètes » pour privilégier des approvisionnements en porcs non castrés, de « résultats tangibles » et de ses « engagements publics ». Ce peloton de tête comprend Les Mousquetaires (groupement pionnier dans l’abolition de la castration des porcelets), Coopérative U et Lidl dans le classement « Castra-score », que Welfarm a mis à jour en ce début d’année. En conséquence, l’organisation n’invite plus les militants de la cause animale à écrire à E.Leclerc, mais seulement à Bigard, Aldi et Francap (centrale d’achat pour Coccinelle, G20, Colruyt…). En 2025 le nombre de porcs entiers (non castrés) abattus dans le Grand Ouest est passé au-dessus de celui des porcs castrés, coupant le marché en deux (lire note enquête). Bien que la castration s’opère obligatoirement sous anesthésie depuis 2022, Welfarm œuvre pour faire disparaître cette mutilation.
Produits laitiers bio : les ventes de la marque Vrai (Olga) à +4,2 % en 2025
Les ventes des produits laitiers ultra-frais bio sous la marque Vrai en grandes surfaces ont progressé en volume de 4,2 % entre avril et décembre 2025 et la même période en 2024, annonce le 19 janvier la marque détenue par le groupe industriel Olga (ex-Triballat Noyal). La part de marché de Vrai atteint 14,8 % en volume, deuxième marque après Les 2 vaches (Danone). « Nous sommes numéro 2 en volume, mais, en valeur, nous sommes numéro 1 sur plusieurs périodes de 2025 », précise Anne-Laure Mahéo, responsable marketing du pôle laitier d’Olga. Les produits de la gamme Vrai affichant les plus fortes progressions sont les skyrs, les fromages blancs et l’ultra-frais aux fruits ou aromatisés. La performance de Vrai se situe dans un contexte particulier de reprise des ventes de produits laitiers ultra-frais biologiques depuis le printemps 2025, après deux années de recul. « Une dynamique encore modérée mais bien installée, portée par un retour des consommateurs historiques, de nouveaux profils chez les moins de 35 ans et un recentrage stratégique de l’offre », précise Olga. D’avril à décembre 2025, les ventes de ce marché sont en hausse de 4 % en volume (29 000 t) et de 3,5 % en valeur (115 M€).
Eau : une PPL pour sécuriser son approvisionnement dans l’Aude et les Pyrénées-Orientales
Des députés du Rassemblement national (RN) et de l’Union des droites pour la République (UDR, ciottistes) ont déposé, le 13 janvier, une proposition de loi (PPL) visant à « sécuriser la production en eau et à lutter contre la sécheresse dans l’Aude et les Pyrénées-Orientales », deux départements confrontés à un déficit durable de la ressource en eau. Le texte propose de reconnaître comme étant « d’intérêt public majeur » la réalisation du programme Aqua Domitia (exploité par Bas-Rhône Languedoc Ingénierie), les retenues collinaires, les usines de dessalement et les expérimentations liées au traitement des eaux. L’objectif étant de sécuriser durablement l’approvisionnement en eau face aux enjeux climatiques et aux risques d’incendie dans les départements de l’Aude et des Pyrénées-Orientales, en particulier dans le domaine de l’agriculture, la préservation de la santé publique et le soutien au développement économique et urbain. Une reconnaissance conditionnée toutefois à la mise en œuvre de mesures compensatoires suffisantes. Pour rappel, l’Aude et les Pyrénées-Orientales enregistrent des pluviométries parmi les plus faibles de France, entre 300 et 600 mm. « Ces précipitations variables d’une année à l’autre, créent un stress hydrique chronique qui affecte sévèrement l’agriculture, dominée par la viticulture », souligne la PPL.
Engrais : l’I4CE favorable au MACF, à condition de réaugmenter le soutien aux agriculteurs
Dans une note publiée le 16 janvier, l’Institut de l’économie pour le climat (I4CE) se prononce en faveur du dispositif MACF (mécanisme d’ajustement carbone aux frontières), le jugeant nécessaire pour préserver la souveraineté alimentaire française et réduire son empreinte carbone. Le think tank propose néanmoins le relèvement des soutiens publics destinés à inciter les agriculteurs à réduire leur usage d’intrants, tels que la rotation accrue des cultures et l’utilisation de légumineuses. L’I4CE pointe le désengagement partiel de l’État dans ces domaines, qui promettait pourtant, dans le cadre du soutien à la structuration de filières de protéines végétales, une aide de 100 M€, plus 65 M€ de crédits de paiement. « Seuls 14 M€ ont été effectivement dépensés en 2024, et aucun crédit n’y a été explicitement affecté pour 2025, ni pour 2026 dans la copie initiale du gouvernement », déplore l’I4CE. Il recommande que les 40 M€ récemment promis à la filière céréalière et oléoprotéagineuse soient réorientés vers le soutien au développement de systèmes de production à bas intrants. Enfin, l’institut préconise une aide publique immédiate à la « méthode Grandes cultures du Label bas carbone », menacée par « un manque de financements privés ».
Japon : la baisse de la fiscalité alimentaire au cœur de la prochaine campagne électorale
Après la dissolution de la Chambre basse du Parlement japonais, annoncée le 19 janvier par la Première ministre Sanae Takaichi (droite), la question de la fiscalité alimentaire devrait être l'un des sujets de la campagne électorale nippone. À l’approche des élections législatives anticipées, qui devraient se tenir le 8 février, l’agence de presse Reuters rapporte le 19 janvier que Sanae Takaichi souhaite suspendre une taxe sur les biens alimentaires de 8 % pendant deux ans, sans avoir recours à l'emprunt. Cet impôt – couplé à un autre de 10 % sur la consommation des biens et des services – est utilisé afin de financer la hausse des coûts de la protection sociale alors que la population japonaise vieillit. La réduction de la taxe sur la consommation est également proposée par plusieurs autres partis d'opposition en vue des élections. Toutefois, alors que les rendements obligataires ont atteint des niveaux records depuis plusieurs décennies en raison, principalement, d'inquiétudes quant à la santé financière japonaise, de telles propositions font craindre une hausse de l’inflation et du déficit du pays, précise Reuters.
Pommes de terre : Luc Chatelain nouveau président du CNIPT
Dans un communiqué du 19 janvier, le CNIPT (interprofession des pommes de terre fraîches) a annoncé l’élection d’un nouveau président en la personne de Luc Chatelain, à la suite de son assemblée générale et de son Conseil d’administration électif, tenus le 14 janvier. Élu pour un mandat de trois ans, il est producteur de pommes de terre, représentant de l’UNPT (producteurs, FNSEA), et avait déjà occupé ce poste de 2020 à 2023. Il succède à Joanny Dussurgey, élu vice-président, représentant les négociants (Fedepom) ; lui-même avait succédé à Francisco Moya, démissionnaire en mars 2024. Luc Chatelain entend « relancer les travaux relatifs aux relations contractuelles, avec pour objectif une création et une répartition équitable de la valeur à chaque maillon de la chaîne ». Pour rappel, des conflits ont émergé ces derniers mois entre acheteurs et vendeurs. Enfin, le nouveau président s’attachera à poursuivre les « recherches de synergies et de convergences avec les autres interprofessions de la filière pomme de terre, notamment le GIPT (interprofession des pommes de terre transformées) ».
Engrais : le président du directoire de Roullier quitte ses fonctions
Jorge Boucas, président du directoire de Roullier, a annoncé sur LinkedIn avoir quitté ses fonctions. Polytechnicien et anciennement consultant chez McKinsey, il avait rejoint le groupe breton spécialiste des engrais une première fois en 2004, en tant que directeur de l'exploitation, puis avait travaillé six ans dans un autre domaine, avant de revenir à Roullier en tant que président du directoire, en 2013. Il avait à nouveau quitté le groupe pour diriger Sodiaal, puis Tereos, avant de reprendre ses fonctions en chez Roullier janvier 2024. Pour le remplacer, Roullier a nommé son ancienne directrice générale adjointe, Sophie Bigaignon au poste de présidente du directoire par intérim. La directrice du groupe reste Hélène Cappe, petite-fille du fondateur. Thomas Georgelin, directeur du CMI (le centre de recherche et d’innovation du groupe) a été nommé directeur général adjoint par intérim. (Elena Blum)