Prix de l’énergie : les chefs d’État de l’UE adoptent une «feuille de route»
Pour juguler la flambée des prix de l’énergie dans le contexte de la guerre en Ukraine, les dirigeants de l’UE ont adopté le 20 octobre lors d’un sommet européen à Bruxelles, une «feuille de route» dans laquelle ils demandent, sur la base des propositions de la Commission, à favoriser les achats en commun de gaz à l’échelle de l’UE. Ce mécanisme expliquent-ils, devrait rester volontaire mais avec au moins un niveau-cible «obligatoire» de 15% des objectifs de remplissage des stocks de l’UE pour l’hiver 2023. Ils ont également appelé à accélérer les négociations avec des pays producteurs «fiables» comme la Norvège et les États-Unis, pour «tirer avantage du poids économique» agrégé de l'UE plutôt que de se faire concurrence sur le marché mondial. Outre une mesure d'encadrement du prix de gros dans les transactions de gaz naturel, les chefs d’État et de gouvernement de l’UE demandent un projet de mécanisme «temporaire» pour plafonner les prix du gaz utilisé pour produire de l'électricité. Une mesure qui a notamment mis en lumière des différends entre les Vingt-sept, en particulier au sein même du couple franco-allemand. Maintenant c’est au tour des ministres de l’Énergie de l’UE de se mettre d’accord sur une version finale à l’occasion du Conseil Énergie du 25 octobre à Luxembourg. À défaut d’un accord sur ces mesures d’urgence, «un nouveau sommet des chefs d’État serait nécessaire» a avertit le chancelier allemand Olaf Scholz.
Planification écologique: le gouvernement précise le calendrier et la méthode
Le gouvernement réalisera «un premier état des lieux» des objectifs de la Planification écologique «d’ici la fin de l’année», qui sera «partagé d’ici début 2023 avec l’ensemble des parties prenantes», indique l’exécutif dans un dossier de presse diffusé le 21 octobre. La Première ministre Élisabeth Borne a présenté le 21 octobre la méthode de la Planification écologique, baptisée «France nation verte». Comme indiqué récemment par la FNSEA, la première étape de cette démarche consistera à «rassembler dans un diagnostic le plus complet possible l’ensemble des stratégies, lois, plans, initiatives déjà existantes». Dans ce but, «le diagnostic sera partagé dans le courant de l’automne dans un travail avec l’ensemble des parties prenantes», apprend-on dans le dossier de presse. France nation verte comprend 22 chantiers, dont deux concernent directement l’agriculture et sont placés sous la bannière «Se nourrir» (alimentation; agriculture et pêche). Mais d’autres thématiques pourraient aussi la concerner indirectement, notamment dans les thématiques «Préserver» (sols), «Produire» (production d’énergie décarbonée, verdissement des instruments financiers) ou «Consommer» (consommation plus durable). Dans son discours le 21 octobre, Élisabeth Borne a déclaré que «mener la transition agricole, c’est assurer à chacun une alimentation de meilleure qualité. C'est produire plus en France, en préservant nos écosystèmes et en garantissant les revenus de nos agriculteurs.»
Influenza aviaire: la maladie de retour en Dordogne, dans un élevage de poulettes
Un foyer d’influenza aviaire a été confirmé le 20 octobre à Lunas (Dordogne), à une dizaine de kilomètres au nord-ouest de Bergerac. «Le cas a été détecté dans un élevage de poulettes» futures pondeuses, indique France Bleu Périgord, qui précise que «la suspicion forte remonte à ce mercredi», soit le 19 octobre. Il s’agit du premier cas en Dordogne depuis le printemps. Avec 59 foyers en élevage, le département avait été durement touché lors de la deuxième vague de l’épisode 2021/2022. «Entre avril et juin dernier, environ 300 000 volailles ont été abattues dans le Périgord», rappelle la radio locale. Par ailleurs, d'après Ouest-France, un foyer a été confirmé dans un élevage de 10 000 canards en Sarthe, à Malicorne, tout près d’un précédent cas détecté fin septembre à Mézeray. Au niveau national, le ministère de l’Agriculture comptabilisait 25 foyers d’influenza dans les élevages au 18 octobre, dont plus de deux tiers en Bretagne et Pays de la Loire. Les pouvoirs publics y ont décrété le 19 octobre des mesures de prévention supplémentaires, dont la mise à l’abri des volailles. Le ministère avait rehaussé le niveau de risque à «modéré» pour l’ensemble du territoire métropolitain le 1er octobre. L’influenza a montré des signes d’endémisation en France, avec de nombreux cas durant l’été chez des oiseaux sauvages non migrateurs, et de premiers cas au sein des élevages dès fin juillet.
Pénurie de carburant: lent retour à la normale, «livraisons au compte-gouttes»
Avec l’essoufflement de la grève dans les raffineries et dépôts de TotalEnergies depuis le 19 octobre, les approvisionnements en gazole non routier (GNR) observent un léger mieux. En pleine période des semis de céréales d’hiver, «la situation est en train de se régler, mais les livraisons se font encore au compte-gouttes», précise Luc Smessaert, vice-président de la FNSEA. En raison d’un pic de pénuries la semaine passée, «le retour à la normale devrait prendre au moins quinze jours», maintient-il. La livraison reste lente notamment dans le Centre-Val de Loire, la Bourgogne-Franche-Comté et les Rhône-Alpes, et ce malgré l’intervention des préfets auprès des fournisseurs. À ces difficultés s’ajoutent celles du coût du GNR, dont les prix continuent de grimper: le 21 octobre, ils s’élevaient à 1,54 €/l TTC, contre 1,28 €/l TTC le 23 septembre (source: ecologie.gouv.fr). Autre risque: celui du décalage dans les semis. S’il fait beau, ces derniers pourront se faire directement. Mais s’il pleut, il faudra travailler le sol, puis semer. Ce qui consommera beaucoup plus de GNR.
Saisonniers: vers un prolongement du TO-DE jusqu'au 1er janvier 2026
La présidente de la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale Fadila Khattabi salue, dans un communiqué le 21 octobre, l’utilisation de l’article 49.3 de la Constitution par la Première ministre Elisabeth Borne la veille au soir. Cette utilisation du 49.3 a conduit à l’adoption accélérée de la partie sur les recettes du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) après seulement une journée de débats en plénière à l’Assemblée. Des débats que Mme Khattabi regrette «houleux» dans l’Hémicyle alors qu’ils avaient été constructifs dans sa commission. Sans cette initiative d’Elisabeth Borne, «la France serait privée d’un budget de la sécurité sociale pourtant indispensable dans le contexte actuel», déclare la députée qui se réjouit également que le texte entériné par le Première ministre inclut les modifications apportées en commission. Ainsi, la version finale du PLFSS inclut la prolongation du TO-DE (dispositif d’exonération des cotisations patronales pour les employeurs de saisonniers agricoles) jusqu’au 1er janvier 2026.
Céréales ukrainiennes: Zelensky accuse la Russie de retarder «délibérément» l'exportation
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a accusé le 21 octobre la Russie de retarder «délibérément» le passage des navires chargés de céréales ukrainiennes, un approvisionnement vital pour de nombreux pays d'Afrique et d'Asie. «Plus de 150 navires sont dans une file d'attente pour remplir les obligations contractuelles d'approvisionnement de nos produits agricoles. Il s'agit d'une file d'attente artificielle, apparue uniquement parce que la Russie retarde délibérément le passage des navires», a déclaré M. Zelensky dans une vidéo. Selon lui, la Chine, l'Egypte, le Bangladesh, l'Indonésie, l'Irak, le Liban ou les pays du Maghreb sont parmi les Etats affectés par ces retards affectant «environ trois millions de tonnes d'aliments». La Russie et l'Ukraine s'étaient mis d'accord en juillet pour reprendre les exportations de céréales ukrainiennes, stoppées depuis le début de la guerre, après un accord parrainé par l'ONU et la Turquie. La Russie a par la suite critiqué cet accord, affirmant que ses propres exportations étaient entravées par les sanctions.
Loups: en déplacement dans le Doubs, Fesneau veut «interroger les niveaux de prélèvement»
Le ministre de l’Agriculture Marc Fesneau s'est rendu le samedi 22 octobre au «super comice» de Pontarlier (Doubs), où il devait évoquer le sujet de la prédation. La présidente de la FNSEA Christiane Lambert était également annoncée. Ce déplacement intervenait alors que les attaques de loups se multiplient dans le département, en particulier sur des bovins: depuis début août, quinze animaux auraient perdu la vie au cours de vingt attaques, relève L’Est républicain. Au niveau national, «le plan loup va être rediscuté cet hiver pour une mise en application à l’été 2023», rappelle le ministre dans un entretien au quotidien local, citant «plusieurs questions» qui seront abordées à cette occasion: les moyens de protection «en particulier dans les territoires où le loup revient à peine»; la «nécessaire protection des bovins qui étaient jusqu’à présent épargnés»; les indemnisations que «certains peuvent juger trop lentes» et le renforcement de «l’accompagnement de la protection». Alors que la population de loups est estimée à 921 individus, au-dessus du seuil de viabilité de l’espèce, «il faut sans doute interroger les niveaux de prélèvement», estime M. Fesneau. Dans un communiqué du 21 octobre, plusieurs ONG environnementales (dont Ferus, FNE et la LPO) ont demandé à rencontrer le ministre à Pontarlier.
En congrès, Légumes de France identifie le photovoltaïque comme enjeu stratégique
À l'occasion d'une table-ronde sur l'énergie au congrès de Légumes de France, à Avignon le 20 octobre, l'ingénieure de recherche à l'Inrae Christine Poncet a estimé que les serres photovoltaïques ont toute leur place dans le futur bouquet énergétique. «Pour réasseoir notre souveraineté alimentaire en fruits et légumes il faudrait à peu près 30 000 ha de cultures protégées, c’est-à-dire sous serre ou sous tunnel froid…», a-t-elle indiqué. Or, 30 000 ha de serres photovoltaïques correspondent à «30GW», a poursuivi l’ingénieure. Mme Poncet a souligné qu’à l’inverse de simples ombrières, les serres photovoltaïques permettent de contrôler le milieu, de protéger les cultures des aléas et des bioagresseurs tout en envisageant des modèles de production «moins intensifs» que dans les serres high tech dont les investissements importants sont à rentabiliser. De son côté, le secrétaire général de Légumes de France Bruno Vila a appelé les maraîchers à «ne pas laisser passer le train» du photovoltaïque. «Profitons de cette aubaine pour produire de l’énergie et avoir des compléments de revenu, en développant des projets portés par les agriculteurs», a-t-il déclaré.
Légumes de France envisage la contractualisation pour absorber les charges fixes
Le syndicat Légumes de France (FNSEA) «entame une réflexion sur la contractualisation», a annoncé son président Jacques Rouchaussé à l’occasion du congrès national des producteurs le 21 octobre à Avignon. «Appliquons l’accord de modération des marges à l’ensemble des fruits et légumes pendant cette période énergétique afin d’éviter les abus de certains distributeurs», a lancé M.Rouchaussé depuis la tribune, précisant que cette demande a été formulée lors du dernier conseil spécialisé fruits et légumes de FranceAgriMer. «Mettons en place des indicateurs de coûts de production pertinents, et retravaillons par rapport au seuil de revente à perte (SRP)», a-t-il ajouté. Pour autant, il ne s’agit pas de rendre la contractualisation obligatoire. «L’objectif est d’avoir 30% de contractualisation pour pouvoir absorber les charges fixes qui pèsent sur nos exploitations, mais c’est toujours dans [l’optique de] la contractualisation volontaire», a expliqué en coulisses Jacques Rouchaussé. «On ne va pas faire entrer de force des gens dans un dispositif», a renchéri le ministre de l’Agriculture Marc Fesneau tout en estimant que la contractualisation «est une bonne chose» à la fois pour les producteurs, les transformateurs et les distributeurs afin de défendre «la souveraineté alimentaire».
Apiculture: l’appel de Quimper liste 12 «mesures agricoles» favorables aux pollinisateurs
En marge du congrès européen de l’apiculture, du 20 au 23 octobre à Quimper (lire notre entretien dans Agra Presse hebdo), plusieurs organisations* ont publié un «appel de Quimper», présentant douze «mesures agricoles faciles à mettre en place et à encourager d’urgence» pour «faire face au déclin des pollinisateurs». Des propositions qui portent principalement sur la biodiversité, naturelle comme cultivée: couverture permanente des sols, implantation d’arbres et de cultures mellifères (luzerne et mélilot notamment), redécoupage des champs en «mosaïque de parcelles cultivées plus petites séparées par des haies», «privilégier les prairies naturelles», etc. Les organisations demandent aussi de «soutenir par des aides la transition vers l’agriculture biologique et l’agroforesterie». Autant de mesures qui doivent «permettre aux apiculteurs de maintenir leurs productions apicoles», alors qu’ils sont «confrontés aux effets du dérèglement climatique qui s’ajoutent aux conséquences déjà mortelles des pesticides, du varroa et du frelon asiatique». Les signataires inscrivent toutefois leurs propositions dans le cadre plus large de l’adaptation au changement climatique et d’un changement de modèle agricole. * L’Union nationale de l’apiculture française (Unaf), le syndicat national d’apiculture (SNA), la Confédération paysanne et le label Bee friendly
Biostimulants: Corteva Agriscience va distribuer les produits de STI Biotechnologie
Corteva Agriscience – entreprise spécialisée dans la protection des cultures et des semences –, et STI Biotechnologie, expert en technologies microbiologiques, ont annoncé le 19 octobre un accord pluriannuel portant sur la distribution de deux souches de bactéries lactiques (Lactobacillus farciminis CNCM-I-3699 et L. rhamnosus CNCM-I-3698) pour la stimulation des plantes s’appliquant à tous les pays du continent européen. Dans le cadre de cet accord, STI Biotechnologie fournira une licence de distribution exclusive à Corteva pour des produits brevetés agissant sur la plante afin d’améliorer la santé des sols et l’assimilation des nutriments. À noter que ces technologies fonctionnent aussi bien au champ que dans les serres. «Cet accord avec une multinationale telle que Corteva […] va permettre de répondre à la demande croissante des agriculteurs pour des solutions naturelles augmentant la résilience des cultures et la santé des sols», a déclaré Renaud Domitile, p.-d.g. du groupe spécialisé en alimentation animale Idena (dont fait partie STI biotechnologie) Les termes de l'accord n'ont pas été divulgués.
Agronomie: les atouts de la diversité pour la protection des cultures (Inrae)
«Chaque catégorie de bioagresseurs peut être régulée par au moins une modalité de diversification», résument les chercheurs de l’Inrae dans une expertise sur la diversité végétale publiée le 20 octobre. Leur synthèse confirme notamment les effets de l’agroforesterie, de la diversité des rotations et des cultures associées sur les adventices, les insectes, les pathogènes, ainsi que les nématodes. Les données resteraient limitées sur la réduction de la taille des parcelles ou les infrastructures agroécologiques, car la recherche «est plus fournie» à l'échelle de la parcelle, rappellent les chercheurs. Bien qu'ils soit impossible de «tirer des règles générales», les scientifiques évoquent plusieurs seuils pour obtenir des effets positifs: mélanges de quatre variétés minimum, association d’au moins deux cultures, rotations supérieures à trois ans, taille optimale des parcelles de 2,8 ha, ou encore 20% d’éléments semi-naturels dans les paysages agricoles. Autant de critères qui ne mettraient pas en danger la production, puisque la diversification «s’accompagne généralement d’un gain du rendement». Parmi les freins identifiés: le manque de débouchés, ainsi que des soutiens «insuffisants» de la Pac.