Agrafil du 3 mars 2025

hero

UE/Inde : Bruxelles et New Delhi veulent conclure l’accord de libre-échange en 2025

Présente en Inde le 28 février avec une délégations de commissaires (sauf Christophe Hansen, réquisitionné au Salon de l’agriculture), la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a confirmé sa volonté de voir les négociations concernant l’accord de libre-échange se conclure en 2025. «Je suis bien consciente que ce ne sera pas facile. Mais je sais aussi que le timing et la détermination comptent, et que ce partenariat arrive au bon moment pour nous deux», a déclaré Ursula von der Leyen. Un sentiment partagé par son homologue indien, Narendra Modi. Relancées en grande pompe en juin 2022, les négociations commerciales entre l’UE et l’Inde, qui incluent également des discussions en vue d’un accord sur la protection des investissements et d’un accord sur les indications géographiques (IG), patinent depuis lors, loin de l’objectif initial de conclusion d’ici la fin de l’année 2023. Mais le contexte géopolitique marqué par les tensions commerciales croissantes avec la Chine et les États-Unis pousse Bruxelles à chercher de nouveaux débouchés. L’Inde est un marché particulièrement attractif, mais aussi complexe, notamment pour les vins et spiritueux qui font l’objet de droits de douane élevés et de mesures non tarifaires.

Taxes américaines: Macron appelle l’UE à répondre aux droits de douane de Trump

En rétorsion aux annonces du président américain Donald Trump, Emmanuel Macron a annoncé le 28 février que l’UE se prépare, elle aussi, à mettre en place des droits de douane réciproques sur l’acier et l’aluminium et à «répondre» sur les autres produits. En visite au Portugal, le chef de l’État a déclaré: «Nous n'avons pas en quelque sorte à être faible face à ces mesures» annoncées par son homologue états-unien. Et d’ajouter: «Et si début avril, comme cela a été annoncé, des tarifs étaient mis sur les produits européens à cette hauteur-là, les Européens auront à répondre». Une tactique que soutient le premier ministre portugais Luis Montenegro, qui estime que «l'Europe devra réagir sur l'application de tarifs, du même montant ou semblables, [cela] n'aurait aucun sens de ne pas faire la même chose, rendre la pareille». Depuis son retour à la Maison blanche le 20 janvier, le milliardaire américain mène une politique commerciale agressive, multipliant les diatribes et les annonces de droits de douane à l’encontre de ses principaux alliés (Canada, Mexique, UE) ou de la Chine.

Droits de douane: Donald Trump ordonne une enquête sur les importations de bois

Le président américain Donald Trump a ordonné le 1er mars une enquête en vue de potentiels droits de douane sur les importations de bois, tout en préconisant une augmentation de l'offre aux États-Unis. Donald Trump a signé un décret ordonnant au secrétaire au Commerce Howard Lutnick d'ouvrir une enquête afin de «déterminer les effets sur la sécurité nationale des importations de bois de construction, de bois d'œuvre et de leurs produits dérivés». L'enquête pourrait déboucher sur l'imposition de nouveaux droits de douane, risquant d'affecter notamment le Canada, l'Allemagne et le Brésil. La Maison blanche a déjà accusé ces pays de «pratiquer le dumping sur nos marchés, au détriment de notre prospérité économique et de notre sécurité nationale». Le rapport d'enquête doit être soumis au président américain dans un délai de 270 jours. Le 1er mars, Donald Trump a en parallèle signé un deuxième décret visant à augmenter la production de bois aux Etats-Unis, dans le but de réduire les coûts de construction et de logement, mais qui pourrait avoir l'effet inverse. «Les droits de douane sur le bois et les autres matériaux de construction augmentent le coût de la construction et découragent les nouveaux projets», a réagi Carl Harris, président de l'Association nationale des constructeurs américains (NAHB).

Négociations commerciales: la FCD annonce une «quasi-stabilité» des tarifs

À l'issue des négociations entre la grande distribution et ses fournisseurs agro-industriels, la FCD (distributeurs) a affirmé le 2 mars avoir obtenu en moyenne une «quasi-stabilité» des tarifs auxquels les distributeurs achèteront une grande partie de ce qui garnira leurs rayons en 2025. «Les négociations sont finies», a affirmé la déléguée générale de la fédération Layla Rahhou dans un communiqué transmis à l'AFP. «L'atterrissage montre une quasi-stabilité qui sera bénéfique aux consommateurs après les années d'inflation que nous avons connues», assure-t-elle. Selon cette dernière, «tout est signé à quelques rares exceptions près», même si «les grandes multinationales ont joué la montre» dans ces négociations qui se sont achevées samedi 1er mars. Ce cru 2024-2025 des négociations commerciales annuelles a été marqué par une forte tension. Sur le plan législatif, deux textes sont attendus. Le premier visera à prolonger le relèvement du seuil de revente à perte (SRP+10), instauré par une expérimentation qui s’achèvera en avril. Un consensus existe pour prolonger sa mise en place «pour trois ou quatre ans», a dit Patrick Mignola, ministre des Relations avec le Parlement, le 26 février sur Public Sénat. Attendu pour l’été, le second texte réformera plus largement les relations commerciales.

Biodiversité: la Cop16 parvient à arracher un accord sur le financement

Quatre mois après l’échec des négociations à Cali en Colombie, un accord a finalement été conclu lors de la Cop16 des Nations unies sur la biodiversité, le 27 février dans la soirée à Rome, sur le financement de la sauvegarde de la nature. Après trois jours de discussions, cette séance de prolongation a permis d’adopter un plan de travail sur cinq ans visant à porter à 200 milliards de dollars (Md$) par an d'ici 2030 les dépenses mondiales de protection de la nature, dont 30 Md$ fournis par les nations développées aux pays pauvres (contre environ 15 Md$ prévus en 2022). Reste à décider lors de la prochaine Cop, qui se tiendra en 2026 en Arménie, s'il faut créer un nouveau fonds totalement dédié aux objectifs de la Convention sur la diversité biologique (CBD) ou s’il faut réformer les instruments existants, comme le Fonds mondial pour l'Environnement (GEF en anglais). L’accord prévoit, par ailleurs, un mécanisme de suivi des efforts des pays pour remplir les 23 objectifs de Kunming-Montréal, parmi lesquels: placer 30% des terres et mers dans des aires protégées (contre respectivement 17% et 8% actuellement); restaurer 30% des terres dégradées (par la déforestation, l'urbanisation ou la pollution); diminuer de moitié la diffusion des espèces invasives; réduire la concentration en pesticides et les dépôts d’azote dans l’environnement; ou encore diminuer les subventions néfastes à la biodiversité.

La Réunion: après le cyclone Garance, quatre morts et des «milliers» de fermes «anéanties»

Au 2 mars, quatre personnes sont décédées lors du passage à La Réunion du cyclone Garance, «brutal et violent» selon les mots du préfet de l'île de l'océan Indien, frappée par de violentes pluies. Une femme a été emportée par les eaux à Saint-Denis et un homme tué, également dans le chef-lieu de La Réunion, dans un incendie d'origine électrique. La troisième victime est une femme ensevelie par une coulée de boue à Trois-Bassins (ouest), a précisé la préfecture à l'AFP, et la quatrième victime est morte coincée sous un arbre. La même source précisait le 28 février qu'au moins cinq personnes étaient également blessées. Avec des vents relevés à plus de 200 km/h, le cyclone Garance «a été plus violent que Belal» et a laissé l'île «défigurée», selon le préfet de La Réunion. De son côté, Olivier Fontaine, président de la chambre d'agriculture de La Réunion, a fait état de «destructions et dégâts sans précédent», dans un communiqué. Selon lui, «à ce stade, ce sont plusieurs milliers d'exploitations qui ont été anéanties». Présent au Salon de l'agriculture, il annonçait qu'il allait, dès l’après-midi du 28 février, rencontrer «en urgence la ministre de l'Agriculture à Paris et l'interpeller sur plusieurs dispositifs prioritaires en soutien au monde agricole».

Vin/aléas climatiques: une aide de 10 M€ pour les jeunes viticulteurs (syndicat)

Lors du lancement du concours Graines d’agriculteurs, le 27 février au Salon de l’agriculture, Annie Genevard a annoncé une aide de 10 M€ pour les «jeunes viticulteurs qui subissent gravement les effets du changement climatique», rapportent les Jeunes agriculteurs (organisateurs du concours). Comme le précise un communiqué du syndicat le 28 février, ces fonds proviennent de l’enveloppe prévue pour l’arrachage définitif, qui n’a pas été entièrement consommée. JA salue une aide qui «apportera un réel soutien aux jeunes viticulteurs se trouvant en grande fragilité» et demande «l’ouverture du guichet dans les plus brefs délais». Le syndicat indique qu’il «portera auprès des pouvoirs publics une proposition de conditions d’éligibilité pour accéder au dispositif», comprenant notamment un «critère d’âge strict», une «date d’installation», ou encore la «fixation d’un taux de perte de chiffre d’affaires / EBE et de production». Par ailleurs, la loi de finances 2025 prévoit 10 M€ pour la restructuration des caves coopératives. Outre les effets du changement climatique, la filière viticole subit une grave crise de surproduction, notamment de vin rouge, face à une consommation en baisse.

Climat: Pannier-Runacher présentera le plan national d’adaptation en «début de semaine»

La ministre de la Transition écologique Agnès Pannier-Runacher va présenter le troisième Plan national d’adaptation au changement climatique (Pnacc 3) «en début de semaine», a-t-elle annoncé sur France Info, le 28 février, au détour d’une question sur l’adaptation des littoraux et îles aux risques climatiques. Ce nouveau Pnacc, qui a été mis en consultation publique fin octobre pour deux mois, vise à préparer la France à une trajectoire de réchauffement de +2°C en 2030, +2,7°C en 2050 et +4°C en 2100 par rapport à l’ère préindustrielle; pour rappel, 2024 a dépassé le seuil de +1,5°C. Il prévoit des mesures relatives à l’agriculture, à propos desquelles la ministre n’a pas apporté de nouvelles précisions. Parmi celles-ci: accompagner les agriculteurs pour assurer la résilience de leur exploitation (mesure 37), adapter les conditions de travail au changement climatique en renforçant les obligations de prévention des employeurs (mesure 11), renforcer le plan Eau (mesure 21), ou encore développer les connaissances et la formation des professionnels des secteurs agricole et agroalimentaire (mesure 36).

Travail et climat: la CFDT Agri-Agro et Croissance bleue lancent un baromètre

Dans le prolongement de l'étude Clisève publiée en janvier, la CFDT Agri-Agro et l'agence RSE Croissance bleue ont lancé le baromètre Clisève Agri, un nouvel outil national d'observation et d'analyse des impacts du climat sur la santé au travail, le 27 février pendant le Salon de l’agriculture. Plusieurs organisations se sont d'ores et déjà engagées à y participer, parmi la FNEDT (entrepreneurs de travaux agricoles), la FFA (aquaculture), l'Unep (entreprises du paysage) ou encore Légumes de France (producteurs, FNSEA). Par ailleurs, La FNSEA appelle les filières agricoles à s'impliquer activement dans cette démarche. Le baromètre a pour objectif de dresser un état des lieux précis des contextes métiers et territoriaux, ainsi que de recenser les solutions concrètes d'adaptation et d'innovation au sein des filières agricoles. «L'agriculture de demain ne se fera pas sans celles et ceux qui la font vivre. Nous appelons tous les acteurs du monde agricole – pouvoirs publics, organisations professionnelles, entreprises, syndicats et travailleurs – à participer au baromètre, un outil qui nous aidera à relever les défis climatiques et sociaux actuels et de demain», précise Franck Tivierge, Secrétaire national Prospective et qtratégie économique de la CFDT Agri-Agro.

Productions végétales/climat: 35 à 40% du PIB agricole menacé d’ici 2050 (étude)

Sans évolution majeure du modèle français, 35 à 40% du PIB agricole sera menacé d’ici 2050 (soit environ 15 Md€): c’est le résultat alarmant de l'étude prospective menée sur 24 productions végétales par le Bureau T (groupe SCET, lui-même filiale de la Caisse des dépôts), publiée le 27 février. Dans ce scénario tendanciel, «une baisse de la production est à prévoir sous l’effet conjugué d’une diminution des rendements et des surfaces cultivées». 16 cultures sont à «haut risque», dont l’arboriculture, le maïs et le maraîchage (p.ex. salades et haricots). En termes géographiques, 54 départements, soit 42% de la SAU, sont fortement en danger, «notamment dans la zone méditerranéenne qui cumule surexposition aux aléas climatiques, défis fonciers et cultures vulnérables». Pour transformer l’agriculture, l’étude explore deux autres scénarios: «un modèle de marché» et «un scénario de résilience territoriale». Le premier mise sur «la compétitivité», «l’innovation privée» et «donne la priorité à la valeur économique générée, notamment à l’export». Le deuxième repose sur «une planification publique renforcée pour piloter les ressources, l’aménagement et les filières», et «donne la priorité au marché intérieur français ou européen».

Substituts de viande: Beyond Meat condamné par le TAE de Paris à cesser d’utiliser son logo

Interbev a salué le 28 février la décision de justice dévoilée la veille qui condamne le fabricant de substituts végétaux de viande Beyond Meat à «cesser immédiatement l’utilisation de plusieurs éléments trompeurs dans sa communication et son marketing», selon l’interprofession du bétail et des viandes. Le Tribunal des activités économiques de Paris condamne Beyond Meat à «ne plus utiliser le terme "viande" pour décrire ses produits à base de protéines végétales», à «retirer le logo de la vache verte de l’ensemble de ses emballages et supports de communication sur des produits qui ne sont ni de la viande ni du lait» et à «cesser immédiatement toute communication assimilant ses produits à de la viande ou incluant des comparaisons subjectives avec celle-ci». Interrogé par Agra Presse, Beyond Meat indique: «Nous examinons les détails de cette décision, dans le contexte de l'arrêt connexe de la Cour de Justice européenne en octobre dernier et du récent arrêt du Conseil d'État français, et en vue d'un recours contre cette décision». Interprétant les implications françaises de l’arrêt de la Cour de justice de l’UE (CJUE) du 4 octobre 2024, le Conseil d’État a décidé, le 28 janvier, de l’annulation dans son intégralité des décrets français de 2022 et 2024 interdisant l’utilisation de dénominations telles que «steak» ou «saucisse» à des produits végétaux.

Pesticides/impasses: Genevard rassure sur le financement, nouvelle vague en 2025

Lors d’une séquence dédiée au Parsada au Salon de l’agriculture le 28 février, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard a assuré que l'État soutiendra financièrement les filières jusqu’à trouver des «solutions efficaces» pour les agriculteurs. «Sur le principe, je vous le dis: l'État sera là. Vous connaissez la situation financière et budgétaire de notre cher pays, elle n’est pas facile. Il faudra donc faire des choix mais, à l’évidence, ce choix-là, il faut le faire», a-t-elle déclaré. En précisant ensuite qu’une fois la solution opérationnelle trouvée, «il faudra évidemment que les filières prennent le relai». La première vague du Parsada a validé 27 projets en 2024, d’une durée de trois à cinq ans, pour un budget de 143 millions d’euros. «L’un des grands enjeux de cette année 2025 sera de suivre ces projets lauréats», car «maintenant il faut les déployer et qu’ils aillent jusque dans les champs, ça ne sert à rien d’avoir des solutions sur l’étagère», a renchéri la directrice générale de la DGAL (ministère) Maud Faipoux. Une deuxième vague Parsada est prévue cette année. Interrogée par Agra Presse, Maud Faipoux a précisé que l’appel à manifestation d’intérêt (AMI) sera lancé «pas avant l’été». En outre, l’appel à projets dans le cadre du PRAAM (Prise de risque amont aval et massification de pratiques pour réduire les phytos) sera lancé «au premier semestre 2025».

Pesticides: la Conf’ déverse des abeilles mortes sur le stand de Phyteis au Salon

La Confédération paysanne a mené une action coup de poing sur le stand de Phyteis (ex-UIPP) au Salon de l’agriculture le 28 février. Emmenées par des apiculteurs et apicultrices, une trentaine de personnes se sont dirigées vers le stand de la fédération de fabricants de pesticides pour apposer sur les murs des autocollants portant les mentions «Les pesticides tuent, et pas seulement les abeilles» et «Non aux néonicotinoïdes». Les manifestants ont déversé des abeilles mortes sur le stand, lesquelles dégageaient, au fil des minutes, une odeur nauséabonde. «Nous, les apiculteurs, sommes particulièrement en colère du retour des néonicotinoïdes», a déclaré la représentante de la Conf’, Muriel Pascal, sous le nez du président de Phyteis Yves Picquet. L’apicultrice faisait référence à la PPL Entraves adoptée fin janvier au Sénat, qui ouvre la voie à la réintroduction, à titre dérogatoire et exceptionnel, de l'acétamipride. Cet insecticide de la famille des néonicotinoïdes est interdit en France depuis 2018, mais autorisé ailleurs en Europe jusqu'en 2033. «On subit les conséquences des pesticides tous les jours dans nos ruches. On voit nos ruches et nos abeilles mourir. Nous avons amené des abeilles mortes pour vous montrer ce que nous subissons au quotidien», a poursuivi Muriel Pascal avant que les forces de sécurité n’interviennent de manière musclée pour mettre fin à l’action.

Police de l’environnement: Darmanin propose un rattachement au ministère de l’Intérieur

Interviewé le 27 février à l’occasion de sa visite au Salon de l’agriculture, le ministre de la Justice Gérald Darmanin a proposé que la police de l’environnement soit rattachée au ministère de l’Intérieur. «La police de l'environnement serait mieux chez les gendarmes, qui ont l'habitude du monde rural, qui ont l'habitude avec le monde agricole», a-t-il déclaré au micro de RTL. Tout en précisant qu’il s’agit de sa «proposition personnelle», et non de la «position du gouvernement». La police de l’environnement est actuellement assurée par l’Office français de la biodiversité (OFB), placé sous la double tutelle des ministères de la Transition écologique et de l’Agriculture. Le garde des Sceaux était interrogé sur la suppression de l’OFB, réclamée par une partie de la droite et par la Coordination rurale. M. Darmanin s’y est dit opposé: «Il faut qu’il y ait une police de l'environnement. La question, c’est où et comment doit fonctionner cette police de l'environnement.» Par ailleurs, le ministre de la Justice a annoncé que, «à partir sans doute du mois prochain», les agriculteurs entendus dans le cadre d’une enquête seront auditionnés dans leur exploitation, et non plus à la gendarmerie ou au commissariat. «Une convention va être faite avec l’ensemble des forces de l’ordre et avec l’OFB», a-t-il précisé.

Restauration collective: objectif 100% de produits français dans les prisons en 2028 (ministre)

En visite au Salon de l’agriculture le 27 février, le garde des Sceaux Gérald Darmanin a annoncé que «100% des produits que l’on va consommer dans les prisons, au ministère de la Justice, seront français d’ici 2028». Actuellement, «à peine 50% des produits» servis dans les prisons sont d’origine française, a précisé le ministre dans une interview accordée à RTL en direct de la Porte de Versailles. «On ne travaille pas du tout avec les acteurs locaux agricoles», a déploré M. Darmanin, qui souhaite un approvisionnement «si possible en circuits courts», sachant qu’il y a «une prison à peu près dans chaque département, au moins». Quelque 82 000 détenus sont enfermés dans les prisons françaises, selon lui. Basculer à 100% d’origine France provoquerait un surcoût de «5 à 10%» par rapport au budget actuel. Un effort «tout à fait acceptable et compréhensible», aux yeux du garde des Sceaux, qui y voit «une façon peut-être plus efficace de soutenir nos agriculteurs que de leur donner des subventions». Le ministre espère «se mettre d’accord avec les grandes filières sur un appel d’offres plus large», alors que, «aujourd’hui, chaque prison fait son appel d’offres et passe parfois par des sociétés privées».

Pommes de terre transformées: vers un doublement de la production française d’ici cinq ans

Interrogé par l’AFP, le GIPT (interprofession de la pomme de terre) table sur un doublement de la production de pommes de terre transformées d’ici cinq ans. En 2023-2024, elle s’élevait à 1,6 Mt. La raison: la multiplication de la construction d'usines de transformation dans les Hauts-de-France. Rappelons que deux projets de production de frites surgelées sont en cours, détenus par des groupes belges. Le premier se situe sur la commune de Péronne (Somme), et devrait sortir de terre en 2026; il appartient au groupe Ecofrost. L’autre se situe à Escaudœuvres (Nord), appartenant au groupe Agristo, et devrait entrer en fonction en 2027. Un troisième est déjà opérationnel: l’usine proche de Dunkerque, détenue par le groupe Clarebout. Le GIPT rappelle à l'AFP que la France a encore enregistré sur 2023-2024 un déficit commercial de 473 M€ sur les pommes de terre transformées. Mais, avec les nouvelles usines, «on va devenir exportateur net», déclare Bertrand Ouillon, délégué du GIPT, à l'agence de presse.

Céréales: aux États-Unis, plus de sole de blé et de maïs, moins de soja en 2025 (USDA)

Dans un rapport publié lors d’un forum organisé les 27 et 28 février à Arlington (États-Unis), le département états-unien de l’agriculture (USDA) a livré ses premières projections de surfaces nationales 2025 (campagne commerciale 2025-2026). Il en ressort une progression annuelle en blé et en maïs, et une baisse en soja. Dans le détail, le ministère table sur une sole de blé à 47 millions d’acres (Ma), soit 19 millions d’hectares (Mha), contre 46 Ma (18,6 Mha) l'an passé. Celle de maïs passerait de 90,6 Ma (36,6 Mha) à 94 Ma (38 Mha). En soja, les assolements décrochent, passant de 87,1 Ma (34,25 Mha) à 84 Ma (34 Mha). L’USDA justifie sa prévision de hausse de la sole de maïs par «des prix davantage rémunérateurs par rapport au soja, au coton ou au sorgho». En blé, l’organisme s’attend à ce que les semis de printemps (blé tendre et blé dur) prennent également une certaine place au soja. Ces chiffres sont toutefois amenés à évoluer au cours des prochains mois, selon le niveau des prix et des conditions climatiques.

Biostimulants/blé: «une efficacité encore très aléatoire», selon les essais d’Arvalis

Arvalis a conduit plusieurs essais pour valider, ou non, les effets des biostimulants mis en avant par les firmes. «Les résultats sont en-deçà des attentes», peut-on lire dans le bilan publié le 26 février sur le site de l’institut technique. Prenant l’exemple du Blue N, testé de 2021 à 2023: «Utilisé en complément de la fertilisation azotée, il n’a permis d’améliorer ni le rendement, ni la teneur en protéines de manière significative». Concernant les biostimulants revendiquant une amélioration de l’utilisation des éléments minéraux ou de la tolérance aux stress climatiques, Arvalis en a testé douze entre 2013 et 2023, sans mettre en évidence «d’effets significatifs sur le rendement du blé ou sur les critères de qualité en conditions de plein champ». Quant à leur rentabilité, «elle est encore moins évidente». Seules deux spécialités tirent leur épingle du jeu: Appetizer qui permet, en moyenne, un gain de rendement de 1,1q/ha sans effet de dilution sur le taux de protéines; et Labin Energy Grow qui fait gagner 1,4 point de protéines, mais sans gain de rendement. Arvalis précise toutefois qu’il s’est parfois avéré difficile, dans les essais, de réunir l’ensemble des conditions optimales d’application préconisées par les firmes. (Anne Gilet)

Miel: la Confédération paysanne claque la porte de l’interprofession

«Nous quittons Interapi» (interprofession apicole), a annoncé la Confédération paysanne en conférence de presse au Salon de l’agriculture le 28 février. Soutenue par la porte-parole Laurence Marandola, la membre de la commission apicole Muriel Pascal a dénoncé «de graves dysfonctionnements». Premier grief évoqué: une cotisation volontaire étendue (CVE) mal répartie entre l’amont et l’aval. «Interapi est financée aux trois quarts à peu près par les apiculteurs et les apicultrices. Normalement dans une interprofession, il devrait y avoir une équité dans le financement de la structure», a exposé Muriel Pascal. Deuxième grief: une «sur-représentation de la FNSEA» dans le collège production, vu la présence du syndicat majoritaire via sa commission apicole et via son association spécialisée (SPMF) (voir notre enquête sur le syndicalisme apicole). «On est rarement entendus, on a même souvent des problèmes pour faire respecter les décisions qui sont prises en conseil d’administration», affirme Mme Pascal. Troisième grief: le «gros désaccord avec le président d’Interapi» sur la gestion de la crise du miel en 2023-2024. «Il a nié les problèmes de notre filière, par rapport au miel d’importation et à la concurrence déloyale que ça nous fait subir (…). ll s’est vraiment contorsionné dans tous les sens pour faire admettre que c’était un problème de surproduction», déplore-t-elle.

Miel: Famille Michaud veut rendre obligatoire l’analyse et la déclaration des volumes

Famille Michaud Apiculteurs, premier sélectionneur et conditionneur de miels en France (marque du même nom, Miel l'Apiculteur, Lune de miel, La ruche aux délices, Beeliz) a deux priorités d’action pour l’année 2025, a appris Agra Presse au Salon de l’agriculture le 27 février. Le premier «combat» consiste à rendre l’analyse des miels «obligatoire» dans le cadre de la nouvelle directive européenne Miel qui entrera en vigueur mi-2026, afin de lutter contre la fraude (sur l’origine géographique, l'appellation florale, l'adultération). «Le miel est le produit le plus exigeant en matière d’étiquetage sur le pack, pour donner de la transparence au consommateur, mais l’analyse de la matière première n’est pas obligatoire. C’est un non-sens. Il faut prouver que ce qui est écrit sur l’étiquette est bien dans le pot», estime la d.g. Marie Michaud. Le deuxième combat du conditionneur est de rendre obligatoire la déclaration des volumes de miel récoltés. «L’apiculture est la seule filière agricole qui n’a pas l’obligation de déclarer ses volumes», regrette Marie Michaud. «C’est très préjudiciable, car chaque année, au moment des négociations commerciales, on ne sait pas quel a été le niveau de récolte. Cette opacité sur les volumes fait qu’on ne peut pas pousser l’origine France comme on le souhaiterait en grande distribution.»

Consommation: hausse de la précarité en milieu rural, constatent les Banques alimentaires

La nouvelle étude «Profils» de la Fédération des banques alimentaires, présentée au Salon de l'agriculture, fait apparaître 26% de ruraux parmi les personnes accueillies dans un centre d’aide alimentaire. Cette proportion a gagné six points en deux ans, par rapport à la précédente analyse socio-démographiques des bénéficiaires. L’enquête réalisée à l’automne 2024 avec l’aide de l'institut CSA met en évidence un cumul des difficultés à la campagne, dont l’éloignement des possibilités d’emploi et des centres de soins de santé (cas de 68% des ruraux). Puisqu’une personne accompagnée sur quatre est en milieu rural, le réseau se dit «fortement mobilisé» dans les zones de revitalisation rurale. Ces ZRR, les moins peuplées et les plus touchées par le déclin démographique et économique, occupent une majeure partie de l’Hexagone. La fédération rappelle dans son étude que ces territoires bénéficient de mesures fiscales et sociales spécifiques. Pourtant, seulement cinq banques alimentaires y sont implantées, contre 42 dans les communes de moins de 20 000 habitants. Cette nouvelle étude «Profils» montre aussi la progression en deux ans de 10 points de personnes aidées vivant avec plus de 1000 euros par mois, leur proportion atteignant 42%.

Commerce équitable: lettre ouverte pour demander une réorientation des financements publics

Le collectif Commerce équitable France a publié le 28 février une tribune et une lettre ouverte aux ministres Annie Genevard (Agriculture), Véronique Louwagie (Commerce) et Agnès Pannier-Runacher (Transition écologique) pour appuyer plusieurs revendications. Le collectif demande à «réorienter les financements publics vers le développement des filières de commerce équitable, en créant notamment un fonds d’amorçage et en renforçant l’accompagnement des entreprises engagées», peut-on lire. En outre, le collectif souhaite «fixer et suivre des objectifs d’approvisionnement en produits équitables dans les circuits de distribution, y compris dans la restauration collective et la grande distribution». À ce sujet, la déléguée générale de Commerce équitable France déplore que le Centre national de la restauration collective (CNRC), où le collectif siège, n’ait toujours pas intégré d’indice de suivi des produits du commerce équitable en restauration collective, alors que cela a été fait pour le bio et les Siqo. Elle souhaite aussi qu’une part de la surface des GMS soit réservée aux produits de commerce équitable afin de conforter leur débouché. Enfin, le collectif veut que la réglementation française sur le commerce équitable soit défendue au niveau européen.

Évènementiel: 607 000 visiteurs au Salon de l’agriculture, en légère hausse

Le Salon de l’agriculture a fermé ses portes le 2 mars, porte de Versailles à Paris, après avoir accueilli 607 503 visiteurs, une fréquentation en très légère hausse par rapport à l’an passé (603 652 visiteurs). Après une édition 2024 marquée par la colère agricole et des heurts lors de l’inauguration par Emmanuel Macron, «tout le monde a retrouvé la sérénité» en 2025, a déclaré le président du Ceneca (organisateur) Jérôme Despey à l'AFP. Les organisateurs du Sia avaient élaboré une charte pour encadrer les visites politiques, en limitant notamment la taille des délégations et en encadrant les déambulations. Cette charte a été «bien respectée», a ajouté M. Despey, notant «l'absence d'altercations majeures» lors des 88 visites politique et institutionnelles de cette année. Autre nouveauté cette année: la mise à l’honneur d’un pays, le Maroc. La prochaine édition du Salon de l’Agriculture se tiendra du 21 février au 1er mars 2026.

Manifestations: les agriculteurs tchèques dans la rue contre les importations agricoles

Les agriculteurs tchèques sont descendus dans la rue, le 27 février, à l’appel de la Chambre agraire et de l’Union agricole de République tchèque. Ils manifestaient contre les importations de denrées alimentaires en provenance de pays hors UE et, en particulier, les accords de libre-échange avec le Mercosur et l’Ukraine. Leur objectif: appeler le gouvernement et les institutions européennes «à garantir des conditions équitables aux agriculteurs européens et à garantir aux consommateurs une alimentation sûre et de haute qualité». «Certains médias affirment que les quotas d’importations agricoles minimisent le risque que l’accord du Mercosur ait un impact sur le marché», a ainsi déclaré Martin Pýcha, président de l'Union agricole de la République tchèque. Et d'ajouter: «En réalité, même des volumes d’importations relativement faibles peuvent avoir un impact fondamental sur les conditions du marché et, en particulier, sur les prix». Les manifestants ont, par ailleurs, été rejoints par d’autres venus d'Allemagne, de Pologne, d'Autriche, de Hongrie et de Slovaquie.

États-Unis: plainte d’agriculteurs et d’ONG contre la suppression des références au climat

Des groupes d’agriculteurs et des ONG environnementalistes (Natural Resources Defense Council et Environmental Working Group) ont déposé une plainte, le 24 février, devant la justice contre le département américain de l’Agriculture (USDA) «pour mettre fin à la censure climatique de l'administration Trump». Dans le détail, les plaignants accusent la nouvelle administration américaine et l’USDA d'avoir supprimé de son site internet des données relatives au changement climatique. Selon eux, cette mesure entraverait la recherche et nuirait aux initiatives agricoles, alors que les agriculteurs sont également confrontés à un récent gel du financement. «L’USDA devrait s’efforcer de protéger notre système alimentaire contre les sécheresses, les incendies de forêt et les conditions météorologiques extrêmes, et non pas refuser au public l’accès à des ressources essentielles», a déclaré Jeffrey Stein, un des avocats de Earthjustice, le groupe juridique qui a déposé la plainte.