Edition du 29 septembre 2022

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Les sénateurs veulent un «plan compétitivité» pour la ferme France

Dans un rapport transpartisan (LR, PS, Union centriste) adopté le 28 septembre par la commission des Affaires économiques de la chambre haute, trois sénateurs alertent sur la dégradation du solde commercial agroalimentaire français et demandent un «plan compétitivité 2028» pour la ferme France, piloté par un «Haut commissaire» dédié. Les sénateurs proposent une quinzaine de mesures. Parmi elles, appliquer un principe de «stop aux surtranspositions», en demandant au Conseil d'État de chiffrer les conséquences économiques des mesures sur lesquelles il doit rendre un avis consultatif, ou à l'Anses d'effectuer une analyse «bénéfice-risque environnementale et sanitaire» de l'interdiction d'une substance active pour éviter «des effets de bord liés à l'absence d'alternative». En matière d'emploi, ils demandent de pérenniser et d'étendre le TO-DE (allègement de cotisations pour les saisonniers), ou d'améliorer les modalités d'accueil et les conditions de travail des travailleurs saisonniers étrangers. Suivent des mesures fiscales, d’investissement ou de réforme de la politique d’export. Le solde commercial français est passé de 12 milliards d'euros en 2011 à 8 milliards d'euros en 2021. En 2018, une étude du Trésor avançait que 70% de la position de la France à l'export s'explique par le facteur compétitivité.

Céréales: un accord sur du blé russe pour l’Afghanistan

L'Afghanistan a conclu un accord avec la Russie prévoyant la fourniture par Moscou de millions de tonnes de blé et de produits pétroliers, soit le premier grand contrat économique passé par les talibans depuis leur retour au pouvoir. La Russie est frappée par des sanctions occidentales sans précédent prises en rétorsion après son invasion de l'Ukraine, ce qui a poussé Moscou à exporter davantage vers l'Asie pour soutenir son économie. «Le contrat a été conclu le mois dernier, quand le ministre de l'Industrie et du Commerce a visité la Russie», a déclaré le 28 septembre à l'AFP le porte-parole de ce ministère afghan, Abdul Salam Jawad. Il n'a donné aucune précision sur les conditions financières du contrat. L'accord prévoit que Kaboul reçoive 2 Mt de blé, 1 Mt d'essence, 1 Mt de diesel, 500 000 t de gaz. Le représentant spécial du président russe pour l'Afghanistan, Zamir Kaboulov, cité par l'agence russe TASS, a confirmé le 28 septembre que« des accords préliminaires avaient été signés». Les deux parties (russe et afghane) doivent désormais se mettre d'accord «sur les volumes et les listes de produits», a expliqué M. Kaboulov.

Céréales: une «hausse insoutenable» des prix de l’énergie (interprofession)

Intercéréales (interprofession) a alerté le 28 septembre sur la «hausse insoutenable» des prix de l’énergie, qui «menace la pérennité» des entreprises céréalières. «Le mur actuel des prix de l’énergie ne pourra pas être franchi dans les semaines qui viennent pour beaucoup d’entreprises de la filière», alerte dans un communiqué le président Jean-François Loiseau, rappelant que cela intervient «après une décennie de déflation, de non-répercussion des prix et de destruction des marges». Tout le secteur est concerné, d’après Intercéréales qui cite la production agricole, la fabrication d’amidon, farine, malt, semoule, aliment pour l’élevage, le séchage du maïs, la fertilisation, les transports des céréales et produits céréaliers, la conservation des grains dans les silos. «En 2023, la quasi-totalité des entreprises de la filière aura à renégocier des contrats d’énergie (…) pour la plupart incompatibles avec leur modèle économique», souligne l’interprofession, y voyant «une menace sévère pour la pérennité de leurs activités et le bon fonctionnement des sites de production».

Élevage: les bovins de réforme bio chahutés par la remontée des cours du conventionnel

«Selon les informations qui nous parviennent, le cours de la viande bovine issue de vaches laitières conventionnelles aurait dépassé le prix de la viande bio», alerte Philippe Sellier, président de la commission bio d’Interbev. «La stagnation de la demande bio côté consommateur s’ajoute à la décapitalisation, qui a conduit les abattoirs à faire remonter les prix du conventionnel», analyse-t-il. La situation pourrait cependant n'être que temporaire, tempère Philippe Sellier, «avec des situations très différentes selon les organisations de producteurs et les régions». «Les opérateurs réactualisent leurs prix et travaillent avec leurs clients pour faire remonter les prix», souligne-t-il. Bretagne viande bio (BVB) a par exemple «augmenté ses tarifs de 0,80 €/kg sur un an pour rester au-dessus du conventionnel», illustre son directeur Franck Rougal. Selon Interbev, le cours du conventionnel, en vache allaitante comme en ovin, se rapprocherait également fortement du bio. Principal espoir de l’interprofession: redynamiser la consommation, notamment à travers une campagne qui sera lancée en octobre dans les grandes surfaces. Par ailleurs, FranceAgriMer devrait publier ses premières cotations en gros bovins bio et sous Siqo en novembre.

Agroalimentaire: une rentrée marquée par «l’incertitude et l’anxiété» pour l’Ania

«Il y a un an, nous aurions jamais imaginé une inflation d’une telle ampleur», a déclaré le président de l’Ania, Jean-Philippe André, lors de la conférence de presse de rentrée de l’organisation, le 28 septembre. Une rentrée qui fait rimer «IA» (industries alimentaires) avec «incertitude et anxiété», mais aussi «initiatives et actions», a-t-il formulé. L’année 2022 a été marquée par une succession de crises (guerre en Ukraine, énergies, chute de l’euro…); en résulte pour les entreprises une inflation de leurs coûts cette année: +29% sur les matières premières agricoles, +26% sur les emballages, +57% sur l’énergie. La part de l’énergie dans le chiffre d’affaires des entreprises est passée de 3% en 2020-2021 à 5%, souligne l’Ania. Une part qui monte à près de 7% pour les TPE-PME. Les industriels espéraient que l’année 2022 soit celle de «la création de valeur», mais «le miracle n’a pas eu lieu», constate Jean-Philippe André. Le taux de marge des IA a chuté de 14% entre 2019 et le premier semestre 2022. À date, la moitié des entreprises n’ont pas terminé leurs renégociations avec l’ensemble de leurs clients et les revalorisations de tarifs obtenues ne sont pas à la hauteur des besoins, a-t-il souligné.

Consommation: 12 millions de foyers se sentent «fragilisés» par l’inflation (Nielsen)

L’inflation sur les produits de grande consommation (PGC-FLS) atteint 7,5% en septembre par rapport à septembre 2021 et devrait atteindre 10% à la fin de l’année, d’après les données de l’institut NielsenIQ, présentées le 28 septembre lors d’une conférence de presse organisée par l’Ania (industries alimentaires). «Sur un budget moyen, cela représente 43 € supplémentaires par mois», a signalé Xavier Ségalié, directeur général de NielsenIQ France. Le pouvoir d’achat est aujourd’hui le premier sujet de préoccupation des Français et 12 millions de foyers se disent «fragilisés». Sans surprise, les consommateurs se déportent vers les produits les moins onéreux. «Les foyers font plus attention: plus de promotions, moins de bio», résume Xavier Ségalié. La bio a perdu 5,3% de chiffre d’affaires par rapport à 2021, mais reste en progression de 9,2% par rapport à 2019. Les produits vendus sous marques de distributeur (MDD) bénéficient de leur image prix. Les ventes restent stables cette année, après avoir baissé tout au long de la dernière décennie. L’inquiétude des ménages se traduit également par une baisse des achats. Les ventes de produits PGC-FLS ont reculé de 1,7% cette année en volume. Les familles sont celles qui rognent le plus sur leurs achats (-5%), particulièrement sur les produits frais (-14,5% en boucherie).

Enseignement: le Snetap-FSU dénonce un «pschitt budgétaire» pour 2023

Le Snetap-FSU (syndicat de l’enseignement technique agricole public) a qualifié le 28 septembre de «pschitt budgétaire» le projet de loi de finances (PLF) pour 2023, présenté en début de semaine par le gouvernement. Dans le projet de budget 2023, «les emplois de l'enseignement technique agricole (pour le public et le privé, temps plein) augmentent de… 15 ETP («pour renforcer les équipes médico-sociales») et dans l'enseignement supérieur de… 8 ETP (uniquement pour les écoles vétérinaires nationales et sans engagement pluriannuel comme il est d'usage)», selon un communiqué. Des chiffres «très loin des engagements» d’Emmanuel Macron, considère le syndicat, rappelant ses propos le 9 septembre à l’évènement Terres de Jim. Le président y avait déclaré: «L'augmentation du nombre d'inscrits dans l'enseignement agricole s'accompagnera d'une augmentation des moyens budgétaires et, dès l'année prochaine d’ailleurs, on a une augmentation qui sera prévue de 60 M€ pour accompagner, parce que nos lycées agricoles attirent, donc il faut aussi recruter.»

Bio-hydrogène: Haffner Energy demande la «neutralité technologique» dans le plan Hydrogène

Interrogé le 28 septembre par Agra presse, à la suite du déplacement d'Élisabeth Borne dans l'Oise consacré à la production l'hydrogène, le président de la société française Haffner Energy, spécialisée dans le bio-hydrogène, demande la «neutralité technologique» dans les discours et les politiques publiques dédiés à la production de ce gaz émergent. «Dans les discours sur l'hydrogène, on ne parle que d'électrolyse», regrette Philippe Haffner. Or, plusieurs procédés permettent d'obtenir de l'hydrogène (voir notre enquête), dont l'électrolyse (filière électrique, e-hydrogène), mais aussi la gazéification à haute température ou la fermentation (filière biomasse, bio-hydrogène). Dans son discours, Élisabeth Borne a rappelé que le plan Hydrogène lancé en 2020 par la France met l'accent sur «l’électrolyse et les équipements à hydrogène pour la mobilité lourde et professionnelle». Et elle n'a pas évoqué les autres procédés. «Nous avons un process mal identifié par les pouvoirs publics, malgré notre entrée en bourse, notre empreinte carbone négative, notre faible consommation d'électricité, et notre degré de maturité proche des technologies d'électrolyse», regrette l'entrepreneur, qui a développé un procédé de thermolyse, d'ores et déjà en fonctionnement dans la région de Strasbourg.

HVE: Conf’, Civam et ONG attendent toujours l’étude ministérielle

«Ce n’est pas normal: nous devions nous appuyer sur une étude fournie par les ministères pour réviser la HVE (Haute valeur environnementale, NDLR), mais trois mois après le vote en commission, nous n’avons toujours pas accès au rapport», s’agace Jean-Bernard Lozier, représentant de la Confédération paysanne au sein de la commission de la certification environnementale (CNCE). Comme il le rappelle, les ministères de l’Agriculture et de la Transition écologique avaient retenu dès avril 2021 les cabinets Epices et Asca pour évaluer les «performances environnementales» de la HVE dans sa version précédente, et fournir des recommandations pour sa révision. Des conclusions partielles ont bien été présentées aux membres de la CNCE le 5 juillet, une semaine après le vote final sur le cadre révisé, mais les membres de la commission attendent toujours l’étude détaillée. À la veille de la dernière réunion de la CNCE qui s’est tenue le 21 septembre dernier, Conf', LPO, FNE et le réseau Civam ont donc écrit à Patrick Falcone, président de la CNCE, pour demander que le document soit envoyé «dans les plus brefs délais». Lors de la réunion du 21 septembre, M Falcone aurait cependant indiqué ne pas avoir pu lui-même consulter l'étude. Selon les informations d’Agra Presse, le rapport aurait bien été transmis par les bureaux d’études aux commanditaires début septembre, mais attendrait désormais une validation officielle.

Champagne: appel à la grève de la CGT sur les salaires

La CGT Champagne a appelé à une grève des salariés de la filière le 28 septembre pour réclamer notamment une hausse immédiate des salaires face «à l'inflation galopante». La commission tripartite du champagne, qui regroupe les délégations représentatives des employeurs, ainsi que des syndicats du régime général et agricole, se réunit habituellement une fois par an en janvier, pour négocier les barèmes de salaires et avantages sociaux minimum. «Face à l'inflation galopante, nous avons demandé en juin une réunion exceptionnelle avec l'Union des maisons de champagne (UMC), obtenue le 20 septembre. Mais nous n'avons reçu que mépris, ils n'ont fait que nous renvoyer vers les aides d'État», déplore auprès de l'AFP le secrétaire général de la CGT Champagne, José Blanco. La CGT réclame «une augmentation immédiate de 3,3% des salaires», après les 2,6% obtenus en janvier dernier. «Nous appelons donc à un arrêt de travail dès 14h» dans «toutes les maisons», a-t-il dit, estimant que le mouvement serait «très suivi», la CGT étant «largement majoritaire».

Biodiversité: l’agriculture, principale menace mondiale sur les oiseaux

Dans un rapport publié le 28 septembre, l’ONG internationale Bird life estime que l’agriculture serait la principale menace pour plus de 1000 espèces d’oiseaux de la liste rouge mondiale de l’UICN, soit environ 73% du total des espèces considérées comme vulnérables, en danger ou en danger critique. Parmi les principaux facteurs: «l’intensification des pratiques agricoles sur les terres existantes, comme le développement de la mécanisation et les intrants agrochimiques, mais aussi la conversion des prairies en cultures», pointe l’ONG. En Europe, alors que 57% des effectifs d’oiseaux inféodés aux zones agricoles auraient disparu en quarante ans, la Pac «subventionne les pratiques agricoles intensives», dénonce l’ONG. En Espagne, notamment, la réduction des jachères aurait accéléré la disparition de l'outarde canepetière. La conversion des écosystèmes pour l’agriculture concerne en revanche principalement «les pays à revenu moyen ou bas des régions tropicales», souligne Bird life. La déforestation aurait ainsi causé l’extinction de l’ara glauque (perroquet bleu-gris) et du hocco mitou (famille des gallinacées) au Brésil. Et le retournement des prairies de la plaine de Liben, en Éthiopie aurait entraîné la disparition de 80% des effectifs de l’alouette d’Archer en vingt ans.

Biogaz: la filière lance une étiquette «gaz vert compatible» pour les chaudières

L'association Coénove (filière gaz) a annoncé le 28 septembre le lancement d'une mention «Gaz vert, local et renouvelable» pour améliorer l'image des équipements de chauffage au gaz au regard de la transition énergétique. Déposée à l'Inpi, la mention se décline en deux étiquettes: «Gaz vert compatible» pour les équipements de chauffage au gaz (p.ex. chaudières), qui sont d'ores et déjà tous compatibles au biogaz; et «Gaz vert engagé» pour les entreprises du secteur. «Nous voulons insister sur le fait que l'électricité n'a pas le monopole du renouvelable, et rassurer sur le fait que la bonne vieille chaudière est un bon investissement», a expliqué Bernard Aulagne, président de Coénove. Lors d'une récente enquête menée auprès du grand public, la filière a constaté que la notoriété du terme «gaz vert» avait progressé de 17 points sur un an (à 84%), et que 90% des personnes interrogées en avaient «une bonne image». Toutefois, «24% ne savent pas exactement de quoi il s'agit et 50% n'ont pas compris qu'il était compatible avec leur équipement», rapporte Bernard Aulagne. En 2022, le biogaz ne représentait que 2% du gaz consommé en France, avec un objectif gouvernemental de 10% en 2030.