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Leslie Kapin (Astanor Ventures) : « Nous avons mis en place une méthodologie qui nous permet de capturer tous les impacts de nos investissements »

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Leslie Kapin, directrice de l’impact et du développement durable chez Astanor Ventures Crédits : © Astanor Ventures

Astanor Ventures, fonds de capital-risque et leader européen dans l’investissement à impact dans l’Agritech et la Foodtech, soutient des start-ups qui s'engagent vers une agriculture régénératrice et une industrie agroalimentaire plus durable, tout en protégeant la planète et ses ressources naturelles. Son portefeuille compte 43 entreprises mondiales, engagées dans l'alimentation et l'agriculture de demain. Dans son dernier rapport d’impact publié en octobre, Astanor Ventures expose les nouvelles avancées de sa méthodologie de mesures d’impact. Leslie Kapin, directrice de l’impact et du développement durable chez Astanor Ventures détaille pour Agra Innovation les nouvelles avancées et les objectifs attendus de ce modèle unique de valorisation de l’impact.

Astanor vient de publier son deuxième rapport d’impact, dans lequel il partage notamment de nouvelles avancées concernant sa méthodologie de mesure d'impact. En quoi consiste votre méthodologie ?

Nous avons mis en place une méthodologie pour l’ensemble de l’Agtech et de la Foodtech, qui nous permet de capturer tous les impacts de nos investissements dans ces secteurs, à partir de six indicateurs clés de performance que sont les émissions de gaz à effet de serre (GES), l’utilisation de l'eau, la biodiversité, le social, la santé et l’intelligence climatique. Nos investissements couvrent une étape supplémentaire en aval et en amont de la chaine de valeur. Cela va de la qualité des sols et celle des océans, jusqu’aux emballages durables, en passant par les alternatives à la viande et aux fromages et également des solutions sur la santé du microbiome humain.

Les fonds climat sont généralement focalisés principalement sur les émissions carbone en tant qu’indicateur, mais pour un fonds Agrifood il est nécessaire d’avoir une vision plus holistique car la chaine de valeur est complexe avec de nombreux effets sur la planète et ses habitants.

Il est dit dans le rapport que votre modèle agrège la création d'impact de ses investissements en une valeur monétaire unique. Comment cela se traduit-il concrètement ?

Nos six indicateurs clés sont adaptés au contexte, le problème étant que quand nous voulions montrer l’impact de nos investissements et de notre fonds en général, il n’était pas pertinent de
dire : j’ai 100 000 tonnes de carbone par là ou 10 000 tonnes de mètres cubes d’eau par ci. D’où cette question de savoir comment agréger ces indicateurs, afin de donner un retour sur investissement global. Ainsi à la fin de l’existence de notre fonds, nous pourrons communiquer sur le retour sur investissement et sur le retour sur impact.

Pour cela, nous avons travaillé avec des chercheurs externes spécialisés dans les modèles d’évaluation d’impact pour arriver à notre nouveau modèle, inspiré des approches de valorisation des coûts réels (True Cost Accounting, TCA) et du retour social sur investissement (Social Return on Investment, SROI).

Le but est de donner une valeur monétaire issue des recherches académiques aux éléments auxquels nous contribuons en termes d’impact. De la même façon que l’on peut donner un prix pour 1 tonne de carbone, éviter 1 hectare d’utilisation des sols a également un prix. Et toutes nos sources de prix seront validées à terme lors des sorties de portefeuille par une entité externe.

Peut-on dire qu’Astanor est précurseur dans le domaine de la monétarisation de l’impact ?

Toutes les grandes entreprises vont devoir un jour ou l’autre rendre des comptes sur tous ces indicateurs de biodiversité, d’eau, de santé... Si vous prenez les travaux de l'International Sustainability Standards Board (ISSB), l’entité présidée par Emmanuel Faber et qui travaille sur la prise en compte de tous les facteurs environnementaux et sociaux dans la comptabilité, de nouvelles réglementations sont à venir sur tous ces sujets.

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Bientôt, toutes les entreprises devront communiquer sur ces indicateurs, qu’ils soient monétisés ou pas. Nous les monétisons pour permettre à quelqu’un d’extérieur au fonds, de comprendre quel est notre retour sur impact. Et le but n’est pas de garder notre méthode pour nous, mais bien de la partager, afin que tout le monde puisse l’utiliser. Idéalement, j’espère qu’en septembre de l’année prochaine, une fois que nos modèles auront bien été testés, nous pourrons partager nos recherches.

Nous avons déployé notre méthode sur six des 43 start-up de notre fonds et nous allons maintenant la dupliquer sur l’ensemble de notre portefeuille. Et au-delà de pouvoir montrer à nos investisseurs d’où vient notre impact, il est aussi très utile pour les start-up elles-mêmes de pouvoir communiquer sur la valeur monétaire de leurs mesures d’impact.

Cela peut paraître ambitieux d’effectuer ce type d’analyses avec des start-up, mais au contraire nous sommes convaincus que cela leur permet de grandir avec les bonnes pratiques et d’améliorer leur procédé dès le départ.

Qu’entendez-vous par « bonnes pratiques » ?

En tant qu’investisseur à impact, nous concentrons nos investissements sur les solutions à impact positif sur la planète et ses habitants, mais il est important aussi pour nous de penser à la santé interne de la société. La mise en place des critères ESG (environnementaux, sociaux et de bonne gouvernance, ndlr) qui sont des métriques internes, là où l’impact est une métrique externe, sont donc aussi très importants pour nous. Il ne suffit pas d’investir dans un produit avec un impact positif, il est capital de penser également aux pratiques en internes. Si la société ne grandit pas avec une bonne gouvernance ou sans diversité, elle ne pourra pas attirer de nouveaux talents et encore moins les garder, et sera à terme limitée dans son développement.

Il est donc important pour nous d’aider les start-up que nous accompagnons à mettre en place les bonnes pratiques dès leur démarrage. Nous les aidons notamment à devenir B Corp ou à adopter d’autres labels du même type. Déjà une dizaine de société de notre fonds sont certifiées B Corp et cinq sont engagées dans le process.