La recrudescence de cas de saccage au couteau et plusieurs incendies de champs appartenant à des syndicalistes agricoles alarment l’ensemble des représentants du secteur. Ils ont obtenu une réunion interministérielle consacrée à ce climat d’insécurité croissante en région pampéenne.
En Argentine, 61 cas de saccage de silos en plastique (type boudin) ont été recensés, depuis le début de l’année. Une forte recrudescence de tels actes de vandalisme, non revendiqués et laissés impunis, a eu lieu au cours du mois de juin. Le modus operandi est le même : les silos sont ouverts au couteau, sans aucune trace de vol.
Le syndicat des Confédérations rurales argentines (CRA) a diffusé, le 1er juillet dernier, une infographie localisant ces délits perpétrés en majorité dans les provinces de Córdoba, de Santa Fe et de Buenos Aires, où environ la moitié des récoltes est conservée dans ce type de stockage.
Par ailleurs, à un mois d’intervalle, deux agriculteurs dirigeants syndicalistes ont subi dans leurs champs des incendies qui font l’objet d’une enquête judiciaire : le 30 juin, David Tonelo, président de la Société rurale de Río Cuarto, à Cordoba, a vu partir en fumée une centaine d’hectares semés en blé. Le 26 mai dernier, c’était le vice-président de la CRA, Gabriel de Raedemaeker, qui perdait de la même façon un lot de 30 hectares de maïs à Oliva. Entre-temps, une parcelle de 800 ha de maïs a été complètement brûlée à Santiago del Estero, le 22 juin, de manière tout aussi suspecte.
Un recensement des silos pour tenter de prévenir le vandalisme
Alarmées, 38 associations du monde rural ont émis un communiqué conjoint, le 25 juin, pour exiger des mesures d’urgence de la part du gouvernement. « Ces atteintes à la propriété privées portent préjudice également à l’État qui ne percevra pas les impôts devant être prélevés sur les récoltes stockées ainsi gâchées », ont-elles rappelé.
Dès le lendemain, le 26 juin, le ministre de l’Agriculture Luis Basterra et la ministre de la Sécurité Sabina Frederic ont tenu une réunion à distance avec toutes ces associations. Le 2 juillet, Sabina Frederic a annoncé le projet d’effectuer un recensement complet des silo-sacs utilisés afin de mieux prévenir les actes de vandalisme.
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De nombreux syndicalistes agricoles ne se gênent plus pour présumer publiquement que des militants d’extrême gauche partisans du gouvernement, ou simplement anti-ruraux, sont responsables de cette série de méfaits inédite par son ampleur.
« Seule une organisation peut commettre de tels délits »
Gabriel de Raedemaeker estime que « seule une organisation peut commettre de tels délits en plein confinement (lié au Covid-19, NDLR) en échappant systématiquement aux contrôles routiers policiers. »
Les deux précédents ministres de l’Agriculture, Ricardo Buryaile et Luis-Miguel Etchevehere, ont tous deux dénoncé l’inaction du gouvernement face à ces saccages de silos. Tous deux ont affirmé que ces délits ont une origine idéologique.
Par ailleurs, le 30 juin, le parti politique Mejorar a porté plainte contre un militant kirchneriste actif sur les réseaux sociaux, Ezequiel Guazzora, pour incitation à la violence. Ce youtubeur a récemment diffusé une vidéo dans laquelle il dit vouloir incendier les champs des producteurs de grains et déchirer au couteau leurs silos, au motif que ceux-ci spéculeraient sur la dévaluation du peso argentin en gardant leur récolte au lieu de la vendre aux exportateurs. Il encourt une peine de deux à six ans de prison.
61 silos ont été ouverts au couteau depuis le début de l’année