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Bruno Cheval (CleanGreens) : « Notre but est de créer des fermes aéroponiques automatisées »

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Bruno Cheval, PDG de CleanGreens. Crédits : © CleanGreens

La start-up suisse CleanGreens, installée au sein de l’Agropole Suisse à Molondin (canton de Vaud), développe un modèle de ferme aéroponique automatisée, pouvant produire tout au long de l’année, à l’abri des aléas climatiques et avec peu de main d’oeuvre. Pour cela, elle a mis au point une technologie innovante appelée Greenova permettant d’humidifier les racines à intervalles réguliers grâce à des buses mobiles fonctionnant dans un environnement très humide. Après avoir ouvert des serres aéroponiques pour le compte des Crudettes, une marque du français LSDH qui est aussi son actionnaire (aux côtés du fonds Capagro), et au Koweït (pour Green Life), CleanGreens est en train d’équiper Midiflore, un producteur installé dans le Var. Bruno Cheval, PDG de cette start-up, nous explique quels sont les axes de développement de la société et comment elle compte demain aller encore plus loin dans l’automatisation de la production végétale.

En quoi CleanGreens se différencie des autres sociétés maîtrisant l’aéroponie au service de la production végétale ?

Dans le cadre de notre objectif consistant à produire des végétaux avec le minimum d’eau et de terres arables, nous sommes parvenus à mettre au point une technologie exclusive de pulvérisation robotisée des racines en eau et en nutriments. Le cœur de notre innovation est représenté par la robotisation des buses qui alimentent les racines à intervalles très réguliers. Comparée aux systèmes concurrents, notre technologie nous permet d’utiliser moins de buses, et nécessite donc moins de maintenance. Et nous sommes surtout parvenus à faire fonctionner correctement ces buses sur un robot d’irrigation dans un environnement très humide, ce qui représente un véritable défi technologique. Moins de buses, cela signifie aussi des coûts en moins d’équipement et de maintenance, et moins de main d’œuvre.

Quelles sont les principaux avantages de votre technologie ?

Comme tous les systèmes aéroponiques, le principal avantage est l’économie en eau. On estime de manière générale que l’aéroponie permet de produire 1 kilo de salade avec 10 à 15 litres d’eau, lorsqu’il en faut 20 à 40 litres avec l’hydroponie et 250 litres avec l’agriculture de plein champ. Le gain est donc immense. Autre avantage : nous nous passons d’herbicide, de pesticide et d’insecticide puisque notre culture ne nécessite pas de traitement étant réalisée en atmosphère contrôlée, à l’abri des insectes et que la canopée n’est pas exposée à l’humidité, ce qui évite toute moisissure. En étant dans un lieu fermé, nous sommes à l’abri des événements climatiques excessifs comme l’excès de pluie, la grêle, le gel ou la sécheresse qui perturbent de plus en plus le travail des agriculteurs, notamment les maraîchers. Et dans les zones où le foncier agricole est trop onéreux ou trop rare, l’aéroponie est une solution pour produire beaucoup avec très peu de place.

Mais l’aéroponie nécessite toutefois une consommation d’énergie et de nutriments chimiques.

C’est vrai que la production aéroponique nécessite de l’énergie et aussi des produits issus de la chimie pour nourrir les plantes. Il s’agit d’axes de travail pour nous et nous progressons sur ces deux points. Toutefois, si on regarde de façon plus large la quantité d’énergie globale nécessaire pour les productions conventionnelles en plein champ ou en serre, et l’éloignement des centres de production des centres de consommation, ce qui nécessite une consommation d’énergie conséquente pour le transport, l’aéroponie est très performante.

Vous équipements sont-ils pertinents dans des climats tempérés où le maraîchage conventionnel est encore très performant ?

Les équipements que nous mettons en place en France ou en Suisse sont plutôt dédiés à des plantes à forte valeur ajoutée comme les plantes aromatiques ou médicinales, ou les fleurs comestibles. Car ces plantes sont souvent produites loin des lieux de consommation, et il est plus intéressant d’un point de vue environnemental mais aussi économique de les faire pousser ici. Mais au Koweït, où nous avons livré un équipement de taille industrielle de 6000 m2, ce sont des salades qui poussent. Pour ce pays, il est très important de développer sa souveraineté alimentaire, de disposer de produits frais et de qualité sur place, avec des coûts logistiques beaucoup plus faibles, alors que les légumes frais arrivent par avion d’Europe ou des États-Unis à des prix très élevés et avec une qualité dégradée.

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En outre, il ne faut pas négliger une donnée essentielle qui est, malheureusement, le changement climatique. Dans les zones considérées comme tempérées, les événements climatiques excessifs, difficiles à anticiper, sont de plus en plus nombreux et rendent plus coûteuse et plus difficile la production maraîchère traditionnelle. L’aéroponie est une solution qui va s’imposer de plus en plus car elle permet de produire en continu en s’affranchissant des conditions climatiques.

Quels végétaux pourrez-vous produire à l’avenir ?

Nous travaillons d’abord à élargir le portefeuille de légumes feuilles et d’herbes que nous pouvons déjà produire, et sur les quantités que nous pouvons obtenir. Mais nos travaux de recherche nous permettent d’envisager de produire des plantes médicinales, des fraises ou même des légumes racines. Et si cela est techniquement possible, il faut que nous puissions les produire à plus grande échelle, de façon régulière et surtout à des coûts raisonnables pour nos clients.

D’autres axes de progression sont-ils envisageables ?

Nous travaillons de façon continue sur notre technologie dont nous cherchons à abaisser le coût pour les utilisateurs afin qu’elle puisse être accessible même pour des produits peu valorisés. Nous pouvons aussi aller encore plus loin dans la robotisation de l’aéroponie. Nous travaillons ainsi à développer la robotisation des tâches comme les semis et la récolte, qui sont complexes et pour lesquelles il est de plus en plus difficile de recruter des employés. Notre but est de créer des fermes automatisées, qui pourraient fonctionner avec très peu de personnes.

Où se trouve vos équipements actuels et à venir ?

Nous sommes déjà installés en Suisse, et nous avons des équipements en France, et de taille industrielle comme pour LSDH qui produit des herbes vendues sous la marque Les Crudettes, ou au Koweït, pour les salades. Nous sommes en train d’équiper Midiflore dans le Var qui produira des herbes aromatiques. Nous avons beaucoup de projets dans différentes régions du monde, surtout en Europe, au Moyen-Orient, mais nous regardons aussi du côté de l’Amérique du Nord où nous pourrions avoir des opportunités.