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Colin Chaballier (Exxact Robotics) : « Notre enjambeur autonome fonctionnant à l’hydrogène contribue à la décarbonation de l’agriculture »

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Colin Chaballier, directeur général d'Exxact Robotics. Crédits : © Exxact Robotics

Ce n’est encore qu’un concept, mais l’enjambeur autonome pour les vignes étroites Traxx Concept H2 mis au point par Exxact Robotics est une petite révolution dans le machinisme agricole : pour la première fois, l’hydrogène est mis au service des travaux du sol et de la pulvérisation. Et selon les porteurs du projet, l’hydrogène est la solution pour l’agriculture si celle-ci veut parvenir à sa décarbonation, en se passant des moteurs thermiques dans les champs. Traxx Concept H2, encore à ses premiers stades de développement, a en outre le mérite de renforcer encore l’attractivité pour les robots agricoles. Colin Chaballier, DG d’Exxact Robotics (société créée en 2019 par Exel Industries, leader de la pulvérisation agricole), présente cette initiative et les perspectives qu’elle ouvre pour la robotique agricole.

Quelles sont les raisons qui ont poussé Exxact Robotics à travailler sur un enjambeur autonome fonctionnant à l’hydrogène ?

Exxact Robotics, la branche innovation du groupe Exel Industries, veut participer à la décarbonation de l’agriculture qui va s’imposer au secteur à l’avenir. Il nous faut donc des solutions face à cet enjeu, et c’est pourquoi nous avons travaillé sur une motorisation alternative au diesel. Et en tant que spécialiste de la robotique agricole, nous avons aussi voulu associer deux innovations que sont l’autonomie, qui représente un gain en termes de pénibilité et d’efficacité, et le recours à une énergie sans émissions et donc avec peu d’impact environnemental. C’est pourquoi nous avons mis au point un enjambeur autonome fonctionnant à l’hydrogène qui contribue à la décarbonation de l’agriculture.

Comment avez-vous travaillé sur ce projet ?

Nous travaillons depuis plusieurs années sur un robot agricole autonome, le Traxx, qui est un enjambeur pour vignes étroites. Cet appareil est lancé commercialement en ce début d’année 2023, et il fonctionne avec un moteur thermique. Nous avons donc décidé de remplacer ce moteur diesel par un moteur sans émission et sans nuisance sonore. Nous avions le choix entre les batteries électriques et l’hydrogène, mais nous avons choisi la seconde alternative car les batteries sont trop lourdes, ne délivrent pas assez de puissance, exigent des stations de rechargement sur l’exploitation et un temps de charge relativement long, incompatible avec les contraintes opérationnelles des viticulteurs.

A l’opposé, la pile à combustible fonctionnant à l’hydrogène délivre une puissance de 35 KW équivalente au diesel, ce qui permet de réaliser les mêmes travaux qu’avec le moteur diesel, ne change pas le centre de gravité de la machine, et cette technologie est déjà mise en œuvre pour d’autres véhicules. Et pour les composants, nous avons de la chance, car ils existent déjà sur le marché, ils sont fiables et sont déjà utilisés.

Comment Traxx H2 va-t-il passer du stade du concept à celui de matériel commercialisable ?

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Les essais vont débuter dans plusieurs domaines viticoles à partir du printemps. Nous allons tester le travail du sol en conditions réelles et voir aussi comment les utilisateurs peuvent s’approprier ce nouvel équipement qui associe deux innovations, l’autonomie et la motorisation hydrogène. Il faut enfin travailler sur l’approvisionnement en hydrogène qui n’est pas aussi disponible que le diesel, même si nous avons plusieurs solutions.

Quelles sont ces solutions pour ravitailler en hydrogène le concept Traxx H2 ?

Plusieurs solutions peuvent être mises en œuvre comme utiliser les stations publiques, au nombre de 60 actuellement en France, sachant que 60 stations publiques supplémentaires sont en construction en ce moment. Des fournisseurs d’hydrogène comme Linde ou Air Liquide peuvent aussi installer sur le domaine, en location, un dispositif de stockage et de distribution d’hydrogène en bouteilles. Et enfin, pour améliorer encore la décarbonation de l’activité, il est possible d’installer sur le domaine des panneaux solaires connectés à un électrolyseur qui produit l’hydrogène nécessaire.

Quel est le potentiel de développement d’un robot agricole fonctionnant à l’hydrogène ?

Nous savons que des grandes maisons de vin de Bordeaux, de Bourgogne et de Champagne sont engagées dans une démarche de décarbonation et qu’elles sont intéressées par toutes les solutions pouvant contribuer à cet objectif, sans compromis sur les résultats et avec des apports en termes de pénibilité et de disponibilité de la main d’œuvre.

Mais à plus long terme, le potentiel est là car la décarbonation peut concerner tous les agriculteurs et de nombreuses machines, et l’hydrogène est une réponse à cet enjeu. Nos recherches sur l’adaptation de l’hydrogène au machinisme agricole va aussi bénéficier aux autres entités d’Exel Industries, et qui pourraient être intéressées par ces nouveaux moteurs.