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Gaëtan Séverac (Naïo Technologies) : « Naïo Technologies passe à l’échelle industrielle »

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Gaëtan Séverac, cofondateur de Naïo Technologies Crédits : © Naïo Technologies

Annonçant une levée de fonds de 32 millions d’euros, le pionnier des robots agricoles Naïo Technologies veut passer du stade de la start-up à celui de concepteur et constructeur de robots agricoles à grande échelle. Depuis 10 ans, la société toulousaine a développé plusieurs modèles de robots spécialisés dans le désherbage et le travail du sol pour le maraîchage et la vigne. Demain, il compte s’intéresser aux grandes cultures, un marché conséquent où la demande pour des pratiques culturales inspirées de l’agroécologie émerge aujourd’hui. Le point avec Gaëtan Séverac, cofondateur de Naïo Technologies.

Qui sont les parties prenantes à la nouvelle levée de fonds que vous annoncez aujourd’hui ?

Nous venons de lever 32 millions d’euros auprès d’investisseurs historiques tels que Demeter, CapAgro et Bpifrance, via le fonds Ecotechnologies, et de nouveaux investisseurs parmi lesquels le fonds à impact Mirova (1), qui est leader de cette opération, le fonds M Capital et aussi la Région Occitanie par l’intermédiaire de l’Aris, l’agence régionale d’investissement stratégique d’Occitanie.

Cette opération est particulièrement importante en termes de montant, c’est deux fois plus que notre dernière levée de fonds de 14 millions d’euros, annoncée début 2020. Mais aussi en termes de projet, car ces nouveaux fonds permettent de passer un cap stratégique.

Quels projets vont pouvoir se concrétiser désormais ?

Cette levée de fonds sans précédent pour Naïo Technologies nous permet de changer d’échelle, en passant du statut de start-up à celui d’industriel. Nous voulons en effet renforcer nos capacités de recherche et développement, qui nous ont permis de développer les premiers robots autonomes agricoles depuis 2012, mais aussi concevoir plus de modèles, plus d’outils adaptables sur ces modèles, et fabriquer en plus grand nombre nos robots. Aujourd’hui, nous avons vendu 300 machines qui travaillent dans les champs, mais notre but est désormais d’atteindre les 1000 machines vendues en 2025. Nous concevons tous nos modèles qui sont assemblés par deux constructeurs de la Région Occitanie, Syselec à Castres et KEP Technologies à Montauban. Nous comptons pérenniser cette organisation.

Quelles tâches peuvent être confiées à vos robots ?

Nous nous sommes concentrés depuis le début sur les tâches le plus pénibles, le plus répétitives, pour lesquelles il est difficile de trouver de la main d’œuvre. Le maraîchage est un premier secteur où le désherbage peut être confié à notre robot Oz. Nous complétons la gamme aujourd’hui avec Orio, présenté début 2022, et qui est adapté pour le légume d’industrie. Quant à Jo, dont les premiers exemplaires ont été commercialisés cet automne, il s’agit d’un chenillard adapté aux vignes étroites. Il vient d’être récompensé à Vinitech 2022 par le trophée de bronze de l’innovation.

Nous travaillons aussi à adapter de nouveaux outils sur les robots afin de leur donner plus de polyvalence : réaliser des semis, tondre l’inter-rang, effectuer le rognage ou l’effeuillage des vignes. A plus longue échéance, nous réfléchissons aussi à doter nos robots de capteurs permettant de compter le nombre de plants, mesurer le niveau de maturité ou repérer la présence de maladies ou de ravageurs.

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Comment vous assurez-vous que ces robots autonomes sont en mesure de travailler aussi bien que l’homme, et en sécurité pour les cultures et les hommes ?

L’enjeu de la sécurité est essentiel pour des robots qui doivent fonctionner sans intervention ou supervision des humains ; que ce soit pour les personnels qui pourraient se trouver tout de même dans les champs ou pour les cultures qu’il faut protéger. Nous avons beaucoup travaillé sur cette dimension, et nos systèmes de capteurs, d’outils et de sécurité nous permettent de répondre aux exigences du document de référence européen Mother Regulation 167/2013. Nos robots peuvent ainsi fonctionner en toute autonomie dans les champs de toute l’Union européenne. A ma connaissance, nous sommes les seuls à être en conformité avec cette directive, pour les machines les plus importantes.

Quels sont les principaux enjeux de demain pour la robotique agricole ?

Je pense que l’exigence d’une agriculture avec moins de chimie et donc plus de travail du sol va être de plus en plus forte. Elle va se poser à tous les types de cultures, pas seulement le maraîchage ou la vigne, mais aussi l’arboriculture ou les grandes cultures. Dans ce dernier cas, il y a un enjeu lié aux grandes surfaces à parcourir, où les robots ont aussi leur place. D’ici quelques mois, nous allons déployer notre robot Orio doté d’outils spécifiques pour travailler dans les champs de betterave et de pommes de terre, et dans quelques années, nous serons en mesure de proposer des robots spécialement conçus pour les grandes cultures céréalières. Quant à l’agriculture biologique, l’enjeu se situe dans sa démocratisation : si on veut que ces productions soient à la portée de tous les ménages, il faut que ses coûts de production baissent, et c’est ce que peuvent offrir nos robots.

Pour faciliter l’adoption des robots par les agriculteurs, il faut consentir à des changements d’habitudes et mobiliser des investissements conséquents. Comme répondez-vous à cette question ?

Aux Etats-Unis, nous déployons notre offre RAAS, Robot As A Service, qui permet d’offrir une prestation de travaux agricoles clé en main : l’agriculteur n’intervient pas et nous nous chargeons du travail avec nos robots. En France, nous avons les coopératives d’utilisation de matériels agricoles et les entreprises de travaux agricoles, sur lesquelles nous pouvons nous appuyer pour qu’elles s’équipent et fassent ainsi entrer les robots dans les exploitations, d’une façon plus facile que si c’était l’agriculteur qui s’y mettait directement. Ce sont des partenaires essentiels pour notre développement en France.

1- Mirova est une filiale de Natixis Investment Managers, dédiée à l'investissement durable.