Abonné

Exposition aux antibiotiques : l'hypothèse d'un palier

- - 3 min

En 2023, l’exposition des animaux aux antibiotiques est repartie à la hausse, d’après l’Anses. Principale hypothèse : après des années d’efforts de réduction, les usages ont atteint un palier.

Après avoir fortement reculé, l’exposition des animaux aux antibiotiques repart à la hausse en 2023. Cette inflexion « pourrait témoigner de l’atteinte d’un palier », note l’Anses (agence nationale de sécurité sanitaire) dans son rapport annuel publié le 18 novembre. Toutes espèces confondues, l’exposition des animaux a augmenté de 6,5 % par rapport à 2022. À noter que celle-ci a diminué de 48 % entre 2011 et 2023 et que la baisse observée entre 2021 et 2022 était de 9 %. « L’exposition en 2023 reste ainsi inférieure au niveau observé en 2021 », souligne l’Anses. Autre donnée encourageante : « Les niveaux d’exposition sont faibles pour les antibiotiques critiques », précise Anne Chevance, chercheuse à l’Anses.

« L’hypothèse principale est que nous sommes arrivés à un palier dans la réduction de l’exposition des animaux aux antibiotiques. Il est possible que le niveau d’exposition actuel soit le niveau au-delà duquel il est difficile d’aller dans les conditions actuelles d’élevage sans aller à l’encontre de la santé et du bien-être des animaux », explique Franck Fourès, directeur de l’Agence nationale du médicament vétérinaire, une agence de l’Anses. En outre, le rapport évoque « d’éventuels problèmes sanitaires ayant nécessité d’utiliser plus d’antibiotiques » en 2023, à cause de la maladie hémorragique épizootique (MHE) et de pénuries de certains vaccins pour les veaux. Enfin, une « sous-estimation de l’exposition en 2022 » est possible. Dans son précédent rapport, l’Anses avait conclu à une chute des usages en 2022, en lien avec l’entrée en vigueur de la réglementation européenne restreignant les possibilités de prescrire des antimicrobiens à titre préventif.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

sans antibiotiques
Suivi
Suivre

Des progrès possibles pour les veaux laitiers

Depuis 2011, le gros des efforts de réduction chez les animaux d’élevage s’est fait dans les productions organisées (-54 % en lapins, -64 % en porcs, -67 % en volailles). Les filières bovines (viande et lait) enregistrent une réduction importante (-18 %), mais moindre. Dans les élevages laitiers, les progrès sont très clairs chez les vaches, mais les veaux restent particulièrement exposés aux antibiotiques. Selon Jean-Yves Madec, directeur scientifique à l’Anses, des progrès seraient possibles grâce à la biosécurité. « On rentre trop facilement dans un élevage laitier, contrairement aux filières intégrées », explique-t-il.

À l’avenir, de nouvelles données permettront d’obtenir une estimation plus précise de l’exposition des animaux. Jusqu’ici, l’Anses disposait uniquement des données des ventes d’antibiotiques, croisées avec « la biomasse animale » susceptible d’être traitée. Le déploiement de la plateforme CalypsoVet lancée au printemps 2023 doit permettre, à terme, de documenter les usages de manière exhaustive.

Documenter les usages de manière exhaustive