Vingt-trois nouveaux départements intègrent la « zone de vaccination volontaire » contre le sérotype 3 de la fièvre catarrhale ovine (FCO-3). Les éleveurs d’ovins et de bovins pourront y accéder gratuitement au vaccin. Pour le sérotype 8, l’État va passer une commande, mais le vaccin restera à la charge des producteurs.
Face à la progression du sérotype 3 de la fièvre catarrhale ovine (FCO-3), « j’ai décidé d’élargir la zone concernée par la mise à disposition gratuite du vaccin », a annoncé le ministre de l’Agriculture Marc Fesneau, lors d’un déplacement en Saône-et-Loire le 30 août. En plus des six régions déjà visées depuis le 12 août (1), les éleveurs de 23 nouveaux départements pourront accéder gratuitement à des vaccins s’ils souhaitent protéger leurs ovins ou bovins : il s’agit des régions Auvergne-Rhône-Alpes et Pays de la Loire, ainsi que de l’Ille-et-Vilaine et du nord de la Nouvelle-Aquitaine (Deux-Sèvres, Vienne, Haute-Vienne, Creuse et Corrèze). La « zone de vaccination volontaire » couvre désormais « les trois quarts de la France », a ajouté le ministre. « L’État va donc commander 5,3 millions de doses complémentaires, pour un montant de 14 M € », précise la Rue de Varenne dans un communiqué. Cette troisième commande intervient après deux précédentes commandes qui totalisaient 6,4 millions de doses. Et Marc Fesneau de rappeler que « le vaccin amoindrit les signes de la maladie, mais n’empêche pas la contamination ».
342 foyers de FCO-3 fin août
La propagation de la FCO-3 s’est accélérée ces derniers jours, avec 342 foyers dans 13 départements au 29 août (contre 190 une semaine plus tôt), selon le ministère. Arrivée en France début août, la maladie a atteint deux nouveaux départements, l’Orne et la Saône-et-Loire, « peut-être pour des raisons de transport », a indiqué M. Fesneau. Selon lui, « ce n’est pas normal » que la maladie soit arrivée aussi vite dans ces territoires, « ce n’est pas un phénomène naturel dans ce délai-là ».
Concernant la FCO-8, autre sérotype de la maladie présent en France depuis 2007, « on va se substituer à [la] commande privée » de vaccins, qui « a été défaillante », a indiqué le ministre. Pour la FCO-8, c’est aux éleveurs et organisations professionnelles de payer et commander les doses. En pleine flambée dans le sud du pays, le vaccin Syvazul (pour ovins) est en rupture. « Force est de constater que les commandes n’ont pas été passées » par la filière, a estimé le ministre, alors que la FNO (éleveurs d’ovins, FNSEA) accuse les pouvoirs publics d’avoir manqué d’anticipation. M. Fesneau propose donc de « solliciter » le laboratoire espagnol Syva, seul fabricant de ce vaccin, en « groupant les commandes afin de crédibiliser la démarche ». « Les prochaines doses de vaccins contre le sérotype 8 sont annoncées au plus tôt pour le mois d’octobre », indique la FNO dans un message envoyé à la presse le 29 août.
« Nous avions proposé une vaccination obligatoire »
Le financement du vaccin FCO-8 restera à la charge des éleveurs, un principe « posé avec la filière il y a quinze ans », selon le ministre. « La règle générale en France, c’est que, quand une maladie est émergente, on prend en charge [la vaccination] pour inciter, a rappelé le ministre. Ensuite, c’est au tour de la filière de prendre en charge. » Et le locataire de la Rue de Varenne de tacler : « Je rappelle que, en 2021, nous avions proposé à la filière une vaccination obligatoire, prise en charge totalement par l’État. Ce n’est pas le choix qui a été retenu. » À plus long terme, a souligné Marc Fesneau, « il faudra peut-être se poser la question : est-ce qu’on est sur une éradication ou est-ce qu’on vit avec le sérotype 8 ? »
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Dernière annonce du ministre de l’Agriculture le 30 août : « L’État prendra en charge une part du dispositif d’accompagnement du FMSE » (fonds professionnel). Des indemnisations qui viendront compenser les pertes dues à la FCO-8 et à la MHE (maladie hémorragique épizootique). « Le principe est posé, le travail est lancé, a précisé M. Fesneau. Il appartiendra au gouvernement qui se mettra en place de prendre les décisions. »
Manifestation dans les Ardennes
Très attendues, ces annonces de l’exécutif n’ont pas suffi à calmer la colère des éleveurs. Le 4 septembre, des éleveurs des Ardennes ont déposé devant la préfecture des cadavres de moutons pour protester contre les « défaillances » de l’État face à la FCO, a appris l’AFP des organisateurs et de la préfecture. Une action coup de poing qui a rassemblé environ 80 éleveurs affectés par la maladie selon la préfecture, 150 selon la Fédération des éleveurs de moutons des Ardennes (FEMA, affiliée à la FDSEA). La manifestation s’est déroulée sans incident, a indiqué la préfecture, confirmant une information du quotidien L’Ardennais.
Pour Yohann Sommé, président de la Fédération des éleveurs de moutons des Ardennes, il s’agissait de mettre en lumière le « quotidien dramatique des éleveurs dû à une défaillance de l’État », qui a mis à disposition « trop tard » le vaccin contre la FCO-3. Dans les Ardennes, « 50 % de nos animaux sont malades, tous les élevages sont touchés et deux tiers des animaux malades vont mourir », s’est alarmé M. Sommé. Au niveau national, la FNO déplore que « la vaccination arrive alors que la maladie est déjà là », tout en tenant à « souligner que l’État a joué pleinement son rôle pour obtenir et prendre en charge les doses de vaccin de manière à protéger les cheptels ».
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De son côté, la Confédération paysanne continue à dénoncer la différence de traitement entre les éleveurs atteints par la FCO-8 et ceux atteints par la FCO-3. Dans un communiqué du 30 août, le syndicat réitère ses demandes : des vaccins pris en charge pour tous les sérotypes de la FCO, une aide au répit et des indemnisations économiques pour la FCO-8, la FCO-3 et la MHE. Une position globalement partagée par l’ensemble des syndicats.