En parallèle de l’application du vaccin, les vétérinaires mènent des audits sur la qualité de la vaccination contre l’influenza aviaire, qui peut largement conditionner son efficacité. Des enquêtes qui ont fait apparaître un « relâchement global » sur la biosécurité, en lien avec un moral en berne.
Alors que la vaccination contre l’influenza aviaire se poursuit, « beaucoup d’audits sont réalisés sur le terrain par les vétérinaires », a indiqué le praticien Vincent Blondel (Socsa élevage) lors d’une visioconférence organisée le 3 janvier par le Cifog (interprofession du foie gras). Le but ? Évaluer la qualité de la vaccination, qui peut fortement jouer sur son efficacité. Sur le papier, la campagne de vaccination se déroule sans anicroches, avec 12,4 millions de canards ayant reçu une première dose au 8 janvier, et 9,05 millions une seconde injection. « Quasiment tous les canards commerciaux présents en France sont vaccinés », affirme M. Blondel dans un entretien à Agra Presse. Ce n’est pas le cas pour les animaux reproducteurs, pour qui la vaccination n’est pas obligatoire (elle est même interdite s’ils ont vocation à être exportés). Après la période de mise en place à l’automne, la vaccination se poursuit désormais « sur un rythme de croisière », selon ce vétérinaire basé dans le Sud-Ouest. « Ça se passe globalement bien, mais il peut y avoir quelques trous dans la raquette. »
Attention à la remise en température
Car "canard vacciné" ne rime pas automatiquement avec "canard protégé". « Il faut distinguer l’efficacité du vaccin de la qualité de l’application du vaccin, qui peut influencer pour beaucoup la réponse des animaux au vaccin », a rappelé le vétérinaire François Landais (Anibio) lors de la visioconférence du Cifog. Premier paramètre à prendre en compte : la température du vaccin lors de son application, qui doit « idéalement se situer entre 25 et 30°C », selon M. Blondel. Or, comme il se conserve au frigo, « on remarque que parfois il n’est pas remis à la bonne température ». Avec à la clé une efficacité « fortement dégradée », selon François Landais, voire des « risques importants de mortalité » s’il est trop froid.
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Un autre critère joue un rôle prépondérant : « L’état de santé des canards au moment de la vaccination », insiste Vincent Blondel. « Il peut arriver que l’on vaccine des animaux malades, ou qu’ils déclenchent une pathologie avec le stress de la vaccination. Dans ce cas, la "prise" est moins bonne », l’immunité ne se développe pas aussi bien que prévu. Même avec des animaux en bonne santé, l’injection d’une troisième dose à l’âge de 56 jours – récemment rendue obligatoire dans les zones les plus denses – ajoute une nouvelle difficulté. « La troisième dose, c’est très compliqué pour les éleveurs, constate Vincent Blondel. À cet âge, les canards sont lourds, entre 3 kg et 3,5 kg, l’opération est donc très physique et comporte un risque d’abîmer les animaux. »
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« Relâchement global de la biosécurité »
Pour évaluer la qualité de la vaccination, les vétérinaires réalisent des dosages des anticorps produits grâce au vaccin. Comme l’explique M. Blondel, « une très bonne vaccination, c’est 95 % de tubes [d’échantillons] positifs ; une vaccination convenable, c’est 90 % ». Des données encore en cours d’agrégation. Ces analyses sont à la charge des cabinets vétérinaires, l’État prenant en charge uniquement les sérologies en fin de période d’élevage, afin de vérifier que le virus ne circule pas. Au-delà des analyses sérologiques, les vétérinaires mènent des audits auprès des éleveurs et des vaccinateurs, pour vérifier la bonne application des consignes de vaccination. « C’est un processus complexe, il faut être présent pour accompagner les gens », relève Vincent Blondel. « On passe trois fois par bande, soit tous les trente jours, pour voir si nos remarques ont été entendues. »
Ces enquêtes de terrain ont fait apparaître un « relâchement global de la biosécurité », a noté le praticien lors de la visioconférence du 3 janvier. Un phénomène « en lien avec un découragement général du fait des crises et de l’effort considérable de tous sur la vaccination », analyse-t-il. « En parallèle, d’autres pathologies commencent à apparaître, notamment la pasteurelle, s’inquiète-t-il. Si d’autres maladies passent, il y a un risque que l’influenza aviaire passe aussi. » Et M. Blondel de rappeler qu’il reste « indispensable de toujours se remettre en question sur la biosécurité, malgré le vaccin et notamment lorsque des équipes interviennent ». Après six crises d’influenza aviaire, les éleveurs éprouvent « un ras-le-bol général », constate le vétérinaire auprès d’Agra Presse. L’arrivée du vaccin reste toutefois un signe « encourageant », relève-t-il : « Si la vaccination marche bien, les éleveurs vont se remotiver ».