Les pouvoirs publics ont annoncé une nouvelle enveloppe pour la protection des élevages dans les zones les plus prédatées par le loup. Mais comme attendu, le syndicalisme majoritaire a quitté le Groupe national du 3 juillet, pour protester contre la « sous-estimation » de la population lupine et le « blocage politique » sur le futur Plan loup.
« Une enveloppe financière complémentaire de 1,5 million d’euros sera déployée dès 2024 pour accompagner les éleveurs dans de nouveaux besoins de protection », a annoncé le 3 juillet la préfecture de la région Auvergne-Rhône-Alpes, qui coordonne le plan national loup. Cette enveloppe financera des diagnostics de vulnérabilité dans « les territoires les plus prédatés », ainsi que « la mise en œuvre des mesures qui en sont issues », lit-on dans un communiqué diffusé à l’issue d’une réunion du Groupe national loup. Ces aides permettront par exemple « d’épauler les éleveurs dans le choix des clôtures et […] leur déploiement » ou de « recenser et gérer les incidents impliquant des chiens de protection ». Cette enveloppe visera aussi à « expérimenter des moyens de protection ou d’effarouchement auprès d’élevages bovins », de plus en plus prédatés ces dernières années.
Cette annonce n’aura pas suffi à calmer la colère des organisations agricoles majoritaires : comme attendu, elles ont quitté la réunion du Groupe national loup pour dénoncer une « sous-estimation » de la population lupine. Dans un communiqué du 3 juillet, les chambres, les syndicats (FNSEA, JA) et leurs associations spécialisées (FNO, FNB et FNC) rapportent que « 906 loups sont annoncés à la sortie de l’hiver 2023, contre 921 en 2022 ». Mais, en parallèle, « les attaques des troupeaux croissent depuis le début de l’année de 16 % par rapport à la même période de 2022 ». La préfecture a confirmé cette « estimation provisoire » de la population. Tout en ajoutant que l’OFB, procédera au cours de l’été à « une réévaluation en vue d’annoncer un chiffre stabilisé ».
« Nombre record » de tirs légaux en 2022
Selon les organisations agricoles, cette baisse estimée de la population est due à un « nombre d’indices fournis par l’Office français de la biodiversité très en retrait par rapport à l’année précédente : près de 1 000 en moins ». « Le nombre de loups est sous-évalué et l’État ne met pas les moyens pour récolter les indices », a déploré Bernard Mogenet, président de la FDSEA des Savoie, lors d’un point presse le 3 juillet.
Réagissant dans un communiqué commun, six associations de protection de la nature (1) exhortent l’État à « autoriser moins de tirs dérogatoires ». Les ONG rappellent que « 162 loups ont été tués lors de tirs légaux dérogatoires » l’année dernière. Ce qui constitue selon elles un « nombre record », qui plus est « accompagné d’une hausse des destructions illégales ». Les associations appellent l’exécutif à « respecter l’engagement pris » en 2020, lorsqu’il a relevé le plafond de destruction de loups à 19 % : « revoir ce pourcentage à la baisse en cas de fléchissement de la population ». « Cela doit être fait dès cette année, sans attendre la finalisation du prochain PNA » (Plan national d’action sur le loup, NDLR), exigent-elles. Elles martèlent enfin que le loup « ne peut pas être considéré comme dans un état de conservation favorable », car son seuil de viabilité est « estimé à 500 individus potentiellement reproducteurs (et non 500 individus comme souvent entendu) ».
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Par ailleurs, comme la FNO (éleveurs d’ovins, FNSEA) l’indiquait à Agra Presse fin juin, la présentation des arbitrages du prochain Plan loup 2024-2029 a été reportée au 4 septembre. La raison ? Un « blocage politique » entre les ministères de l’Agriculture et de la Transition écologique, a rappelé Claude Font (FNO) le 3 juillet. « Nous demandons que la représentation nationale se saisisse du sujet, lance Bernard Mogenet. Il faut qu’il y ait un débat parlementaire sur le prochain Plan loup. » Le syndicalisme majoritaire demande notamment la simplification de la procédure de tirs, en fusionnant les tirs de défense simple et de défense renforcée.
La Conf’ rappelle ses propositions
De son côté, dans un communiqué, la Confédération paysanne a appelé la Première ministre à « faire preuve d’ambition pour les éleveurs et éleveuses et non répéter les insuffisances du plan actuel ». Et le syndicat minoritaire de rappeler ses propositions, notamment sur les mesures de protection : financement « à 100 % » face à « l’explosion de la prédation » (y compris pour les éleveurs bovins « volontaires ») et « anticipation de la protection des troupeaux à l’échelle nationale ». Alors que les représentants du syndicalisme majoritaire ont « claqué la porte » de la réunion du 3 juillet, la Conf’ dénonce une position « totalement démagogique et irresponsable » : « La FNSEA et ses satellites continuent d’entretenir le déni avec l’objectif " zéro attaque " ». La Confédération paysanne, elle, plaide pour « la réalisation de tirs ciblés » par les lieutenants de louveterie et l’OFB, rappelant que « l’objectif des prélèvements est de réduire les dégâts aux troupeaux et non de réguler la population de loups ».
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