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Vaccin contre l’influenza : un coût prévisionnel entre 35 M€ et 330 M€

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Selon les espèces de volailles visées, le coût de la vaccination contre l’influenza aviaire pourrait varier entre 35 millions d’euros et 330 millions d’euros, selon une étude commandée par les filières avicoles. Un travail qui vise à anticiper les éventuelles difficultés pratiques.

Le coût global de la vaccination contre l’influenza aviaire pourrait s’élever entre 35 millions d’euros et 330 millions d’euros (M€) par an, a indiqué François Landais, vétérinaire au cabinet Anibio, le 8 décembre à Agra Presse. Une estimation qui vient préciser une annonce faite le 6 décembre par la coopérative Maïsadour. Comme l’explique M. Landais, ces chiffes proviennent d’une étude commandée par les filières avicoles afin d’« anticiper les difficultés pratiques » d’une éventuelle vaccination, en cours d’expérimentation. Quatre scénarios ont été explorés, qui « mobilisent les filières les unes après les autres ». Ainsi, la fourchette basse de 35 M€ correspond à une vaccination limitée aux espèces les plus sensibles (palmipèdes et dindes) dans les « zones à risque de diffusion » (ZRD, zones denses du Sud-Ouest et des Pays de la Loire), et uniquement durant la période la plus risquée (novembre-avril). Une hypothèse de lutte « relativement rudimentaire », résume le praticien béarnais. La fourchette haute, 330 M€, correspond à une vaccination de toutes les volailles dans l’ensemble du territoire national.

À titre de comparaison, la filière volailles de chair dégage entre 6 et 7 milliards d’euros (Md€) de chiffre d’affaires au niveau national, contre environ 1,6 Md€ pour les poules pondeuses et autour de 260 M€ pour le foie gras. D’après François Landais, les coûts estimés comprennent « le prix du vaccin, le coût de la main-d’œuvre relatif à la pose du vaccin, ainsi que le coût du suivi des lots vaccinés » (prélèvement des échantillons, analyses en laboratoires). Ce contrôle peut représenter environ la moitié du coût global. Il est toutefois nécessaire pour « rassurer tout le monde », insiste M. Landais.

Vigilance sur le besoin en main-d’œuvre

Au-delà du coût, le groupe de travail a étudié en détail les aspects pratiques de la vaccination : mode d’application, besoins en doses, disponibilité des produits, faisabilité, etc. Une analyse qui soulève « trois points de vigilance », prévient le vétérinaire d’Anibio. Pour rappel, la France mène actuellement des essais sur deux candidats vaccins pour les canards, issus des laboratoires Ceva et Boehringer Ingelheim. Ces sociétés disposent aussi de produits déjà commercialisés hors de l’Europe. Le premier point à surveiller est le besoin en main-d’œuvre pour l’acte de vaccination lui-même (dans les élevages ou les couvoirs), qui dépend notamment du nombre d’injections. « Certains schémas vaccinaux sont gourmands en main-d’œuvre », avertit François Landais, qui appelle à « anticiper le recrutement du personnel, sa formation et l’acquisition de matériel adapté ».

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Le second point de vigilance tient au « nombre important d’interventions des vétérinaires sur les lots vaccinés », indique le spécialiste avicole. « Le projet d’acte européen délégué prévoit une visite par le vétérinaire. Mais plus on élargit l’assiette [d’animaux vaccinés], plus le nombre de visites devient important, à tel point qu’il peut devenir incompatible avec une visite par le vétérinaire seul. » En cas de vaccination large, il faudrait « envisager un encadrement sanitaire différent avec peut-être des visites réalisées par des délégataires », prévient François Landais.

Neuf mois avant de livrer les doses

Enfin, dernier point de vigilance : le calendrier. « Les laboratoires nous disent qu’il faut une commande ferme au moins neuf mois avant de pouvoir livrer le produit », rappelle François Landais. « Si on choisit une stratégie vaccinale massive, qui requiert plusieurs centaines de millions de doses, il faudrait presque que les commandes soient passées maintenant… » Un délai dont « tout le monde n’est pas conscient », estime le praticien. Le ministère de l’Agriculture travaille déjà sur une stratégie vaccinale, qu’il compte présenter en mars prochain. Une échéance attendue de pied ferme par les professionnels : Jean-Louis Zwick, le directeur du pôle agricole de Maïsadour, appelle les pouvoirs publics à « se positionner au premier trimestre 2023 ». Tout en plaidant si besoin pour une « autorisation de mise sur le marché à titre provisoire » pour « pouvoir vacciner l’automne prochain ».

Vacciner toutes les volailles françaises coûterait 330 M€

Le suivi peut représenter la moitié du coût global

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D’après le journal Boerderij (article en hollandais), le ministre néerlandais de l’Agriculture « évaluera en janvier, sur la base de tests, d’expertises et de scénarios, si la vaccination [contre l’influenza aviaire] est une option viable dans la pratique ». Une annonce formulée dans un courrier envoyé à la Chambre des représentants. « Le ministre veut commencer la vaccination dès que possible », écrit le média spécialisé, évoquant le lancement prochain d’un essai « sur le terrain ». Les États membres de l’UE se sont réparti les essais à mener sur les différentes espèces de volailles : poulet et poule pondeuse en Belgique et Pays-Bas, canards en France, dinde en Italie et oie en Hongrie. L’Hexagone devrait se positionner un peu plus tard que les Pays-Bas, le ministre de l’Agriculture ayant indiqué vouloir présenter sa stratégie en mars. Au-delà de l’efficacité du vaccin en cours d’essai, cette stratégie devrait notamment prévoir quelles espèces seront vaccinées, dans quelles zones et quelles périodes. Annoncée par Julien Denormandie en janvier, l’expérimentation française sur le vaccin contre l’influenza a débuté en mai. Lors du conseil des ministres européens de l’Agriculture du 24 mai, les Vingt-sept ont appelé l’UE à construire une stratégie vaccinale européenne.