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Elevage laitier 1 000 vaches : un débat trop français ?

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Le projet de « ferme des 1 000 vaches » suscite de vives réactions dans la filière laitière française, qui y voit une menace pour les exploitations familiales. Les cheptels de plusieurs centaines de têtes sont pourtant de plus en plus nombreux sur le territoire hexagonal. En Europe du Nord, la tendance est encore plus appuyée, avec des structures qui dépassent parfois le millier de vaches laitières.

Le projet de construction d’une ferme de 1 750 vaches dans la Somme a fait naître une polémique au sein de la filière laitière française. Certains y voient les prémices d’une industrialisation de la production et la fin annoncée des fermes familiales. Ce projet est « aux antipodes » des orientations de la production française, dénonçait Gérard Durand, secrétaire général de la Confédération paysanne, lors d’une conférence de presse le 21 juin. Une assertion confirmée par Christophe Perrot, chef de projet à l’Institut de l’élevage, qui juge les grosses fermes « très éloignées du modèle français ». D’après les données du recensement agricole 2010 mises en ligne par le ministère de l’Agriculture, la France comptait tout de même 3 300 exploitations de plus de 100 vaches laitières (4% des exploitations) qui géraient 11% des vaches laitières (contre 1% des exploitations et 3% des vaches en 2000). Mais sur ces 3 300 exploitations (124 vaches de moyenne), 3 seulement sont situées dans la tranche 350-500 vaches, et aucune au-delà.

Atouts et limites économiques des super-fermes

Malgré tout, la concentration de ferme présente des arguments non négligeables. « Les grandes exploitations permettent la dilution des charges fixes », explique Christophe Perrot. Cependant, augmenter le cheptel à 1 000 vaches laitières n’est pas pour autant indispensable, estime l’économiste, « des fermes de 50 vaches arrivent déjà à profiter de coûts structurels réduits et à obtenir une bonne rentabilité », argumente-t-il. Ces propriétés subissent également par nature les variations des coûts de productions et du lait de façon beaucoup plus importante qu’une exploitation de taille humaine. Christophe Perrot met également en garde contre la « fragilisation des possibilités d’organisation collective comme les Cuma » que représente le projet de ferme des 1 000 vaches. « On n’est plus dans un modèle familial qui représente la quasi-totalité des exploitations laitières françaises, les besoins ne seront donc pas les mêmes », prévient Christophe Perrot.

Un modèle qui fait débat en Allemagne

Et pourtant, ce modèle de concentration est déjà bien avancé dans plusieurs pays européens. « À l’est de l’Allemagne, la plupart des exploitations laitières ont plusieurs centaines de vaches », explique Philippe Vinçon, conseiller pour les affaires agricoles à l’ambassade de France en Allemagne. Elles « représentent une production de 6Mt sur 30Mt au niveau national (20%) », détaille-t-il. Selon Hervé Célard, responsable marketing chez Lely France, le pays compte même des exploitations de plus 1 000 vaches. « Nous avons équipé certaines exploitations d’une vingtaine de robots de traite, raconte-t-il, pour des fermes qui comptent donc environ 1 300 têtes de bétail ». Mais ces exploitations font déjà débat dans la société allemande », tempère Philippe Vinçon. « Elles fonctionnent avec beaucoup de salariés, ce qui plombe leur performance économique. Et il vaut mieux une petite exploitation avec un couple qui ne compte pas ses heures, qu’une grosse exploitation avec des salariés qui ne font que leurs 40 heures », juge le conseiller agricole.

La concentration s’accélère en Europe

Mais c’est surtout en Angleterre que le modèle laitier tend vers les grandes fermes. Dans son rapport 2011 sur l’agriculture au Royaume-Uni, le Defra (Département à l’agriculture et l’aménagement rural) a compté 3 800 exploitations laitières de plus de 150 vaches dans le pays. Ces fermes représentent seulement 16% des exploitations nationales, mais rassemblent la moitié du cheptel national (921 000 vaches, sur un cheptel total d’1,8 million). « Il y a plusieurs dizaines d’exploitations de plus de 1 000 vaches en Angleterre », rappelle d’ailleurs Christophe Perrot. Aux Pays-Bas, la concentration s’accélère également très rapidement pour donner naissance à des exploitations de très grande taille. Selon le Bureau néerlandais pour les statistiques, les Pays-Bas comptaient 11 fermes de plus de 500 vaches laitières en 2011, contre seulement 6 en 2010. Le pays dénombre en outre 371 exploitations de 200 à 500 vaches laitières (pour un total de 19 247 exploitations dans le pays).

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