136 milliards d'euros ont financé en 2012 des aides agricoles « potentiellement préjudiciables» à l'environnement. Lors d'une conférence à Paris le 2 juin, l'OCDE a appelé à la vigilance dans l'élaboration des politiques bas carbone.
Les effets pervers des aides agricoles sont une réalité. L'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a estimé que 136 milliards d'euros ont financé en 2012 des aides agricoles « potentiellement préjudiciables » à l'environnement. « Il y a un effort de réduction depuis les années 90, mais cela représente encore 50% du total (voir graphique) », explique Virginie Marchal, analyste des politiques à l'OCDE. Les aides à l'assurance récolte des grains et le soutien aux modèles agricoles gourmands en engrais sont, par exemple, montrés du doigt par les analystes politiques de l'OCDE. « On a identifié des éléments qui sont pervers pour la prise en compte du risque climatique dans l'attitude des agriculteurs dans le choix des plantations car ils sont artificiellement protégés par les subventions ... aux États-Unis par exemple, mais dans d'autres pays aussi », poursuit l'experte. Pour classer une aide agricole comme préjudiciable à l'environnement, Hervé Guyomard, directeur scientifique agriculture à l'Institut national de la recherche agronomique (Inra), interroge : « Quelle est la part de la consommation d'engrais qui est due aux politiques de soutien ? ». Les aides couplées sont ainsi classées comme préjudiciables, « elles sont directement dommageables ». De fait, en soutenant les prix ou en versant une aide par tête de bétail, ces subventions incitent à la production et donc à la consommation d'engrais et/ou à l'augmentation du cheptel.
Les aides découplées n'incitent pas à la production
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Ces aides ont été fortement critiquées par l'Organisation mondiale du commerce. Elle les considère comme source de distorsion de concurrence sur le marché mondial. À partir des années 1990, elles n'ont cessé de diminuer. « Il n'y en a quasiment plus », concède le scientifique Hervé Guyomard. L'abandon progressif de ce type d'aides et/ou le découplage des aides expliquent la diminution des aides préjudiciables à l'environnement en 20 ans. Car les aides découplées sont considérées comme neutre. « Elles n'incitent pas à produire plus », analyse Hervé Guyomard. Et donc elles s'accompagnent d'une diminution de l'utilisation d'engrais.
A contrario, les experts manquent de données pour évaluer les politiques de soutien favorableq à l'environnement. « Nous préconisons les soutiens à l'agriculture biologique par exemple », souligne Virginie Marchal. Dans ce mode de production, les engrais sont interdits. Ainsi, il y a moins d'émissions de gaz à effet de serre. Mais lorsqu'il s'agit de quantifier les bénéfices de ces aides, la réponse n'est pas directe. Hervé Guyomard réfléchit : « Il faudrait calculer les émissions avec le soutien à l'AB. Mais, ensuite, il faut comparer avec la situation sans… C'est hyper compliqué… ».