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Pôles de compétitivité 18 mois pour rééquilibrer les projets agroalimentaires

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Les pôles de compétitivité agroalimentaires ont-ils un avenir en France ? « Oui, oui et trois fois oui », s'accordent à penser les directeurs délégués de ces pôles, qui soulignent surtout l’intérêt pour la recherche et développement (R&D) et pour l’innovation de s’appuyer sur de tels réseaux. « Mais à une condition, ajoutent-ils, que les équipes aient suffisamment de moyens et de temps pour se mettre en totale adéquation avec les missions qui leur ont été confiées. » Plus de temps, en tout cas, que celui laissé par la date butoir (fin 2008) fixée par l’Etat pour apporter les premiers résultats tangibles. Plus de moyens aussi que ceux versés par l’Etat pour leur fonctionnement. Moyens qui sont dégressifs et obligent les équipes à passer beaucoup de temps à réunir les budgets nécessaires. Les missions sont, en effet, « ambitieuses » puisqu’il s’agit de faire naître ou « tout simplement » de soutenir des programmes susceptibles d’accélérer l’innovation, de générer de la valeur ajoutée, de créer des emplois, d’améliorer le développement et la compétitivité des économies locales et de rendre plus visibles, notamment à l’international, les compétences régionales et nationales.

Les équipes mises en place pour animer les pôles de compétitivité agroalimentaires ont maints défis à relever et elles exploitent pour ce faire l’ensemble des atouts qu’elles jugent gagnants. Puisque, pour être élu pôle de compétitivité, elles ont dû réunir localement une masse critique de chercheurs et de compétences, elles sont surtout situées en Auvergne, Bretagne, Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées, Nord Pas-de-Calais et Paca. Des régions qui, traditionnellement, concentrent beaucoup de matière grise dans le domaine. Mais elles ne s’interdisent pas d’aller chercher des compétences dans d’autres régions.

Des vocations conformes aux atouts régionaux

Dédié à l’aliment de demain, Valorial n’a donc pas surpris quand il s’est installé en Bretagne. InnoViandes, pôle interrégional entre l’Auvergne, la Bretagne, le Limousin et Rhône-Alpes, était presque destiné à Clermont-Ferrand. D’autant qu’existait déjà un groupement d’intérêt scientifique sur la viande. Céréales Vallée a pu exister en Auvergne parce que deux poids lourds régionaux, l’Inra (qui a choisi cette région pour son pôle céréales) et Limagrain (4e sélectionneur variétal dans le monde), travaillaient de longue date ensemble. Issu d’un pôle existant (né d’un premier programme de création de pôle d’excellence lancé en 1998 par l’ex-Datar), le pôle Filière produits aquatiques de Boulogne-sur-Mer n’a pas eu de mal à faire son trou. Le pôle Parfums arômes senteurs saveurs (Pass) a tout naturellement été conçu en Paca et en Drôme provençale, deux régions mondialement connues pour la production d’arômes. Rappelons que Grasse réalise à elle seule environ 10 % du chiffre d’affaires des arômes dans le monde ! Pas de surprise non plus pour Q@LIMEDiterranée qui, fort de la communauté scientifique d’Agropolis international en Languedoc-Roussillon, s’est lancé pour étudier des systèmes agroalimentaires durables (respectueux de l’environnement) et améliorer la qualité de vie en Méditerranée. Ni pour Vitagora qui se préoccupe de nutrition, de santé et de sécurité en Bourgogne Cf Agra alimentation n°1970, 12 avril 2007, page Une. Prod’innov, en revanche, était moins attendu en Aquitaine, région qui n’avait jamais réellement communiqué sur deux de ses spécificités, le complément alimentaire et le médicament.

Exploiter au mieux les compétences

Le positionnement sur des axes reconnus comme stratégiques est apparu, dès lors, plus qu’évident. Mais encore fallait-il les exploiter au mieux. C’est ainsi que Valorial a décidé de valoriser l’ensemble de ses compétences (lait, viandes, ovoproduits, ingrédients fonctionnels, microbiologie) pour aborder l’aliment de demain sous toutes ses composantes. Celles qui interpellent le consommateur d’aujourd’hui et encore plus de demain : nutrition, santé, assemblage et praticité. Q@LI-MEDiterranée a, également, vu large avec des axes comme l’amélioration variétale et le développement de bonnes pratiques agricoles, la sécurité sanitaire et la traçabilité des produits frais et transformés, l’alimentation et les aliments santé et, plus original, le marketing territorial visant à valoriser la qualité et l’origine des produits.

Céréales Vallée, Filière produits aquatiques, InnoViandes et Pass ont préféré jouer la carte filière. InnoViandes, par exemple, s’intéresse à l’abattage, la découpe, la transformation, la distribution jusqu’à la consommation. Pass est aussi un des rares pôles à avoir misé sur la formation continue (grâce au soutien d’organismes de formation comme l’ASFO Grasse et de l’Université européenne des senteurs et des saveurs). Nutrition Santé Longévité, en Nord Pas-de-Calais, et Prod’Innov, en Aquitaine, ont plutôt choisi de réunir des filières d’activités mondialement reconnues et complémentaires. Le premier, autour des ingrédients alimentaires à connotation santé et des produits de santé issus de la biotechnologie. Le second, autour de molécules biologiques actives (comme les compléments alimentaires ou les médicaments), nécessitant des technologies communes (extraction, bioproduction, formulation/galénique, stabilité/conservation).

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Vers des projets plus stratégiques

Restait alors à choisir et à lancer les programmes de recherche qui, justement, devaient permettre de se caler au mieux sur les missions d’origine. Certains pôles, comme Céréales Vallée, InnoViandes ou Pass ont eu dès leur création les moyens (financiers, mobilisation et confiance des entreprises…) de lancer d’importants projets. D’autres ont été plus « lourdement pénalisés » par leur démarrage et n’ont pas eu suffisamment de temps pour aller à la pêche aux « gros » projets, pour en faire émerger, pour entraîner les entreprises...

2007 devrait dès lors être l’année des projets plus stratégiques et surtout plus susceptibles d’avoir un impact fort sur l’économie agroalimentaire nationale. Les équipes, en tout cas, ajustent le tir (moins de recherche amont/plus de développent aval, ou l’inverse, plus de projets long terme, plus d’agroalimentaire/moins de santé...). Toutes commencent à nouer des partenariats avec d’autres pôles (déjà des programmes communs sont labellisés) et mettent en place des missions à l’international (études, salons…) pour intéresser de nouvelles entreprises.

Valorial vient de se doter d’un comité d’experts marketing, pour être plus proche des marchés. InnoViandes met en place un Centre technique européen sur les produits carnés. Filière Produits aquatiques élargit son équipe d’animation avec six ingénieurs permanents pour aider les PME et même les TPE à concevoir des sujets de R&D. Et, alors que les pôles ont aussi vocation à mener une veille dans le monde entier, il élabore un projet pour la mise en place d’un centre de veille économique, scientifique, technique et innovation. Le PEIFL a le projet d’ouvrir en 2008 un centre d’expertise goût et nutrition pour réunir les outils et les acteurs concernés par l’évaluation sensorielle. Tout comme il lancera des formations diplômantes pour des responsables qualité, production et transformation en fruits et légumes. Nutrition, Santé, Longévité projette de créer une plate-forme de recherche semi-technologique, susceptible d’intéresser tous les membres du pôle, autour de techniques d’extraction et de purification. Prod’innov prévoit de construire un parc industriel de biodéveloppement et de développer une image européenne avec de nouveaux partenariats. Q@LIMEDiterranée, pour sa part, inaugure en juin prochain une plate-forme de services collaboratifs.

Se disperser, construire des machines à gaz, se cantonner dans la recherche fondamentale… Les pôles de compétitivité agro-alimentaires sont plutôt conscients des risques éventuels dans de tels réseaux. Mais, ce qui les préoccupe aujourd’hui est d’abord de passer le cap de fin 2008.