Triple menace sur la production bovine française et européenne en 2007 : l’accord redevenu possible dans les négociations à l’OMC, le bilan de santé de la Pac 2003, prévu en 2007/2008, et une éventuelle reprise des négociations bilatérales entre l’Union européenne et le Mercosur, pourraient mettre à mal les élevages de bovins français si l’on en croit les professionnels du secteur. Les professionnels de la production de viande bovine, qui tiennent leur assemblée générale les 14 et 15 février à Châlon-en-Champagne, sont sur le qui-vive.
L’Europe se trouve face à un choix : baisser les protections douanières aux frontières sur ses productions agricoles et aller vers plus de libéralisme ou au contraire conserver son système actuel encadré. La première hypothèse fait trembler les professionnels de la production de viande bovine. 2007 pourrait bien être une année décisive. Plusieurs dossiers agricoles « chauds » risquent d’être relancés. Et si les négociations à l’OMC repartaient, s’interrogent les responsables de l’élevage bovin français ? Certes, les chances restent assez minces, mais la tentative de relance initiée il y a quelques jours Voir Agra Presse Hebdo n°3089 du 29 janvier 2007 à Davos (Suisse) par le directeur général de l’OMC Pascal Lamy, pourrait faire penser le contraire. Depuis juillet 2006, les négociations étaient au point mort, arrêtées sur des propositions faites fin 2005. Le commissaire européen au commerce, Peter Mandelson, avait alors proposé une baisse de 39 % des droits de douane agricoles, « avec des baisses jusqu’à 50 à 60 % pour les viandes bovines de haute qualité », rappelle la Fédération nationale bovine (FNB). Mais il semblerait qu’en 2007, la Commission européenne veuille aller encore plus loin. Ces derniers jours, Peter Mandelson a proposé une baisse moyenne de 50 % sur l’ensemble des droits de douane agricoles, « c’est-à-dire jusqu’à 70 à 80 % de baisse sur la viande bovine », selon des estimations de la FNB. Cela aurait pour conséquence d’augmenter fortement les importations de viande bovine en provenance des pays comme le Brésil et l’Argentine. Fin 2005, la Commission européenne avait tablé sur 1,3 million de tonnes équivalent carcasse (tec) qui pourraient être importées, contre 500 000 actuellement.
« Des propositions inacceptables »
Les élus de la FNB n’entendent pas l’accepter. « Les propositions du commissaire Mandelson sont inacceptables. Qu’est-ce que c’est que cette Europe qui veut prendre de la viande là où les gens ont faim ? », a déclaré le 31 janvier le président de la FNB, Pierre Chevalier. « Les dernières propositions de Mandelson pourraient faire entrer jusqu’à 2 millions de tec en Europe, soit un quart de la consommation européenne », alerte Thierry Rapin, directeur de la fédération. En cas d’accord sur les propositions de Mandelson, il prévoit « un effondrement généralisé de la production bovine française ». « Un continent comme l’Europe a-t-il le droit de perdre son indépendance alimentaire ? Tout pays qui ne l’a plus devient faible. Une crise sanitaire ou une explosion sociale et c’est toute l’Europe qui a faim », lance-t-il. L’inscription sur la liste des produits dits « sensibles » de l’OMC pourrait-il être alors une voie d’espoir pour la viande bovine française et européenne en cas d’accord sur une baisse des tarifs douaniers ? « Il faut d’abord se battre sur les droits de douane jusqu’au bout et en dernier recours obtenir une place sur les produits sensibles », répond Pierre Chevalier. « Mais les produits sensibles, ce n’est pas la panacée, ajoute Thierry Rapin, cela implique aussi une baisse de droits de douane, comprise entre un à deux tiers de la baisse générale ». De plus, au fil des négociations, les places qui seraient allouées ne cessent de se réduire alors que la liste des candidats augmente.
Négociations UE / Mercosur
Pour autant, un possible échec des négociations multilatérales de l’OMC ne sauverait pas pour autant la mise. Car cela pourrait relancer les négociations bilatérales entre l’Union européenne et les pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Uruguay, Paraguay et Vénézuela). Depuis septembre 2004, les pourparlers sont officiellement au point mort, en raison d’absence de contreparties dans les services et l’industrie sur les concessions agricoles européennes. Sur la viande bovine, Bruxelles proposait 100 000 tonnes de contingents supplémentaires, tandis que le Brésil en demandait 300 000 ! Mais récemment, dans un rapport adopté en session plénière le 12 octobre 2006, le Parlement européen s’est prononcé pour la conclusion rapide, entre l’UE et le Mercosur, d’un accord d’association « complet, ambitieux et équilibré » prévoyant notamment l’instauration d’une zone de libre-échange. « L’inclusion, dans l’accord, d’un chapitre sur les mesures sanitaires et phytosanitaires permettrait d’éviter que celles-ci soient utilisées comme des instruments de protection déguisés et améliorerait ainsi l’accès aux marchés respectifs », précise le rapport réalisé par la commission du commerce international du Parlement. Il n’empêche, depuis ce rapport, aucun nouvel élément visant à une relance des négociations ne semble être concrètement apparu. Mais si elles venaient à reprendre, les contingents d’importation pourraient augmenter, mettant à mal les productions bovines françaises et européennes.
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Bilan de santé de la Pac
« Quoi qu’il se passe sur la scène internationale, le spectacle doit continuer (the show must go on) sur le plan intérieur. Même si le cycle de Doha doit aller au congélateur – ce que j’espère éviter –, nous ne pouvons pas mettre fin au travail à faire sur la Pac », avait lancé fin octobre la commissaire à l’agriculture Mariann Fischer Boel, à la 6e édition du Forum international sur l’agriculture et l’alimentation de l’organisation professionnelle italienne Coldiretti. Selon elle, à l’occasion du bilan santé de la Pac prévu pour 2007/2008, il convient de s’interroger sur le bien fondé des « nombreuses exceptions » qui existent au principe de découplage des aides directes dans plusieurs Etats membres. « Au cours des prochaines années nous devrions tendre vers le découplage total pour tous les Etats membres et dans tous les secteurs », a-t-elle déclaré début janvier. Autrement dit, mettre fin notamment au couplage de la PMTVA en France… Les professionnels de la production bovine française ne l’entendent bien sûr pas de cette oreille. « Entendre déjà les préfigurations d’une nouvelle réforme de la Pac, c’est impensable, alors que l’on vient à peine de mettre en place la Pac 2003 », estime Pierre Chevalier.
« Prendre la société à témoin »
« Je ne comprends pas que Mariann Fischer Boel se permette de lancer des propositions sans avoir l’avis des Etats membres. Il y a des dysfonctionnements graves dans cette Europe ! », juge-t-il. Les responsables de la FNB ainsi que les experts de l’Office de l’élevage et de l’Institut de l’élevage s’accordent à reconnaître que c’est bien le recouplage de la PMTVA qui permet à la France de maintenir son troupeau allaitant voire même de le faire légèrement progresser en 2007, selon les récentes estimations Voir Agra Presse Hebdo n°3088 du 22 janvier 2007. Face aux trois dossiers forts sur lesquels devront se battre les professionnels de la viande bovine française, « la France et le gouvernement doivent rester mobilisés », estime Pierre Chevalier. « Dès la fin des élections aux chambres d’agriculture, nous irons voir les candidats pour les mettre en garde », a-t-il prévenu. « Il faut que nous prenions la société à témoin en lui expliquant les dangers qui guettent la France et l’Europe», explique-t-il. « Pourquoi pas un grand plan de communication stratégique ? », lance-t-il. En attendant, les éleveurs français ne lâcheront pas d’une semelle, sur ces dossiers-là, la classe politique française durant la campagne pour l’élection présidentielle. Il n’empêche, l’Union européenne devra bel et bien choisir en 2007-2008 entre garder une production bovine protégée, conservant de nombreux emplois, ou opter pour une filière dépendant largement des importations.