Abonné

Bovins viande « 2011 : une année qui aurait pu être dramatique»

- - 4 min

L’année 2011 est associée à la sécheresse du printemps qui a entraîné la décapitalisation d’une partie du cheptel allaitant. Malgré l’embellie de la conjoncture au second semestre 2011 en partie liée aux exportations, la filière reste vigilante sur les freins (investissements, vieillissement de la population) au développement des activités à moyen terme.

«L’année 2011 aurait pu être dramatique pour la filière bovine », a déclaré Denis Gilliot de Coop de France Bétail et Viande le 24 novembre. En effet, la sécheresse printanière avait jeté des inquiétudes profondes sur les disponibilités en fourrages. « La sécheresse du printemps dernier a beaucoup marqué l’année 2011 et dans tous les secteurs des ruminants », explique Philippe Chotteau, directeur du pôle économique de l’Idele (institut de l’élevage). Les éleveurs avaient accéléré les abattages par crainte d’un déficit fourrager. « En septembre 2011, le cheptel allaitant français compte 100 000 génisses de 2 à 3 ans en moins par rapport à 2010 », insiste Philippe Chotteau. La décapitalisation observée en 2011 est aussi le résultat des crises successives : financières (2008 et 2010) et sanitaires (ESB en 1996 et 2000, FCO en 2008/2009). Dans ce contexte, la trésorerie des éleveurs de bovins allaitants est au plus bas depuis plusieurs années. Selon l’Idele, en 2010, le revenu moyen était de 11 000 euros par an. Les prévisions pour 2011 ne sont pas définitives, mais devraient être en baisse. L’embellie de la fin 2011 ne compensera que partiellement les difficultés du début d’année.

Tournant 2011 : l’ouverture du marché turc
Dans un contexte global pesant, l’ouverture du marché turc en octobre 2010 a offert une sortie de secours pour une partie de la filière. « Les bienfaits de l’ouverture du marché turc aux jeunes bovins sont visibles sur les prix, sur les abattages et sur le poids des animaux », assure Philippe Chotteau. Depuis l’ouverture du marché et jusqu’à fin octobre 2011, au moins 25 000 jeunes bovins ont ainsi été envoyés vers la Turquie. Cette demande extérieure soutenue a permis de tirer les prix vers le haut et pas seulement ceux des jeunes bovins. Depuis août 2011, la hausse des prix s’est répercutée sur le prix des réformes et des broutards. « Le plus gros espoir de la filière est l’ouverture du marché turc aux broutards », poursuit Philippe Chotteau. La France est pour le moment le seul pays de l’Union européenne à être positionné sur ce nouveau marché. Les premiers lots devaient partir d’ici fin novembre.

2012 : relancer les investissements, soutenir l’installation des jeunes
« La restructuration a lieu tous les jours », explique Philippe Chotteau. Sauf que, contrairement au modèle danois qui a été choisi (restructuration, concentration,
investissements massifs) par les autorités et par la profession, en France elle est subie. « Le renouvellement des générations reste la priorité à moyen terme », a assuré Denis Gilliot. La population des éleveurs de bovins allaitants vieillit. La majorité des éleveurs ont entre 50 et 55 ans. « Si rien n’est fait, la filière française pourrait se diriger vers un modèle anglais caractérisé par des éleveurs de plus en plus âgés et une perte de dynamisme de la filière », affirme Philippe Chotteau.
En outre, le secteur des bovins allaitants est particulièrement difficile à restructurer. « La rentabilité du capital investi est deux fois moins grande que dans les autres filières. Le temps de retour sur investissement est trop long », précise Philippe Chotteau. Et au regard du niveau de leur trésorerie, les éleveurs sont loin d’être dans les conditions favorables à l’investissement. Un plan stratégique national est en cours d’élaboration depuis la mi-octobre. Les grands axes d’action devraient être connus début 2012. Pour la filière des bovins allaitants, les groupes de travail se concentrent entre autres sur la contractualisation, la restructuration et le renouvellement de la population des éleveurs.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.