Une concertation partagée avec les fédérations régionales a été au centre du congrès de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), les 18 et 19 mars à Albi. Le but, établir les grandes orientations syndicales de l'après-quota. « 2015 sera l'année de la vérité pour la contractualisation laitière», assure Thierry Roquefeuil.
André Bonnard, trésorier de la FNPL, caractérise ce congrès de la FNPL à Albi, les 18 et 19 mars, comme « une première ». Un « débat d'orientation » a ainsi eu lieu avec les différents représentants des sections régionales afin de « construire une orientation claire et partagée et d'obtenir une adhésion forte au projet », qui donnera naissance à un « Livre Blanc ». Ainsi il a été clairement acté que les contrats individuels entre producteurs et transformateurs n'étaient pas acceptables. « La FNPL demande la mise en place de contrats collectifs » au travers des organisations de producteurs (OP), souligne Thierry Roquefeuil, président de la FNPL. « Ils sont donc non cessibles et non marchands », précise-t-il, afin d'éviter, à l'avenir, pour un repreneur d'avoir non seulement à acheter la ferme mais aussi son contrat. « 2015 sera l'année de la vérité pour la contractualisation laitière », a scandé le président de la FNPL, tout en rappelant la demande d'audit faite au ministère de l'Agriculture. « L'individualisation de certains contrats entre producteurs et transformateurs crée une forme de distorsion de concurrence », mais surtout affaiblit le pouvoir des producteurs lors des négociations tarifaires avec les transformateurs. Dans ce sens, Daniel Mercier-Gouin, économiste à l'Université de Laval au Quebec, tranche dans le vif lors d'un débat : « La multiplication des OP en France est la preuve de leur échec ! », d'où la nécessité de les regrouper pour redonner de la force aux producteurs. Aussi, la FNPL souhaite faire évoluer la législation concernant la création d'associations d'organisations de producteurs (AOP).
La multiplication des OP signe leur échec
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Certaines OP pourraient donc se regrouper sur un même bassin de production, voire même entre bassins. Pour André Bonnard, le but est que ces AOP deviennent « un lieu d'échange d'information afin d'éviter la concurrence entre producteurs et d'augmenter celle entre transformateurs ». D'autre part, il a été fortement question de la volatilité. Dans ce sens, Marie-Thérèse Bonneau, secrétaire générale à la FNPL, a insisté sur l'importance d'établir des indicateurs précis pour pouvoir agir à la suite des données fournies par l'Observatoire européen du marché du lait. « Observer c'est bien, mais il faut pouvoir agir et définir des politiques » afin de gérer au mieux d'éventuelles « crises et leurs modalités d'intervention », estime-t-elle. Daniel Mercier-Gouin la rejoint et observe qu'aux Etats-Unis, dans le Farm-Bill, « la crise est prédéfinie. C'est une différence de fonctionnement fondamentale avec la Pac. Lorsque l'on parle de déséquilibre du marché, il faut encore s'entendre sur ce qu'est ce déséquilibre. De même, dans la Pac, n'est pas défini ce qu'est une crise, tout comme les mécanismes d'intervention qui y sont liés, à l'inverse du Farm bill ». Face à cette volatilité, des mécanismes d'assurance sont également en réflexion et défendus par la FNPL, tout comme la mise en place de stockage privé. L'investissement pour développer « ce stockage pourrait être partagé entre le producteur et le transformateur », avance André Bonnard. Mais « cela signifie de la confiance entre producteur et transformateur », relève encore une fois Thierry Roquefeuil.
« Trois bouleversement majeurs vont modifier l'environnement agricole : la croissance mondiale et la fin de la domination de l'Occident, le nouvel environnement technologique et scientifique ainsi que la fin de la génération du baby-boom », annonçait François Attali, directeur marketing stratégique et R&D chez Sodiaal, lors du congrès de la FNPL, à Albi, les 18 et 19 mars. Il affiche une planisphère avec la Chine en son cœur. « La Chine est en face à face avec les Etats-Unis. Par contre, l'Europe est dans le dos des deux ! Ce n'est pas bon d'avoir les gens dans le dos ! », ironise-t-il. En 2050, 50% de la consommation mondiale sera chinoise et indienne contre 10% aujourd'hui et un tiers des 15-24 ans de la planète sera né en Afrique. « De fait, la demande alimentaire va inévitablement croître ». Il alerte sur l'augmentation inévitable de la volatilité des cours puisque « la moitié du lait sera produit dans des conditions climatiques très incertaines », explique-t-il. Par ailleurs, « une ère nouvelle se développe au carrefour de la technologie et du biologique », rappelle-t-il. D'un monde rural de l'après-guerre, « nous allons passer à celui de la réalité augmentée », estime-t-il. Cette transition sera d'autant plus rapide que la génération du baby-boom, « la génération qui gouverne les entreprises et le monde politique aujourd'hui », partira bientôt à la retraite. « En 2030, la génération née dans les années 2000 aura trente ans. Elle ne se posera plus les mêmes questions », habituée dès l'enfance aux nouvelles technologies. « Nous sommes en train de vivre dans un monde qui va mourir », affirme-t-il avec force. « Les frontières seront davantage des frontières d'opinion que géographiques. Le monde agricole devra faire face à un monde gouverné par l'opinion, la croyance populaire, mettant à mal les politiques. La croyance primera sur la science ! ». Alors dans cet univers, quel sera le modèle économique agricole de demain ? Avec l'apogée de l'individualisme, est-on à la fin des luttes collectives ? « Notre enjeu réside dans notre capacité à articuler des modèles différents, car si l'on fait tous les mêmes choix, on se plantera tous en même temps ! », conclu François Attali. Il imagine plutôt le redéveloppement de modèles collectifs, plus souples par rapport à ceux développés auparavant par certains partis politiques trop « idéologiques et monolithiques ».