Mercosur, influenza, flambée de l’aliment… Les producteurs de volailles de chair attaquent une année 2021 périlleuse sur le plan économique, après avoir résisté à la crise sanitaire en 2020. Laminées par la fermeture des restaurants, les " petites espèces " jouent leur survie.
Entre l’épizootie d’influenza aviaire et la possible ratification européenne de l’accord UE-Mercosur, l’année 2021 s’annonce semée d’embûches pour la filière volailles de chair. À court terme, la principale source d’inquiétude des aviculteurs reste la flambée des prix de l’alimentation animale. Dans le sillon des cours mondiaux des céréales et oléoprotéagineux, le prix de l’aliment pour volailles a explosé de 24 % en un an (indice Itavi de février 2021).
Environ deux tiers de ce surcoût ont été répercutés aux distributeurs, a-t-on appris lors d’un point presse d’Anvol (interprofession des volailles de chair) le 9 mars. « Nous avons fait un bout du chemin, mais nous devons arriver au bout », a insisté le président d’Anvol Jean-Michel Schaeffer, selon qui « les acteurs de l’amont sont en danger ».
Une flambée de l’aliment à 400 M€
La hausse du prix de l’aliment provoque « une augmentation de 14 % du coût de production d’une volaille vivante, et de 9 % pour la viande de volaille », estime Gilles Huttepain, vice-président d’Anvol. Sur ces 9 %, « nous avons obtenu 6 % » auprès des distributeurs, en deux hausses (janvier et mars), explique le directeur du leader français LDC. Les discussions sur le tiers manquant sont en cours, « elles se concluront en avril, mai », espère M. Huttepain. Pour l’amont de la filière, le surcoût total se situe « entre 350 et 400 M€ », selon l’interprofession. Au stade du consommateur, la hausse nécessaire ne représenterait qu'« environ 40 centimes pour une barquette d’escalopes de poulet », relativise M. Huttepain. « Nous avons besoin de quelques centimes d’euros au kilo pour sécuriser les éleveurs et faire vivre la filière », plaide Jean-Michel Schaeffer. En volailles de chair, la quasi-totalité de la production des filières longues fait l’objet de contrats entre éleveurs et abatteurs, avec indexation sur le coût de l’aliment. Mais « tout l’enjeu est de répercuter la hausse aux derniers maillons de l’aval » en l’absence de contractualisation, rappelle le président d’Anvol.
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« Il faudra aussi faire passer ces hausses aux restaurateurs » lorsqu’ils reprendront leur activité, ajoute Gilles Huttepain. Largement consommatrice de volaille importée, la restauration hors domicile (RHD) était – avant la Covid-19 – le moteur de la croissance de la consommation. La filière volailles espère « redémarrer avec de la volaille française », selon les mots de Jean-Michel Schaeffer. Elle compte pour cela sur l’obligation d’afficher l’origine de toutes les viandes en restauration, promise depuis 2019 par le gouvernement. « On nous a promis le décret pour le printemps », rappelle la directrice d’Anvol Anne Richard, ajoutant que le texte serait « en relecture au Conseil d’État ».
Consommation « pratiquement équivalente à 2019 »
Malgré l’effondrement des ventes en RHD (plus du quart des débouchés), les volailles de chair ont bien résisté en 2020. Tous débouchés confondus, la consommation de volailles a été « pratiquement équivalente à 2019 », à 1,88 million de tonnes (-0,7 %), souffle Anne Richard. Une stagnation qui a mis fin à cinq années de croissance continue (+3 % par an). En hausse de 9,3 %, les ventes en grandes surfaces ont pris le relais des restaurants. Un engouement dont ont particulièrement bénéficié le poulet (+12,3 % de ventes en GMS) et la dinde (+3,6 %). Les volailles fortement dépendantes de la RHD, dont les " petites espèces " (pintade, caille, pigeon, etc.) ont par contre largement souffert de la crise sanitaire. Les ventes globales reculent ainsi de 17 % pour le canard et de 11,5 % pour la pintade. Mais l’impact de la crise sanitaire sur le revenu des éleveurs est encore plus élevé, de l’ordre de « 25 à 30 % du chiffre d’affaires », alerte l’interprofession. L’explication : du fait de la contractualisation, « on ne met en place que les volailles qui sont déjà assurées d’être vendues », rappelle Anne Richard. Pas de vente signifie donc pas de mise en place, ce qui démultiplie le manque à gagner.
Sans redémarrage de la restauration, certaines espèces de volailles (pintade, pigeon, caille ou poulet de Bresse) sont menacées de disparition, prévient l’interprofession. La filière a obtenu 3 M€ d’aides d’urgence, une « enveloppe bien maigre », se désole Anne Richard. Annoncées en novembre 2020, « ces mesures se mettent en place en mars, a-t-elle dévoilé. Les éleveurs peuvent déposer leur dossier en avril et les aides seront versées au second semestre. »