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Mike Robson (FAO) « 60 % de la population syrienne vivent dans l’insécurité alimentaire en 2021 »

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Lors de la cinquième conférence de Bruxelles sur le thème « Soutenir l’avenir de la Syrie et de la région » les 29 et 30 mars, l’UE a annoncé un soutien à la reconstruction de la Syrie à hauteur de 3,7 Mrds pour 2021 et au-delà. Depuis le début de la crise en 2011, l’UE reste le plus grand donateur avec 24,9 Mrds € d’aide humanitaire, de stabilisation et de résilience. À l’occasion, Agra Europe a interrogé Mike Robson, représentant en chef de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) en Syrie afin de faire le point sur l’état de la sécurité alimentaire dans le pays.

Dix ans après le début de la crise syrienne, quelle est la situation de la sécurité alimentaire en Syrie ?

Mike Robson : La sécurité alimentaire en Syrie est assez grave. La situation s’est détériorée en 2020, le nombre de personnes confrontées à une insécurité alimentaire aiguë est passé de 7,9 millions en 2020 à un chiffre de 12,4 millions soit 60 % de la population en 2021. Cette situation est le résultat de chocs multiples, notamment le conflit et l’insécurité prolongés, les déplacements massifs, l’impact de la pandémie de Covid-19, les pénuries de carburant, les incendies de forêt dévastateurs et d’autres chocs induits par le climat. En parallèle, la monnaie syrienne a connu une lourde baisse, augmentant ainsi le coût des intrants importés. En janvier 2021, le prix moyen du panier alimentaire était ainsi supérieur de 222 % par rapport au mois de janvier 2020. Une situation très critique qui oblige à l’heure actuelle 50 % des Syriens à consacrer au moins 75 % de leurs revenus à l’alimentation. Pour amortir le choc, le gouvernement essaie autant que faire se peut de limiter les importations d’où l’importance de développer et de restaurer l’agriculture locale.

Quelles sont les principales actions mises en place par la FAO afin d’améliorer la sécurité alimentaire de la population ?

Depuis 2017, la FAO met avant tout l’accent sur la réhabilitation des installations d’irrigation. L’eau est la clé de tout, sans elle, il ne peut y avoir de productions agricoles en Syrie. Nous estimons aujourd’hui que 100 000 ménages agricoles en ont bénéficié directement et qu’environ 55 000 ha de terres sont à nouveau irrigués. Il s’agit généralement de remplacer les équipements endommagés ou volés (pompes, tuyaux, moteurs) et de remodeler et restaurer les canaux de distribution qui n’ont pas été utilisés pendant plusieurs années. Dans un premier temps, nous évaluons toujours si l’eau est disponible. Peut-elle être exploitée de manière durable ? Ensuite, nous sélectionnons les zones en fonction du nombre élevé de personnes dans le besoin, sur la base de l’aperçu des besoins humanitaires, et de la faisabilité technique pour fournir de l’eau d’irrigation de manière rentable. Au cours de la phase de planification, nous discutons avec la communauté des cultures pratiquées et de la quantité d’eau nécessaire, de la création d’une association d’usagers de l’eau gérée par la communauté pour assurer le fonctionnement, l’entretien et pour garantir la participation de tous aux prises de décision concernant l’allocation de l’eau. Par exemple, à Deir Ezzor, sur les rives de l’Euphrate, nous avons remis en état quinze pompes à faible hauteur qui alimentent en eau plusieurs centaines de ménages agricoles. Ou encore à Alep où nous avons réhabilité de petits groupes de pompage locaux pour permettre aux fermiers de retourner sur les terres agricoles abandonnées.

Au niveau de l’élevage, nous menons des actions ciblées pour nourrir les animaux, améliorer leur fertilité. Il faut aussi s’occuper de la collecte du lait pour le transformer en fromage, en yaourt. Nous portons également des projets de transformation dans le secteur des fruits et légumes. Enfin, nous mettons en place des projets au service des femmes, des jeunes pour mieux les insérer dans l’économie.

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Combien la FAO investit-elle pour aider les agriculteurs à accroître la production végétale et animale ? Quel est l’objectif visé pour 2021 ?

Le budget annuel alloué pour l’ensemble de nos programmes se situe entre 15 et 20 Mio $, entièrement financé par des bailleurs de fonds institutionnels et étatiques. Entre 2011-2021, 876 294 ménages ont pu bénéficier de nos conseils techniques et aides logistiques. En 2020, on enregistrait 212 248 familles bénéficiaires. Par ailleurs, grâce à la contribution financière de l’Union européenne, nous avons réussi à soutenir entre 2016 et 2020 près de 110 000 familles. Selon le Plan d’intervention humanitaire de la FAO pour 2021, nous avons l’objectif d’aider 12 millions de personnes mais pour cela, nous avons besoin de 170 Mio $ soit une nette hausse. Nous devons ainsi convaincre les bailleurs de fonds de financer des actions humanitaires dont le but premier est d’aider le peuple syrien à se relever et à vivre et non à survivre.

Je vois ainsi un lien très clair avec le développement des programmes agricoles et le maintien de la paix, d’une cohésion durable. Il est important pour la FAO de donner de l’espoir à la communauté.