Abonné

Interview de Jean-Luc Baucherel (Groupama) « 70 000 assurés Groupama vont bénéficier de l’assurance récolte en 2005 »

- - 5 min

L’assurance récolte et la loi d’orientation agricole sont deux des grands sujets agricoles du moment. La première, après plusieurs années de réflexion, a été enfin lancée officiellement par Dominique Bussereau le 7 février en Picardie . La loi d’orientation agricole est de son côté en cours d’élaboration et devrait être présentée par Jean-Pierre Raffarin, lors du prochain congrès de la FNSEA au Mans. Le président de Groupama, Jean-Luc Baucherel, croit à la création d’une agence de gestion des risques. Quant à l’assurance récolte, l’assureur a décidé de proposer une extension, sans coût supplémentaire, aux assurés qui ont contracté une assurance grêle.

Le gouvernement a validé le dispositif de l’assurance récolte en février dernier. Comment allez-vous motiver vos clients agriculteurs pour se lancer dans l’aventure ?

Nous allons proposer dès cette année, une extension de garanties à nos fidèles clients en grandes cultures déjà assurés contre la grêle. 70 000 exploitations sur tout le territoire français devraient être concernées par cette mesure qui bénéficie à la fois d’une subvention des pouvoirs publics et d’un soutien financier de Groupama. Ainsi, en plus de l’assurance contre la grêle, les assurés pourront être couverts, sans coût supplémentaire, dès le 21 mars, pour 12 autres aléas climatiques : sécheresse, gel, tempête, excès d’eau, excès de température, coup de soleil, excès d’hygrométrie, inondations, pluies violentes, poids de la neige, tourbillon de chaleur et vent de sable. Le niveau de franchise pour cette assurance récolte est établi à 25 %, celui de la grêle restant inchangé.

A combien chiffrez-vous l’effort financier que va consentir Groupama pour cette opération ?

Groupama devrait engager 18 millions d’euros pour favoriser le développement de l’assurance récolte. Nous souhaitons montrer aux pouvoirs publics que nous croyons à ce dispositif d’assurance récolte, en participant à sa pérennisation. Dans la durée, l’assurance récolte aura besoin d’un engagement supplémentaire de la part des pouvoirs publics, par rapport aux 10 millions d’euros consentis pour 2005, y compris sur la réassurance.

L’assurance récolte ne couvre pas les risques climatiques pour les éleveurs. Envisagez-vous la création de nouveaux produits pour pallier ce manque ?

Nous réfléchissons actuellement à la création d’une assurance fourrage, comme celle qui existe déjà au Canada, qui prendrait en charge les déficits de fourrages pour les éleveurs en cas de sécheresse. C’est un point important à envisager car les éleveurs sont parmi les plus durement touchés en cas de calamités de ce genre. Cela sera certainement plus compliqué à mettre en place car l’assurance ne prendra pas uniquement en compte des pertes de rendement, mais devra s’appuyer sur de nouveaux critères, basés sur la météo (ensoleillement, pluviométrie, températures). Forts de notre expérience sur la mise en place de l’assurance récolte, nous pouvons raisonnablement espérer que cette assurance fourrage pourra être lancée rapidement.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

assurance récolte
Suivi
Suivre

Jacques Chirac avait annoncé le 21 octobre à Murat, qu’il était favorable à la création d’une agence de gestion des risques en agriculture, dans le cadre de la loi d’orientation agricole. Comment l’envisagez-vous ?

Nous attendons beaucoup de cette agence dont la création est liée à la loi d’orientation. Nous avons bon espoir qu’elle sera annoncée par Jean-Pierre Raffarin au congrès de la FNSEA au Mans. Elle permettrait de gérer de façon cohérente le comité de suivi de l’assurance récolte, la déduction pour aléas (DPA) et le Fonds national de garantie des calamités agricoles (FNGCA) et de réfléchir à la couverture de nouveaux risques. Elle pourrait être pilotée conjointement par les pouvoirs publics, les organisations professionnelles agricoles et les assureurs. Nous avons formulé ces propositions au ministre et nous attendons maintenant ses conclusions.

A terme, cette agence devra-t-elle intégrer d’autres risques ?

Le fonds de garantie sur les dommages liés à l’épandage des boues, prévu dans le cadre de la loi sur l’eau, pourrait venir s’intégrer à cette agence. On peut également imaginer que les réflexions sur l’assurance revenu, les risques sanitaires et les OGM en feront aussi partie à terme. Cependant, pour les OGM, le problème est très complexe et encore loin d’être résolu. Il faut d’abord attendre que le cadrage juridique soit établi au niveau français, avec la transposition de la directive européenne 2001 / 18 sur la dissémination des OGM. On pourra ensuite peut-être envisager cette hypothèse. Mais la nature des risques OGM reste totalement inconnue pour l’instant, à la fois sur le plan environnemental et commercial.