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Abricots : querelle autour des ventes en circuit court

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La Confédération paysanne a accusé Interfel de « s’attaquer au circuit court » et de mettre en danger la vente directe d’abricots après le renouvellement d’un accord interprofessionnel sur la vente du fruit en France. Des accusations réfutées par la structure qui juge que l’accord « ne pose de problèmes à aucun maillon de la filière ».

Alors que les premiers abricots devraient arriver sur les étals à la fin du mois de mai, la vente de ces fruits en circuit court est-elle menacée ? C’est ce qu’estime la Confédération paysanne dans un communiqué du 14 mai accusant Interfel (l’interprofession de fruits et légumes frais) « d’attaquer les circuits courts ». En cause, le renouvellement le 14 mai par le conseil d’administration de la structure d’un accord interprofessionnel « calibrage-marquage » sur la vente de l’abricot en France. Le syndicat s’alarme qu’une des dispositions prévoit « d’imposer à la vente directe d’abricots les règles de calibrage [Ndlr : taille des fruits] et d’emballage actuellement en vigueur pour les détaillants ». L’accord et la disposition visée, en vigueur depuis 2010, avait déjà été renouvelée en 2015, « avant que la Conf’ ne soit dans l’interprofession », explique André Bouchut, représentant de la Confédération paysanne à Interfel, qui s’est opposé au vote.

Des producteurs « obligés de s’équiper en matériel de calibrage coûteux »

« Jusqu’à maintenant il y avait peu de contrôles de son application, parce qu’Interfel n’avait que deux contrôleurs », indique-t-il. Un chiffre qui devrait augmenter après un accord avec l’interprofession des pommes de terre. « Sur les marchés des pleins vents, il va y avoir des contrôles. On va demander à des gens qui sont producteurs d’abricots, mais demain peut-être de pommes ou de haricots, de tout calibrer. Le consommateur, quand il va sur un marché ce n’est pas pour trouver un produit calibré, mais une relation avec un producteur », estime-t-il. Le syndicat craint par ailleurs qu’avec les contrôles, les producteurs en vente directe soient « obligés de s’équiper en matériel de calibrage coûteux » et « de sceller tous les abricots à confiture dans des emballages fermés » mettant ainsi en danger ces activités qui sont « un moyen pour un certain nombre d’entre eux de survivre », précise André Bouchut. Derrière la mesure, la Confédération paysanne voit la volonté des vendeurs détaillants « de faire que tout le monde ait la même norme », ajoute-il.

« Calibrer l’abricot est une notion gustative »

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« Nous sommes très surpris par cette polémique, car on est dans un accord de valorisation et de recherche gustative qui ne pose de problèmes à aucun maillon de la filière », réagi pour sa part Bruno Darnaud, président de l’AOP pêches et abricots de France et membre du conseil d’administration d’Interfel, pour qui « les producteurs d’abricots travaillent déjà tous avec du calibre ». « Calibrer l’abricot est une notion gustative mais aussi d’attrait pour le consommateur. Dès qu’on va faire du vrac, on perd de la valeur sur le produit. Et aujourd’hui les producteurs ne le font pas », ajoute-t-il, jugeant que l’accord « correspond à 100 % de la réalité de la production d’abricot française aujourd’hui ». Dans un communiqué le 15 mai, l’interprofession a précisé que la mesure « n’a pas vocation à s’appliquer à la vente directe à la ferme ». Elle rappelle également que la reconduction de l’accord « est le fruit d’une décision collective, portée majoritairement par les familles de producteurs elles-mêmes », « 5 organisations sur 6 du collège amont » ayant donné « un avis favorable » à la reconduction.

La Fédération nationale des producteurs de fruits (FNPF, liée à la FNSEA) a également réagi dans un communiqué le 15 mai, reprochant à la Confédération paysanne de « diffuser de fausses informations ». Le syndicat estime notamment que le calibrage des abricots « ne nécessite pas forcément d’investissement dans une machine » et « permet d’apporter aux consommateurs des repères de prix et de qualité ». Il précise également avoir soutenu le renouvellement de l’accord à Interfel.

La production d’abricots prévue « en nette hausse » en 2019

La prévision de production d’abricots au 1er mai « est estimée en nette hausse par rapport à la récolte de 2018 (+42 %) », indique Agreste dans une note publiée le 13 mai. La production est ainsi évaluée à 160 700 tonnes pour la récolte 2019. « Les conditions climatiques favorables au printemps » ont permis « une floraison abondante, avec une charge élevée des arbres », indique le service de statistique du ministère de l’Agriculture. Si la prévision se confirmait, la production d’abricots « retrouverait ses niveaux de 2015 et 2017 et dépasserait la moyenne 2014-2018 de 12 % ». « La récolte européenne 2019 est prévue en hausse de 12 % sur un an et supérieure de 19 % à la moyenne 2013-2017 », indique par ailleurs Agreste, en se basant sur les chiffres du salon Medfel. La production espagnole est attendue en chute de 36 % sur un an, touchée par des épisodes de gel. De son côté, la production italienne bondirait de 34 %, retrouvant son niveau de 2017.