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Spiritueux Absolut met Pernod Ricard presque au top

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Le groupe Pernod Ricard l’a emporté dans la course au rachat de la société suédoise Vin & Sprit, détentrice de la vodka Absolut, pour 5,62 milliards d’euros dette incluse. Le groupe français de vins et spiritueux était en concurrence avec l’américain Fortune Brands, l’entreprise familiale Bacardi et le holding financier suédois Investor allié au fonds EQT dans le cadre de l’appel d’offres de l’Etat suédois, jusque là propriétaire de V&S. Ce rachat fait du groupe français le numéro un mondial de la vodka haut de gamme avec 27 % de part de marché et « le co-leader mondial » (avec Diageo) de l’industrie des vins et spiritueux avec 91 millions de caisses de spiritueux. « C’est formidable. Le potentiel qui s’ouvre devant nous est grandiose malgré l’actuel environnement économique aux Etats-Unis où les ventes continuent néanmoins de progresser », s’est félicité le p.-d.g. Patrick Ricard lors d’une conférence de presse à Paris, sitôt après avoir signé l’acte d’achat à Stockholm. Les trois principales acquisitions dans le secteur depuis sept ans ont été le fait de Pernod-Ricard, a souligné pour sa part Pierre Pringuet, le directeur général délégué qui va succéder, l’automne prochain, à Patrick Ricard. Grâce à rachat, qui obligera Pernod Ricard à céder ses droits de distribution à travers le monde de la vodka russe Stolichnaya (3 marque de vodka avec 5 millions de caisses), Absolut va devenir, avec ses 10,7 millions de caisses, la marque du groupe la plus vendue devant le whisky Ballantine’s (5,9 M de caisses), Ricard (5,7M) et le whisky Chivas (4,1M).

Une « opération vraiment transformante » : c’est ainsi que Pierre Pringuet, directeur général délégué de Pernod Ricard, a présenté le rachat de Vin & Sprit (V&S) et de sa marque emblématique la vodka Absolut.

Le groupe Pernod Ricard met ainsi à son actif « le troisième big-bang que l’industrie des spiritueux aura connu dans la décennie » (après Seagram en 2001 et Allied Domecq en 2005), s’est-il-félicité. Cette fois, en reprenant une marque globale qui est leader mondial des vodkas premium, le Français dispose d’un portefeuille enfin vraiment complet et son offre premium s’élargit et trouve de nouveaux potentiels de croissance ; enfin et surtout, il améliore de beaucoup ses positions aux Etats-Unis.

Au sein de V&S, qui emploie plus de 2000 personnes, la vodka représente 62 % de l’activité et Absolut 40 % de ses volumes : avec ses 10,7 millions de caisses de 9 litres vendues en 2007, c’est une des quatre marques de spiritueux internationaux dépassant les 10 millions de caisses, et dont la croissance a été de +9 % l’an passé. Vendue à plus de 5 millions de caisses aux Etats-Unis, elle y est la première marque de spiritueux premium. Dans le reste du monde, avec près de 6 millions de caisses vendues en 2007, Absolut est l’une des marques les plus globales de l’industrie avec une présence significative sur tous les continents et une image solide de leader du segment des vodkas premium.

Un portefeuille encore plus cohérent

Lancée pour la première fois en 1979, la vodka Absolut, a été rendue célèbre par des campagnes de publicités originales et agressives. Partie à la conquête de l’étranger il y a un peu plus de dix ans, elle a multiplié par deux ses volumes, par trois son chiffre d’affaires et par dix ses profits.

Comme l’a expliqué Pierre Pringuet, « Absolut s’intègre parfaitement dans la stratégie du groupe français et renforce encore la cohérence de son portefeuille de marques premium », rejoignant ainsi, et en tête du peloton, des marques prestigieuses ou à potentiel comme Chivas, Mumm et Perrier-Jouët, Kalhua, Ricard, ou dont les taux de croissance ont été à deux chiffres l’an dernier (Ballantine’s, The Glenlivet, Jameson, Martell, Beefeater, Malibu, Havana Club, Mumm, Perrier-Joüet, Jacob’s Creek et Montana).

A côté d’Absolut, V&S apportera aussi à Pernod Ricard un portefeuille de marques locales fortes (Gammel Dansk, Aalborg, Explorer, Suomi Vodka, Minitu, Luksukowa) qui sont en position de leader des vins et spiritueux dans les pays nordiques. V&S présente enfin d’autres opportunités, comme sa marque de rhum premium Cruzan, n°5 aux Etats-Unis avec 600 000 caisses en 2007 et une croissance de +27%, ou Level, quatrième marque des vodkas super-premium aux Etats-Unis.

Pernod Ricard comble ses manques aux Etats-Unis

L’acquisition de V&S fait de Pernod Ricard le co-leader mondial de l’industrie des vins et spiritueux avec un volume total de 91 millions de caisses contre 93 M pour le britannique Diageo et une position de leader sur les spiritueux premium avec 48 millions de caisses et 27% de part sur ce marché premium alors que Diageo n’en aligne que 42 millions, soit une part de 24 %.

Aux États-Unis, premier marché de spiritueux au monde sur lequel Pernod Ricard n’était que numéro 4, le groupe se hisse d’un coup à la deuxième place (derrière Diageo et juste devant Bacardi) avec une part de marché (près de 14 %) plus conforme à celles qu’il a dans les autres régions du monde (16 à 18 %). Aujourd’hui, les marques de V&S y sont distribuées par Future Brands, joint venture détenue à 49% par V&S et à 51% par Fortune Brands (voir Encadré) dans le cadre d’un contrat de distribution en place jusqu’au début de 2012. Ce contrat, a précisé Pernod Ricard, n’a pas lieu a priori d’être dénoncé avant puisque, d’un point de vue opérationnel, V&S bénéficie d’un contrôle total sur la stratégie marketing et la promotion de ses marques ; par ailleurs, les distributeurs américains d’Absolut sont déjà largement alignés avec ceux de Pernod Ricard USA.

Dans le reste du monde, Pernod Ricard va apporter à Absolut la puissance de son réseau de distribution intégré et global aussi bien dans les marchés développés que dans les marchés émergents (Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud, Amérique latine) qui sont en forte croissance et où la vodka suédoise n’avait pas de positions aussi fortes.

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Sortie de Maxxium

En dehors des États-Unis et des pays nordiques, les marques de V&S sont aujourd’hui distribuées par Maxxium, joint venture détenue à 25% chacun par V&S, Fortune Brands, The Edrington Group et Rémy Cointreau. Pernod Ricard sortira de Maxxium au plus tard au bout de deux ans, et pour un coût contractuel qu’il prévoit relativement faible. En France, il lui restera ensuite à choisir qui de Pernod (déjà en charge de Zuborowa) ou de Ricard (qui aura perdu Stolichnaya) sera chargé de vendre Absolut sur le marché national.

Ainsi sur tous les marchés le groupe français pourra accélérer la croissance d’Absolut en agissant à la fois en tant que « propriétaire de marque » et en tant que distributeur global, en coopération avec Future Brands et Maxxium. Il sera, assure-t-il, immédiatement en mesure de mettre son expertise marketing au service d’Absolut et donc de tirer profit de cette marque-icône dans son portefeuille.

L’acquisition de V&S entraînera par ailleurs la fin du contrat de distribution de Stolichnaya, l’autre vodka que Pernod Ricard convoitait d’acheter et qu’il devra au contraire renoncer à distribuer pour des raisons de concurrence évidentes et ce, après « une période de transition relativement courte » pour permettre au groupe SPI de désigner un nouveau distributeur.

Une transaction fortement créatrice de valeur

Pour s’offrir ce supplément immédiat de chiffre d’affaires de 1,1 milliard d’euros que lui apporte V&S, le groupe Pernod Ricard a bien sûr proposé au gouvernement suédois un très bon prix (un trop bon prix, selon bien des analystes), écartant ainsi les offres concurrentes des américains Fortune Brands et Bacardi et des holdings financiers suédois Investor et EQT.

Pernod Ricard va payer pour les actions de V&S 1 450 millions d’Euros plus 6 050 millions de dollars (soit 5,2 milliards d’Euros au taux de change Euro/USD actuel), à quoi s’ajoute une dette nette de 346 M EUR, portant le coût de l’opération à quelque 5,626 milliards d’Euros.

Le financement de l’opération se fera par l’intermédiaire d’un nouveau crédit syndiqué, arrangé par six banques de premier rang (BNP Paribas, Calyon, JPMorgan, Natixis...). La dette du groupe va doubler et atteindre aussitôt 12 milliards d’euros, soit 6 fois l’EBITDA pro forma du nouvel ensemble, mais selon Emmanuel Babeau, directeur général financier, ce niveau d’endettement est comparable à ceux des acquisitions de Seagram et d’Allied Domecq. La forte génération de cash-flow et la croissance de l’EBITDA permettront un désendettement rapide, le coût initial de la dette devant être limité à environ 5%.

150 M EUR de synergies possibles

La qualité des équipes de V&S permet à Pernod Ricard de ne pas parler de restructurations ni de suppressions d’emplois (avec son siège maintenu en Suède, V&S deviendra une des « sociétés propriétaires de marques » du groupe français). En revanche, d’importantes synergies sont attendues de l’opération, que le groupe estime comprises entre 125 et 150 millions d’euros par an, soit plus de 12 % des ventes de V&S. Et elles devraient être mises en œuvre entre 2 et 4 ans après la réalisation de l’acquisition, en fonction du calendrier de sortie des accords de distribution.

Le prix payé correspond, sur la base de l’EBITDA de V&S de 270 M EUR en 2007, à des multiples de 20,8 fois l’EBITDA avant synergies ou 14,2 fois l’EBITDA après synergies, des multiples qui sont finalement plus favorables que ceux observés dans d’autres transactions récentes telles que celles de Grey Goose par Bacardi.

En renforçant le profil de croissance de Pernod Ricard, cette opération sera créatrice de valeur, assure le groupe, car elle aura un impact neutre sur le bénéfice par action la première année et positif ensuite ; enfin le retour sur investissement devrait dépasser le coût moyen pondéré du capital au plus tard dans les quatre ans.