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Industries alimentaires et distribution Accord a minima entre distributeurs et industriels alimentaires

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« Les négociations ont été rudes, mais c’est comme d’habitude ». Tel est le constat quasi unanime que dressent diverses personnes ayant participé aux négociations entre distributeurs et leurs fournisseurs qui se sont achevées, le 29 février, respectant en cela la date butoir du 1er mars, imposée par la loi de modernisation de l'économie (LME) promulguée en août 2008. S’il y a unanimité sur le caractère « viril » de ces discussions, tout le monde ne se montre pas également satisfait, même si le mot d’ordre général est d’afficher un certain contentement.

Les chiffres définitifs des hausses accordées ne sont pas encore connus, prévient-on d’emblée à la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD). On fait remarquer que les accords ont pu être signés à temps, ce qui n’est pas tout-à-fait exact, des négociations étant encore en cours entre certaines entreprises et leurs acheteurs. Et de rappeler également que ces accords interprofessionnels ne concernent que 30 à 50% des produits mis en rayon, les produits frais, comme les légumes ou la viande, ainsi que les marques de distributeurs en étant exclus. L’organisation pourra faire un bilan plus précis des hausses d’ici un mois, car il faut collecter les informations auprès des différentes enseignes. Elle estime que celles-ci seront comprises entre 1 et 2 %, hormis certains produits qui subiront les effets de facteurs extérieurs comme les alcools, qui verront les taxes augmenter, tout comme les boissons sucrées. « Les demandes de hausse étaient parfois très élevées, allant jusqu’à 5,8% », fait valoir Thierry Desouches, directeur de la communication de Système U. Les demandes des industriels allaient effectivement de 4 à 5 %, confirme la FCD. Une position, selon elle, assez difficile à soutenir, car l’évolution des prix des matières premières était plutôt baissière. Et d’évoquer les cours du blé qui on reculé de 18,1 % sur un an, ou le maïs en retrait de 11,4 %, tandis que le sucre ou le café perdaient respectivement 10,7 % et 14,9 %. Un argument que réfutent les industriels mettant en avant la hausse des prix de l’énergie, des emballages ou d’un simple retour à la normale pour certaines matières premières après les fortes hausses de 2011. C’est le scénario classique de « tu vas m’arracher le cœur si tu ne paies pas plus », ironise Thierry Desouches. Pour lui, les distributeurs se doivent de négocier âprement car ils sont en concurrence avec les autres enseignes et veulent impérativement rester compétitifs pour préserver leurs parts de marché. « En termes de prix, nous sommes derrière Leclerc et nous devons consolider cette place pour gagner des parts de marché et des mètres carrés supplémentaires », explique-t-il. Et d’affirmer que les PME ne sont pas traitées de la même manière que les géants comme Pampers ou Nestlé.
Un optimisme que ne partage pas Alain Mevel, directeur commercial des fromages de chèvre Soignon, du groupe coopératif Eurial. Selon lui, les négociations ont été extrêmement dures et difficiles et certaines petites entreprises ne pourront pas s’en sortir. Les industriels se refusent à signer des accords inflationnistes. La situation est encore compliquée par la contractualisation qui ne permet pas de faire facilement des avenants à des accords cadre si nécessaire. Et de citer la situation actuelle hors du commun qui voit le prix des œufs avoir augmenté de 8 à 10 % en quelques semaines, mettant en difficulté un grand nombre d’entreprises. La seule issue est de nouer des partenariats ou de jouer sur la concentration des industries. Une situation qui inquiète l’Association nationale des industries alimentaires. Pour Rachel Blumel, directrice juridique de l’Ania, « aucun des distributeurs ne veut perdre de part de marché, ils ont le sentiment de jouer leur rôle dans la défense du pouvoir d’achat ». Ils oublient que le secteur des industriels de l’alimentation représente plus de 10 000 entreprises et 477 000 emplois. Or ceux-ci n’ont jamais pu répercuter plus de 50 % de la hausse des matières premières. En outre, ils ne font aucune différence, selon elle, entre les différents secteurs qui connaissent des fortunes diverses avec un très fort renchérissement des produits de base, comme le poisson, le sucre, ou les œufs. Les industriels jouent également sur d’autres registres pour faire supporter à leurs fournisseurs la guerre des prix à laquelle se livrent les enseignes. Et l’Ania de citer les délais de paiement qui se rallongent, la pratique des livraisons au coup par coup, avec parfois 6 livraisons par semaine qui permettent d’économiser sur le stockage mais pèsent sur les coûts de transport du fournisseur, ou encore la création de drive-in. L’Ania juge anormal que les clients des industriels aient un droit de regard sur leurs tarifs. Elle demande « une approche vertueuse du juste prix qui ne soit pas une logique de destruction des filières en amont ».

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