La Commission européenne a présenté au Conseil des ministres de l'agriculture de l'UE, le 16 juin à Luxembourg, un rapport sur l'évolution de la situation du marché dans le secteur laitier et de la mise en œuvre du « paquet lait ». La plupart des ministres ont salué ce rapport qui note que la situation du marché du lait de l'UE est actuellement favorable et qu'à moyen terme les perspectives s'annoncent bonnes, même si la volatilité extrême des prix peut menacer après l'abolition des quotas laitiers en mars 2015. De son côté, si elle confirme la dynamique positive à moyen terme sur le marché international, l'industrie laitière européenne se dit toutefois « un peu moins optimiste » que la Commission européenne en ce qui concerne le marché intérieur.
LE rapport que le commissaire européen à l'agriculture, Dacian Ciolos, a présenté aux ministres de l'Agriculture, le 16 juin à Luxembourg, sur l'évolution de la situation du marché dans le secteur du lait et le fonctionnement des mesures prévues dans le « paquet lait » de 2012 (1), décrit les perspectives relativement encourageantes du secteur laitier, dresse le bilan de la mise en œuvre du « paquet lait » et des possibilités qu'il offre, et met en lumière d'autres considérations en vue de la suppression du système des quotas en mars 2015. Dans leurs premiers commentaires, les ministres qui se sont prononcés, ont salué le rapport de la Commission qui observe que le marché laitier de l'UE est actuellement dans une phase tout-à-fait favorable. En effet celui-ci note par exemple que le prix moyen du lait dans l'UE en janvier 2014 était de 40,03 cents/kg, ce qui correspond à une hausse de 17 % par rapport à janvier 2013. Cette tendance à la hausse est également observée dans le prix des produits laitiers, bien que les prix du beurre aient été soumis à une certaine pression depuis le début de l'année 2014. Jusqu'à présent, la forte demande mondiale a soutenu des prix fermes. Cependant, note le rapport, une correction des prix ne devrait pas être exclue, compte tenu de l'augmentation de la production de lait observée chez les principaux exportateurs.
DES HAUSSES DE PRODUCTION À PRÉVOIR APRÈS LA FIN DES QUOTAS
Les perspectives à moyen terme dans le secteur du lait et des produits laitiers sont favorables sur les marchés intérieur et mondial. La demande mondiale reste dynamique, en particulier dans les économies émergentes. Des hausses de production résultant de la suppression des quotas en mars 2015 peuvent être attendues, notamment dans les États membres dont la production est actuellement limitée par les quotas (France, Irlande, Allemagne, Pays-Bas, Danemark, Autriche et Pologne). Selon les auteurs du rapport, la production laitière dépendra du rythme d'augmentation de la consommation dans l'UE et dans le monde, ainsi que d'autres facteurs tels que les contraintes liées à l'environnement. Néanmoins, soulignent-ils, des doutes subsistent sur la capacité du cadre réglementaire de l'UE à faire face à des épisodes d'extrême volatilité des marchés ou à une situation de crise après la fin du régime des quotas laitiers, en particulier pour garantir un développement équilibré de la production laitière dans l'ensemble de l'UE et éviter une concentration extrême dans les zones les plus productives.
RÉGULATION DE L'OFFRE POUR LES FROMAGES SOUS APPELLATION
Compte tenu de l'importance des fromages bénéficiant d'une appellation d'origine protégée (AOP) ou indication géographique protégée (IGP), notamment pour les régions rurales vulnérables, et afin de garantir la valeur ajoutée et la qualité, les États membres sont autorisés à appliquer des règles visant à réguler l'offre de fromages AOP/IGP à la demande d'une organisation de producteurs (OP), d'une organisation interprofessionnelle ou d'un groupement d'opérateurs bénéficiant d'une AOP/IGP. À ce jour, deux États membres ont adopté des règles pour la gestion de l'offre concernant les fromages. La France a adopté des mesures relatives au comté, applicables depuis le 1er avril 2012, au beaufort applicables à compter du 27 février 2014, et l'Italie a adopté des mesures relatives à l'asiago, applicables à compter du 12 février 2014. Dans ces deux États membres, d'autres demandes sont en cours d'examen ou en voie d'élaboration.
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DONNER DU TEMPS À LA MISE EN ŒUVRE DU « PAQUET LAIT »
Le rapport confirme que les contrats entre agriculteurs et transformateurs sont devenus obligatoires dans 12 États membres (France, Bulgarie, Chypre, Croatie, Espagne, Lettonie, Lituanie, Hongrie, Italie, Portugal, Roumanie et Slovaquie) et que, dans certains autres (Belgique, Royaume-Uni), des codes de bonne conduite ont été conclus entre les organisations de producteurs et de transformateurs. Des dispositions nationales relatives à la reconnaissance des organisations de producteurs (OP) ont permis la reconnaissance officielle de 228 OP dans six États membres (Allemagne, Belgique, Espagne, France, Italie et République tchèque). Dans quatre de ces États membres (France, Allemagne, Espagne et République tchèque), les OP ont mené des négociations collectives portant sur 4 à 33 % du total des livraisons. La Commission estime qu'il est trop tôt pour constater des effets notables du « paquet lait » sur le secteur laitier, notamment dans les régions défavorisées. Les mesures nécessaires à une véritable mise en œuvre des possibilités offertes par le « paquet lait », telles que la création d'OP et l'organisation de négociations collectives, demandent du temps et une forte dynamique de la part des agriculteurs eux-mêmes. Le rapport réaffirme enfin la volonté de la Commission de poursuivre le débat avec le Parlement européen et le Conseil des ministres ainsi que les parties prenantes pour répondre à ces préoccupations et d'examiner la nécessité et la portée d'éventuels instruments supplémentaires.
(1) Publié en mars 2012, le « Paquet Lait » englobe une série de mesures visant notamment à renforcer la position des producteurs de lait dans la chaîne d'approvisionnement et à préparer le secteur à être plus compétitif et plus viable.
Dans un premier commentaire sur le rapport de la Commission sur l'évolution de la situation du marché des produits laitiers, l'European Dairy Association, le lobby de l'industrie laitière européenne, reconnaît lui aussi que les perspectives à moyen terme pour le lait et les produits laitiers sont favorables sur les marchés mondiaux. Cependant en ce qui concerne le marché domestique, les transformateurs laitiers se disent un peu moins enthousiastes que la Commission européenne, même s'ils admettent que la demande mondiale sera un facteur qui aidera à maintenir les prix à un certain niveau. Benédicte Masure, secrétaire générale-adjointe de EDA, explique à Agra Alimentation que si le marché laitier intérieur est relativement stable, l'industrie constate néanmoins une baisse de la consommation de lait et surtout des produits laitiers frais, notamment les probiotiques, à qui l'UE n'a pas permis d'utiliser des allégations de santé sur leurs emballages. La responsable d'EDA ajoute à cela les conséquences de la guerre des prix que se livrent les grands distributeurs européens et les pressions que ceux-ci exercent sur l'industrie laitière pour baisser ses prix, laquelle industrie, à son tour, « se voit obligée d'offrir aux producteurs laitiers des prix moins intéressants ». Toujours est-il, qu'elle se dit ravie que le rapport de la Commission ne prévoit aucun nouvel instrument de gestion du marché : « Nous sommes pour la stabilité et la continuité des instruments mis en place au niveau de l'UE et le fait que la Commission européenne n'est pas venue dans son rapport avec de nouveaux outils de gestion du marché nous satisfait ».