Il est possible de réduire son empreinte carbone en adaptant ses choix alimentaires, tout en maintenant les apports nutritionnels conseillés et sans augmenter la facture. Au travers d'une étude de modélisation, des chercheurs de l'Inra et de l'Université d'Aix-Marseille font part de leur suggestion. Les résultats viennent d'être publiés dans la revue Public Health Nutrition.
Bien manger tout en réduisant notre empreinte carbone, c'est possible. Des chercheurs de l'Inra et de l'Université d'Aix-Marseille (1) ont croisé le panier des consommations de 1899 adultes, avec les données de l'impact carbone des 402 aliments les plus consommés en France, les prix moyens de chaque aliment, ainsi que des indicateurs de leur s qualités nutritionnelles. Le but : montrer jusqu'où il fallait aller pour réduire l'empreinte carbone de nos assiettes, tout en conservant une alimentation nutritionnellement adéquate et acceptable sur les plans culturels et financiers. Trois modèles de régimes ont été définis, tous ayant comme contrainte la diminution progressive des émissions de gaz à effets de serre (GES). Le premier n'imposait aucune contrainte nutritionnelle, le second un respect de l'équilibre des macronutriments (protéines, lipides et glucides) et le dernier « non seulement l'équilibre en macronutriments, mais également la totalité des apports nutritionnels conseillés en vitamines, minéraux, oligoéléments, fibres, acides gras essentiels, et les valeurs maximales recommandées pour le sodium, les acides gras saturés et les sucres libres », indique le communiqué du 15 avril annonçant la publication des résultats de cette étude dans la revue Public Health Nutrition. Un modèle qui est « construit de açon à rester le plus près possible d'un équilibre pour chaque aliment et pour chaquefamille », souligne Nicole Darmon, de l'unité mixte de recherche Inserm/Inra en nutrition humaine à Marseille, coauteur de cette étude.
RÉDUIRE DE 30% LES GES EST UN OBJECTIF ATTEIGNABLE
Il apparaît pour les deux premiers modèles que la réduction de plus de 30% des émissions de GES (réduction par seuils de 10% en 10 % selon l'étude), en même temps qu'elle diminue le prix des paniers, entraîne une dégradation de la qualité nutrition-nelle. « Ainsi le respect des recommandations en macronutriments ne suffit pas à garantir la qualité nutritionnelle », souligne l'étude. De fait, seul le modèle numéro trois de diète modélisée permet une alimentation durable, mais jusqu'à un certain point seulement. En effet, « un régime durable doit être réaliste et donc une réduction de 30 % des GES est un objectif atteignable en modifiant nos choix alimentaires », explique Nicole Darmon. « Au-delà, ça demande trop d'efforts et ça ne rentre pas dans lesprincipes de l'alimentation durable », ajoute-t-elle.
OUI AUX FRUITS & LÉGUMES, NON À LA CHARCUTERIE
Ainsi, dès le départ, pour couvrir les besoins nutritionnels sans même réduire les émissions de GES (voir tableau ci-dessus), il faudrait commencer par augmenter la quantité totale de fruits et légumes consommés (de 357,9g/jour à 514,3g), les autres grandes familles retenues dans l'étude que sont les produits laitiers, les viandes/poissons/œufs, les produits riches en graisses, le sucre, les plats cuisinés, les assaisonnements, les féculents, les boissons, elles, ne bougeant pas. Puis, pour réduire l'empreinte carbone, tout en maintenant l'adéquation nutritionnelle « il faut diminuer progressivement les quantités de viande, viande de ruminants et charcuterie en priorité », précise l'étude. Sans grande surprise, la diminution de la consommation de ces deux types d'aliments est corrélée à la diminution de l'impact carbone.
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À noter que la substitution de la viande par du poisson permet certes de faire baisser l'impact carbone en assurant l'adéquation nutritionnelle, mais pose cependant un problème pour la biodiversité, compte tenu de la raréfaction des ressources halieutiques. « Une des limites de nos modélisations est que, pour l'instant, nous ne tenons pas compte du respect de la biodiversité », indique Nicole Darmon. Et d'ajouter : « De même, une autre limite est que le modèle peut ajouter du lait alors qu'il enlève de la ^viande de ruminant, ce qui n'est pasforcément pertinent en termes de logique de production. Dans nos prochains modèles, nous tenterons de dépasser ces limites », assure la chercheuse.
D'AUTRES LEVIERS QUE LES CHOIX ALIMENTAIRES
Et au-delà d'une réduction supérieure à 40 %, des émissions de GES, il faudrait totalement abandonner la consommation de viande et les plats qui en contiennent, tout en augmentant considérablement les féculents, note encore l'étude. Quant à réduire jusqu'à 60 % les émissions de GES, cela reste certes possible, mais le cas apparaît cependant très théorique, selon les chercheurs.
Au final, l'un des principaux enseignements tirés de cette étude tient donc à « la nécessité de prendre en compte finement la qualité nutritionnelle comme un indicateur incontournable lorsqu'il s'agit d'améliorer la durabilité de notre alimentation ». Et les chercheurs de poursuivre qu'au-delà des choix alimentaires, il existe d'autres leviers pour réduire notre empreinte carbone, telle que la lutte contre la gaspillage alimentaire et la modification des modes de production, avec une optimisation de la chaîne logistique notamment. Sans oublier « la modération des quantités consommées », un des leviers majeurs d'une alimentation durable, selon Nicole Darmon. L'impact carbone moyen des consommations journalières des adultes en France s'élève à 4kg en moyenne. Une moyenne qui cache une grande variabilité entre hommes et femmes. Les premiers ayant un impact plus lourd que les secondes, en partie parce qu'ils mangent plus, mais aussi parce qu'ils mangent différemment (plus de viandes, d'alcool, de fromages, et de charcuteries).
(1) Travaux financés par le projet ANR Offrir et Consommer une Alimentation Durable (OCAD) et par la fondation Daniel et Nina Carasso, dans le cadre du projet AVASUN (prise en compte de la biodisponibilité des nutriments dans la recherche d'une alimentation durable).