Pour assainir sa situation financière, la coopérative laitière argentine Sancor devrait se défaire de deux actifs au profit d’Adecoagro, un grand producteur de lait et de grains coté à la Bourse de New York, dont le siège social est au Luxembourg.
Annoncée comme imminente par les médias spécialisés argentins, l’information a été confirmée dans les coulisses – la « pause lait » – du dernier congrès panaméricain du lait, organisé à Buenos Aires mi-septembre. La multinationale Adecoagro, un grand producteur de lait et de grains présent en Argentine et au Brésil et coté à la Bourse de New-York, s’est engagée à racheter deux actifs en difficulté de la coopérative Sancor, dont une laiterie de premier rang en Argentine, a ainsi confirmé le secrétaire d’État argentin aux affaires laitières, Alejandro Sammartino. « Il s’agit du rachat d’une usine de lait UHT, à Chivilcoy, et d’une fromagerie située à Morteros, pour une valeur totale de 450 millions de pesos (environ dix millions d’euros) », précise le haut fonctionnaire. Le directeur financier de Sancor, lui-même présent au congrès, a lui aussi confirmé : « Nous allons nous défaire de ces deux actifs pour assainir notre situation financière, ce qui est notre priorité. »
Quelques mois plus tôt, Lactalis et Fonterra s’étaient intéressés au rachat de Sancor et de sa marque reconnue en Argentine, mais ces négociations n’ont pas abouti. « Lactalis recherchait une option de rachat global, alors que nous voulions créer une nouvelle entité commune, révèle le directeur financier de Sancor. "Faute d’un accord avec le français, la coopérative a cédé au danois Arla Foods ses parts de la société Afisa SA, sa division ingrédients et sérum », souligne le dirigeant du groupe. Les velléités de Lactalis en début d’année se sont surtout heurtées au statut de coopérative de Sancor qui ne lui permet pas d’être vendue en tant que telle.
Lactalis veut toujours grandir en Argentine
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Présent au congrès panaméricain du lait, le porte-parole de Lactalis, Axel Bigot, a rappelé la situation du groupe en Argentine, propriétaire du fromager La Mucca depuis 2015, qui emploie 140 personnes et transforme 50 Ml/an. « Bien sûr, l’Argentine est un marché où l’on peut croître", a-t-il indiqué tout en rappelant que Lactalis a parié bien plus gros sur le Brésil. Avec une collecte de près d’un milliard de litres par an, 5 200 employés et 14 usines, ce pays est en effet "sur le point de devenir, le deuxième pays pour Lactalis au niveau de collecte après la France, ceci dès que le rachat de la coopérative Itambé sera pleinement entériné par la justice brésilienne (Agra Alimentation du 26 juillet 2018). L’intérêt de Lactalis pour le marché argentin comme pour tout le Cône sud-américain où il produit sur place et aussi exporte des fromages AOC d’Europe, tient à des « habitudes alimentaires parfaitement transposables aux modèles européens avec la célébration de l’apéritif accompagné de fromages et la présence de produits laitiers dans la pâtisserie comme le beurre de lait et le fromage ricotta ».
Le directeur financier de Sancor n’exclut pas, à l’avenir, une alliance avec un groupe de la taille de Lactalis ou Fonterra. « Nous transformons actuellement un million de litres par jour, contre trois millions par jour il y a un an. Nous avons souffert des déboires de l’État vénézuélien qui était devenu notre principal associé et client avant la chute du cours du pétrole », rappelle-t-il. Les défauts de paiement réitérés du Venezuela ont poussé la coopérative argentine à se tourner vers Adecoagro qui ferait actuellement un audit des résultats comptables de Sancor avant d’officialiser le rachat de deux de ses usines. Aucune date butoir n’a été précisée.