Abonné

Agreenculture ouvre la voie de la télé-opération des robots

- - 4 min

Pourquoi n’y a-t-il pas encore de tracteurs sans conducteurs dans les champs ? Pour Agreenculture, la réponse est claire: 1 % des tâches qui y sont réalisées par l’agriculteur ne peuvent pas être modélisées et déléguées à un automate. Comme vérifier l’état d’une charrue en bout de champs, par exemple. Ce seraient donc ces opérations courtes mais cruciales qui imposent à l’agriculteur de rester au volant pendant de longues heures.

Mais imaginons un instant que ces tâches puissent être réalisées à distance, depuis un téléphone ou un ordinateur. Voire, qu’elles puissent être déléguées à une équipe de téléopérateurs, installés dans une ville voisine. Imaginons que les agriculteurs puissent être dispensés de conduire leur tracteur dans les champs.

Eh bien, c’est le pari un peu fou dans lequel s’est lancé un jeune entrepreneur, Christophe Aubé, fondateur d’Agreenculture. Comme Naïo ou Vitibot, cette start-up française était jusqu’ici un « simple » spécialiste des robots agricoles. En 2018, elle s’est fait connaître en développant avec le constructeur Kuhn un engin pouvant réaliser toutes les interventions culturales d’une parcelle de maïs, à l’exception de la récolte.

Depuis juin, elle s’est lancée dans la création d’un service de télé-opération de machines agricoles, dont elle livre à Agra Presse les premiers essais filmés (voir photo ci-dessous). On y voit, dans un bureau, un opérateur installé derrière un volant et un écran d’ordinateur.

Il semble jouer à un jeu-vidéo, détrompez-vous ! Le jeune homme pilote un petit robot agricole, situé dans un champ à quelques kilomètres. Durant plusieurs minutes, il réalise un travail du sol, grâce aux vidéos renvoyées par deux caméras installées à l’avant et à l’arrière de l’engin.
Il ne faut pas en conclure qu’Agreenculture souhaite faire télé-opérer l’intégralité d’une intervention culturale en manuel. Cela n’aurait pas d’intérêt, selon elle. La start-up va proposer de rendre la conduite de tracteurs automatisée, comme certaines start-up le pratiquent déjà, et donner la possibilité à l’agriculture de reprendre à distance la main sur le pilotage, si besoin.

« 97 % des opérations d’un conducteur relèvent du pur automatisme, comme suivre une ligne en visant les marques du traceur du semoir, explique Christophe Aubé. Mais le reste doit aujourd’hui rester une décision humaine, comme surveiller les socs d’une charrue en bout de champ. » La technique vise à la fois des robots (qui auraient été transportés en champs par des pick-up ou des camions), et des tracteurs rendus autonomes, que les agriculteurs ou des salariés de Cuma et ETA auraient conduit manuellement jusqu’au champ.

L’objectif de Christophe Aubé est de commercialiser ce service en septembre prochain. Agreenculture prévoit deux options: soit l’agriculteur reprend lui-même la main via un smartphone; soit il délègue cette tâche à une équipe de téléopérateurs, qui aurait la charge d’une flotte de véhicules. Objectif: « Diminuer la charge mentale de l’agriculteur tout en le laissant maître des choix agronomiques. »

Le coût de l’équipement (capteurs Lidar, auto-guidage RTK, capteurs de contact) est évalué à 7500 € par machine; il a fortement baissé ces dernières années. Quant au prix du service de téléopération, il n’a pas encore été fixé, mais pourrait se situer autour de 100 euros par mois.

La première question pratique posée par cette innovation est celle du réseau, souvent manquant en zone rurale. Pas de problème majeur, assure Agreenculture. Pas besoin de 5G, la 3G est suffisante pour ce service. Agreenculture assure couvrir la majorité de la surface agricole grâce à une solution multi-opérateurs.

La seconde question est celle de la sécurité:  Notre boitier introduit des composants de sécurité, l’échange d’information est lui aussi intègre, assure Christophe Aubé. C’est évidemment très important car on permet à une personne à distance de prendre en main un robot. De plus, nous mettons en place des zones de sécurité intègre, en dehors desquelles le moteur se coupe automatiquement. Ce dernier dispositif fonctionne de manière autonome et ne peut être court-circuité à distance laissant toujours le robot dans une zone de travail ».