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Agrial veut poursuivre sa stratégie de diversification et les acquisitions

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L’année 2017 est qualifiée de « satisfaisante » par les dirigeants de la coopérative normande, avec un chiffre d’affaires (5,5 milliards d’euros) et un EBE orientés à la hausse, et un résultat net identique à 2016. Ce qui permet de proposer un retour « record » aux adhérents de 18 millions d’euros. En 2018, Agrial va poursuivre sa stratégie de diversification, notamment pour ses branches lait, légumes et boissons. Les investissements industriels, 136 millions d’euros en 2017, devraient être du même ordre en 2018, hors croissance externe qui pourrait concerner la France et les pays proches. Mais la coopérative regarde aussi plus loin, vers les Etats-Unis et l’Afrique.

L’année 2017 est qualifiée de « satisfaisante » par les dirigeants de la coopérative normande, avec un chiffre d’affaires (5,5 milliards d’euros) et un EBE orientés à la hausse, et un résultat net identique à 2016. Ce qui permet de proposer un retour « record » aux adhérents de 18 millions d’euros. En 2018, Agrial va poursuivre sa stratégie de diversification, notamment pour ses branches lait, légumes et boissons. Les investissements industriels, 136 millions d’euros en 2017, devraient être du même ordre en 2018, hors croissance externe qui pourrait concerner la France et les pays proches. Mais la coopérative regarde aussi plus loin, vers les Etats-Unis et l’Afrique.

Sans triomphalisme et même avec une certaine humilité, les dirigeants d’Agrial ont dévoilé le 18 avril le bilan de l’année 2017 : « Après une année 2016 catastrophique, 2017 a été satisfaisante, ce qui conforte notre modèle de multispécialiste, a déclaré le président Arnaud Degoulet, grâce à un contexte favorable pour le blé et le lait mais plus compliqué pour la carotte, la pomme de terre et le cidre ». Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le chiffre d’affaires est en hausse de 6,5% à 5,5 milliards d’euros (4% à périmètre constant) et l'excédent brut d'exploitation (EBE) "croit dans les mêmes proportions (+6,1%) que le chiffre d’affaires à 225 millions d’euros », a indiqué Ludovic Spiers, le directeur général. À noter aussi un résultat net stable à 63 millions d’euros (+0,1%), représentant 1,1 % du chiffre d'affaires. De son côté, la marge brute d’autofinancement s’est légèrement dégradée et la dette a crû de plus de 100 millions d’euros à 831 millions d’euros, tandis que les fonds propres progressent encore à 946 millions d’euros (+46 millions).

Ces bons résultats permettront au conseil d’administration de proposer au vote de l’assemblée générale qui se tiendra le 25 mai, un retour « record » de plus de 18 millions d’euros cette année au profit des adhérents, soit près de 30 % du résultat net du groupe. Ce montant était de 13 millions d'euros au titre de 2016 et de 11 millions pour 2015.

Bientôt une nouvelle marque pour l’ultra frais biologique

Parmi les sources de revenus, la branche lait arrive clairement en première position avec 2,3 milliards d’euros, notamment depuis l’intégration d’Eurial en 2016. « Nous nous développons beaucoup dans le lait de chèvre bio, en incitant nos adhérents à se mettre à l’élevage caprin et en renforçant la marque Soignon », explique Ludovic Spiers (Agra Alimentation du 19 avril 2018). Dans un marché de l’ultra-frais en baisse chronique, Agrial parie sur les laits alternatifs tels que le lait de chèvre et de brebis (marque Soignon), le lait de vache biologique (marque Bio’nat pour les circuits spécialisés) et les produits à partir de jus végétaux (marque A bicyclette).

Avec une nouveauté prévue au cours de l’année : « Nous allons lancer d’ici l’été prochain une marque d’ultra-frais à partir de lait de vache biologique », a expliqué Ludovic Spiers, sans préciser s’il s’agirait d’une marque existant déjà dans le portefeuille (comme par exemple la Roche aux fées) ou bien d’une création. La coopérative produit actuellement 100 millions de litres de lait biologique et se place ainsi comme la première coopérative française du lait bio. « Dans les prochains mois, nous chercherons par exemple à favoriser les synergies entre toutes les productions bio d’Agrial afin de mieux les valoriser », peut-on lire dans le rapport annuel 2017.

Guilloteau, une opération très positive

Dans le fromage, un marché qui se porte mieux que l’ultra-frais ou le lait UHT, le DG s’est montré très satisfait de l’acquisition de Guilloteau mi-2016 et de la marque Pavé d’Affinois qui a le potentiel pour réussir à l’international, avec déjà « de beaux succès enregistrés en Allemagne et aux Etats-Unis ». Avec « des résultats bien au-delà de ce qui était prévu », la coopérative mobilise déjà ses 45 commerciaux de Soignon pour vendre le Pavé d’Affinois et anticipe un développement des volumes en profitant d’une usine qui n’est pas saturée.

La branche lait de la coopérative prend aussi des positions à l’international. En Italie, elle a acquis 50% de la filiale de Senoble (marque ultra frais Bonta Viva et formages stracchino et robiola), ce qui lui permet d’exporter dans ce pays des produits fabriqués en France et d’importer des spécialités italiennes. Et comme l’Italie est déficitaire en lait, Agrial peut aussi exporter son lait pour alimenter les usines transalpines. 

« Nous construisons actuellement une usine de fromage de chèvre en joint venture avec notre partenaire Dcoop, à côté de l’usine Fromandal que nous avons déjà en Andalousie », a expliqué Ludovic Spiers. Cette usine produira des fromages de chèvre selon des recettes adaptées au marché espagnol. 

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Nouvelles usines de légume en Europe

La branche fruits et légumes est une autre source de satisfaction pour la direction de la coopérative avec 1,3 milliard d’euros de ventes en 2017, et une position renforcée de numéro un du légume prêt à l’emploi en Europe. « Afin d’anticiper le Brexit, nous nous sommes renforcés au Royaume Uni avec l’acquisition de My Fresh Prepared Produce qui est désormais la plus grande usine d’Agrial pour les légumes avec 20 000 tonnes par an », a expliqué le directeur général. Agrial avait déjà acquis un site de production (Axgro) afin d’approvisionner le marché local avec ces produits à date limite de consommation courte. 

En Allemagne, près de Francfort, Agrial construit une usine de salades prêtes à l’emploi de la même taille que l’usine de Cambrai qui alimente déjà le marché allemand. « L’Allemagne a du retard pour la consommation de légumes prêts à l’emploi par rapport à d’autres marchés européens », remarque Ludivic Spiers, pour expliquer que c’est le moment d’investir dans ce pays. Et à la fin de l’année, la coopérative prévoit d’inaugurer une usine consacrée au chou de Bruxelles à Dinteloord, aux Pays-Bas, via sa filiale locale Van Oers acquise en 2015. 

Agrial regarde de près un marché en plein essor en France, et qui est déjà bien plus important ailleurs en Europe ou aux Etats-Unis : les fruits découpés prêts à consommer. C’est désormais un « axe stratégique » pour Agrial qui a commencé à lancer des références de fruits découpés produits à partir de deux sites dans la Manche et un autre à Perpignan. D’autres industriels se dotent d’équipements conséquents : Del Monte construit actuellement une usine dans la Somme afin d'approvisionner ce marché estimé à 7 millions d’euros.

Agrial investit dans les pommiers en Arizona

Si le groupe coopératif est encore centré sur la France où il réalise 75% de ses ventes, l’international se développe grâce à l’export et aux investissements dans les moyens de production, une démarche naturelle notamment pour les produits à courte DLC. Aux Etats-Unis, Agrial investit dans la transformation de la filière cidricole, en se plaçant sur le créneau des produits biologiques. « Nous allons augmenter les capacités de production de notre société Manzana qui bénéficie de l’intérêt des consommateurs pour les produits biologiques et en particulier pour le vinaigre de cidre biologique », explique Ludovic Spiers. Ainsi, pour accompagner le développement des volumes (jus, compotes et vinaigres sous la marque North Coast), la coopérative vient d’investir début 2018 dans un verger de pommiers de 200 hectares en Arizona. Aujourd’hui, les producteurs de la coopérative expédient outre-Atlantique des pommes (20 000 tonnes en 4 ans) afin de combler le manque de matière première dans le pays.

Le hard cider est aussi un axe fort de développement à l’international, via Seattle Cider, acquise en 2016 par Agrial. Un savoir-faire qui est aujourd’hui utilisé pour le lancement l’année dernière de la Mordue, un hard cider fabriqué en France par Eclor, la branche boisson d’Agrial. L’internationalisation de la branche boisson est un succès (44% des revenus viennent de l’étranger) et permet de contrebalancer la baisse chronique de la consommation de cidre en France.

Prise de participation dans un fonds sud-africain

En 2018, la coopérative prévoit d’investir dans ses équipements industriels autant qu’en 2017, soit 136 millions d’euros, hors croissance externe. Car la coopérative prévoit toujours des acquisitions en France, mais aussi dans les pays limitrophes, notamment les pays déficitaires en lait comme l’Italie ou l’Espagne, vers lesquels la coopérative peut exporter des volumes de lait français.

Ou bien plus loin : en 2017, Agrial, qui est déjà présent au Maroc et au Sénégal depuis l’acquisition de Van Oers, a pris des parts dans Agri-Vie II, un fonds d’investissements sud-africain géré par Exeo Capital (Afrique-du-Sud) spécialisé dans l’agroalimentaire des pays d’Afrique anglophone. Le fonds qui a fait un premier closing à 100 millions de dollars en janvier 2017, vise à terme les 150 à 200 millions de dollars (de 122,7 à 163,6 M€). Ce premier investissement est vu comme « un moyen de gagner du temps dans la connaissance de ces marchés », selon Ludovic Spiers, qui sont aussi des zones potentielles de développement pour la coopérative