Agribex, le salon agricole de la capitale belge, a ouvert ses portes du 5 au 10 décembre. Sur neuf halls, huit d’entre eux étaient consacrés au machinisme. Le dernier présentait quelques animaux dont la race de bovin blanc bleu belge.
C’est l’histoire d’un salon agricole belge, situé à Bruxelles, à l’image de notre salon de l’agriculture parisien. Seulement, en ce 10 décembre, sur les neuf halls de présentation, ne se retrouvent aujourd’hui qu’un seul hall réservé à… l’élevage. Le reste ne concerne plus que des machines agricoles. Des tracteurs, ensileuses, moissonneuses d’un rouge, bleu ou vert rutilant ornent donc les allées où déambulent petits et grands. John Deere avec plus d’une dizaine de tracteurs remporte même la palme de la vente des produits dérivés (t-shirt, casquettes, combinaisons, etc.). Une idée lucrative reprise d’ailleurs par d’autres vendeurs. Si jamais ce pulvé rouge tout neuf à plusieurs centaines de milliers d’euros semble inabordable, il restera toujours sa représentation en miniature. Ouf ! Des professionnels se sont effectivement spécialisés dans la vente de miniatures, joie de certains collectionneurs.
Dans le hall 1, quelques caprins, une dizaine de cochons et d’ovins dorment. Des bovins de race limousine, jersey ou montbéliard ruminent. La palme est attribuée à la race blanc bleu belge, plutôt bien représentée - concours national oblige - et dont les veaux, vaches et taureaux au corps et à l’arrière-main rasés affichent, sans gêne, leur hypertrophie musculaire. Une hypertrophie qui est la fierté de certains éleveurs et qui ne laisse finalement personne indifférent.
Absence de subvention
Face à si peu d’animaux, la question se pose : que s’est-il donc passé pour ce que salon agricole de la capitale, où sont invitées les écoles maternelles, ne présente que si peu d’animaux ? Jean Devillers, président du Brussels Livestock Show et éleveur de moutons, y répond dans un article du Sillon Belge du 8 décembre. Tout d’abord, Bruxelles n’est plus une priorité. La Wallonie s’est reconcentrée sur la foire de Libramont et la Flandre sur celle de Gand. « Bruxelles, aux yeux des entités fédérées n’est soutenue en rien, si ce n’est par la présence des ministres », explique Jean Devillers. Ensuite, le robinet des financements du ministère s’est fermé il y a quinze ans. « Il y a trente ans d’ici les éleveurs recevaient des sommes importantes pour présenter leurs animaux à Bruxelles, aujourd’hui ils n’en ont plus… Ils doivent déjà payer leur frais eux-mêmes. Leur demander de participer aux financements de l’infrastructure générale est impensable ! Si l’on veut encore des animaux à Bruxelles, il faudra trouver du financement en dehors de l’intervention directe des éleveurs, relève Jean Devillers. Et cela d’autant plus que les concours d’animaux demandent déjà tellement de sacrifices ».
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La fin d’un modèle
Agribex se tient une fois tous les deux ans et est maintenant financé par la Fédération belge des fournisseurs de machines, bâtiments et équipements pour l’agriculture et les espaces verts (Fedagrim). Cette dernière a participé financièrement à la partie élevage du salon, ce qu’elle ne fera pas éternellement. À écouter Luc Servais, rédacteur en chef de Wallonie Élevages, l’élevage est pourtant plutôt bien vu par l’ensemble des participants d’Agribex, apportant de la vie. Reste à le financer. D’un salon agricole, Agribex devient un salon du machinisme, ce que déplore Luc Servais. Jean Devillers évoque, lui, clairement « la fin d’un modèle ». Un scénario qui interpelle quant à la place de l’élevage en général face aux grandes cultures, aux modalités de financements du secteur et aux difficultés économiques structurelles des éleveurs.
D’un salon agricole, Agribex devient un salon du machinisme