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Agriculture biologique : la croissance des surfaces continue de se tasser dans l’UE

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Les surfaces cultivées en agriculture biologique ont continué de progresser dans le monde en 2020. C’est particulièrement le cas dans l’UE où elles ont augmenté de 5,3 %, même si ce taux de croissance se tasse depuis quelques années. La France est devenue le premier pays de l’UE en termes de surfaces bio. Le marché des produits bio a profité de la pandémie de Covid-19 pour enregistrer un niveau de croissance record.

Les surfaces cultivées en agriculture biologique dans l’UE ont augmenté de 5,3 % en 2020 (soit plus de 700 000 hectares supplémentaires) et représentent désormais 9,2 % des surfaces, selon le rapport annuel du FiBL (Institut de recherche en agriculture biologique) publié le 15 février en marge du salon Biofach de Nuremberg. La France, pays qui enregistre la plus forte hausse de surfaces (avec 307 000 hectares de plus qu’en 2019), devient avec près de 2,5 millions d’hectares le premier pays de l’UE en termes de surfaces bio. Elle est suivie par l’Espagne (2,4 millions d’hectares), l’Italie (2,1 millions d’hectares, +102 000 hectares) et l’Allemagne (1,7 million d’hectares, +88 000 ha). À eux quatre, ces pays possèdent plus de la moitié des surfaces en bio de l’UE.

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Mais le taux de croissance des surfaces de l’UE a tendance à ralentir d’année en année : en 2019 la hausse était de 5,9 % (+0,82 Mha) et en 2018 de 7,7 %. La Commission européenne a pourtant fixé, dans le cadre des stratégies De la ferme à la table et Biodiversité, un objectif de 25 % de surfaces bio dans l’UE d’ici 2030. Le pays avec le plus grand nombre de producteurs biologiques est l’Italie (71 590), suivie de la France (53 255) et de l’Espagne (44 493).

Croissance record du marché

Si la croissance des surfaces se tasse, le marché européen a atteint, au contraire, une hausse record de 14,9 %. Les ventes au détail dans l’UE sont estimées à 44,8 milliards € en 2020 ce qui en fait le deuxième plus grand marché du monde, après les États-Unis (49,5 milliards d’euros). « De nombreux pays ont affiché une croissance à deux chiffres en raison de la pandémie (+22,3 % en Allemagne), les gens restant à la maison et se mettant à cuisiner plus souvent », soulignent les auteurs de ce travail. Le marché le plus important était l’Allemagne (14,99 milliards d’euros). Les consommateurs de l’UE ont dépensé en moyenne 101,8 euros par personne et par an en aliments biologiques. Le Danemark a la plus grande part de ventes d’aliments biologiques dans le monde, avec 13 % en 2020, suivi par l’Autriche avec une part de 11,3 % et la Suisse avec 10,3 %. Les importations ont reculé en 2020 passant de 2,84 Mrds € en 2019 à 2,79 Mrds €.

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Tendance mondiale

À l’échelle mondiale, ce sont près de 75 Mha (soit 1,6 % des terres agricoles mondiales) qui étaient gérés en agriculture biologique fin de 2020, ce qui représente une croissance de 4,1 %, (soit 3 Mha), par rapport à 2019. L’Australie reste le pays avec la plus grande superficie en agricole bio (35,7 Mha, principalement des prairies), suivie par l’Argentine (4,5 Mha) et l’Uruguay (2,7 Mha). La moitié des surfaces agricoles biologiques mondiales se trouvent en Océanie (35,9 Mha). L’Europe a la deuxième plus grande superficie (17,1 Mha), suivie de l’Amérique latine (9,9 Mha). Et côté marché, comme dans l’UE, avec une hausse de 14 milliards d’euros par rapport à 2019, les ventes mondiales de produits biologiques ont connu une croissance sans précédent en raison de la pandémie pour un volume total de plus de 120 milliards d’euros.

Des efforts attendus dans l’UE

Réagissant aux derniers chiffres sur l’agriculture biologique publiés le 15 février, le mouvement biologique européen Ifoam rappelle qu’il est essentiel d’améliorer les connaissances et la collecte de données sur les systèmes d’agriculture biologique afin d’accroître la production et la consommation de produits biologiques et d’atteindre les objectifs fixés par le Green deal européen. Selon Ifoam le règlement relatif aux statistiques sur les intrants et produits agricoles, en cours de négociation entre les colégislateurs, « est donc l’occasion de collecter davantage de données sur l’agriculture biologique, ce qui devrait permettre de mieux comprendre les performances de cette dernière ». Mais l’organisation craint que les États membres ne limitent, dans le cadre de ces discussions, la portée de ce règlement. Pourtant, souligne Ifoam, « un ensemble fiable et complet de données sur la production biologique peut également encourager de nouveaux investisseurs à entrer dans la chaîne d’approvisionnement biologique et accélérer les conversions et l’accès au marché ». Par ailleurs, selon les premiers retours de l’organisation, les projets de plans stratégiques nationaux de la future Pac que les États membres sont en train de finaliser ne contribueront pas à un développement significatif de l’agriculture biologique dans l’UE. Ifoam prend l’exemple de la France dont le projet « ne permettra pas à la conversion à l’agriculture biologique de bénéficier d’un avantage comparatif, par rapport à des programmes environnementaux moins ambitieux ».

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