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Exploitations Agriculture et environnement : l’état des lieux

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Le bilan écologique de l’agriculture française n’est pas si mauvais : c’est ce qu’on peut conclure après une lecture attentive du dernier rapport de l’Ifen, l’Institut français de l’environnement, qui dépend du ministère de l’écologie. Un rapport qui couvre la période 2002-2006 mais dont les analyses remontent souvent plus haut dans le temps. Il témoigne de pratiques qui évoluent, s’adaptent à la demande de la société et donnent parfois des résultats. Dans d’autres domaines, ces résultats restent préoccupants.

Des efforts qui sont réels mais des résultats qui se font attendre. Ainsi pourrait-on résumer le bilan réalisé par l’Ifen sur l’environnement, dans ses chapitres qui concernent l’agriculture. Il y a des éléments qui vont mieux (certaines pratiques culturales et gestion des intrants), d’autres sans grand changement (ce qui peut être vu comme un progrès si cette stabilisation succède à une dégradation) d’autres enfin qui vont plus mal. Voici l’état des lieux :

* CE QUI VA MIEUX

Des progrès dans l’utilisation des intrants

Moins d’intrants pour plus de production : c’est ce que note l’Ifen tout en étant très prudent sur les conséquences de ce phénomène en ce qui concerne l’environnement. « Le suivi des ventes d’engrais minéraux et de produits de protection des plantes au niveau national montre que l’utilisation de ces substances est plutôt en diminution alors que la production végétale continue de croître sensiblement ». Le rapport estime qu’il est difficile d’en tirer des conclusions définitives compte tenu des « niveaux de danger (des produits) très hétérogènes ». De plus, cette observation porte sur la vente des produits plus que sur leur utilisation. Néanmoins, en ce qui concerne les engrais, « les doses d’engrais minéral azoté appliquées à l’hectare se sont stabilisées depuis 1990. Le phosphore et le potassium sont appliqués à des doses de plus en plus faibles depuis cette date ». Les observateurs de l’Ifen soulignent également que « le fractionnement des apports se généralise et permet de mieux adapter les doses aux besoins des cultures. Plus de 70 % des soles de blé tendre font l’objet de trois apports en 2001 (…) alors qu’en 1994 seulement 24 % des surfaces en blé profitaient d’un tel fractionnement.

Les pratiques culturales préservant les sols

Autres pratiques culturales aux effets positifs, selon l’Ifen, le non-labour ou travail superficiel du sol. Ces techniques se développent lentement et concernent environ 1,5 million d’hectares en 2001 (presque toutes les grandes cultures sont concernées) : le non-labour, explique l’Ifen, apporte un gain en temps et en énergie dépensée ; de plus, il évite les inconvénients des labours profonds et la réduction de la teneur des sols en matière organique. Cependant, en cas de non-labour « l’itinéraire technique est plus difficile à maîtriser et nécessite d’adapter et parfois d’augmenter les traitements phytosanitaires. » En ce qui concerne la qualité des sols, l’Ifen note cependant quelques situations préoccupantes : sols de vignobles chargés en cuivre du fait de l’utilisation de sulfate de cuivre ; teneur excessive en cuivre et en zinc en Bretagne du fait des apports de lisier.

L’utilisation de la biomasse pour l’énergie

Atteindre, en 2008, entre 1,5 million d’ha et 2 millions d’ha de culture énergétique permettrait de réduire d’environ 7 millions de tonnes les émissions de dioxyde de carbone, note l’Ifen. Celui-ci constate que, en 2004 déjà, la France a produit 400 000 tonnes de biocarburants, principalement sous forme de diester. Fin 2015 près du double de ces valeurs devrait être atteint. L’institut remarque cependant que « le mode de conduite des cultures et leur emplacement conditionneront fortement l’impact global sur l’environnement. » Et de souligner l’effet attendu des recherches menées pour produire des biocarburants à partir de cellulose et de lignine provenant de cultures, de prairies intensives ou de taillis à courte rotation.

La biodiversité végétale

La biodiversité en ce qui concerne les espèces cultivées s’est améliorée, tout au moins pour les grandes cultures. Ainsi, « en 1966, cinq variétés couvraient 70 % de la superficie en blé tendre alors qu’en 2001 cette même proportion faisait l’objet de semis de quatorze variétés. » En ce qui concerne la monoculture (replantation d’une même espèce d’une année sur l’autre), sa proportion a baissé entre 1982 et 2002 pour le blé tendre (de 26 % à 19 %) de même que pour l’orge (de 18 % à 14 %). Elle a cependant augmenté pour le maïs (de 39 % à 50 %). En outre, l’Ifen note les conséquences positives de la mise en place des jachères « faune sauvage » ainsi que « l’obligation des bandes enherbées en priorité au bord des cours d’eau ».

Les émissions de polluants dans l’air

L’agriculture a bien participé à la réduction des émissions de polluants et de gaz à effet de serre dans l’air. Depuis 1980, les émissions d’ammoniac ont baissé de 7 %. Sur 730 000 tonnes d’ammoniac volatilisées à partir des activités agricoles, 590 000 seraient liées aux déjections animales. De plus, depuis 1960, les émissions d’oxydes d’azote en provenance de l’agriculture ont également diminué. Le monde agricole a également participé à la stabilisation des gaz à effet de serre. Entre 1990 et 2004, ses émissions se sont réduites de 10 % alors que celles des transports (+22,7%) et du secteur « résidentiel et tertiaire » (+22,3%) ont augmenté. La cause principale des réductions de ces gaz est liée à la diminution du cheptel laitier.

* CE QUI NE CHANGE PAS

L’utilisation de l’eau pour l’irrigation

L’utilisation de l’eau d’irrigation semble actuellement se stabiliser, note l’Ifen. D’une part, les charges financières correspondantes sont de plus en plus élevées par rapport au gain obtenu sur la vente des récoltes ; d’autre part, les outils de pilotage se développent pour optimiser les apports d’eau. Cependant, le niveau atteint par l’irrigation est considérable. L’agriculture est le plus gros consommateur d’eau, note l’Ifen, avec 48 % de la consommation totale. Au moins 60 % de la surface irriguée est occupée par le maïs. Au total, l’irrigation prélève 3,66 milliards de mètres cubes d’eaux superficielles et 1,1 milliard de m3 d’eaux souterraines. L’Ifen reconnaît que le phénomène reste pourtant mal connu, toutes les actions d’irrigation n’étant pas enregistrées grâce aux compteurs volumétriques.

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Les surfaces des haies restent stables

L’Ifen note que « les surfaces des haies restent désormais stables (elles ont cessé de diminuer) et augmentent nettement en valeur relative dans certains départements où leur présence était devenue rare. Il en estime la surface à environ 600 000 hectares. En contrepartie, les arbres épars continuent de disparaître en raison de la gêne occasionnée pour les machines agricoles ; les bosquets sont également en diminution. Néanmoins, les remembrements semblent maintenant prendre en compte les questions de paysages, de biodiversité et de risque naturel. Les superficies faisant l’objet d’un remembrement ont été divisées par 5 entre 1970 et 2000.

Stabilisation des nitrates dans les rivières

La qualité des eaux de rivière, en ce qui concerne les nitrates, a cessé de se détériorer. C’est un des enseignements principaux du bilan établi par l’Ifen. La proportion de nitrates dans les eaux de rivières était en hausse depuis 1971. Ce sont les observations de 42 bassins agricoles qui ont permis de conclure à cette stabilisation. La proportion de mesures classées très bonnes ou bonnes atteint près de la moitié en 2003 soit un niveau en légère baisse depuis 2001. Le niveau de concentration moyen est d’environ 20 mg/litre sur les cinq dernières années avec même une chute ponctuelle à 18 mg/l en 2003. En revanche, l’Ifen note également la présence de pesticides dans les cours d’eau sans indiquer d’évolution : « 49 % des points de mesure ont une qualité moyenne à mauvaise ».

* CE QUI VA MOINS BIEN

La biodiversité animale en diminution

La biodiversité animale liée au milieu agricole s’est dégradée sensiblement. Selon l’Ifen « les effectifs des oiseaux des milieux agricoles et forestiers ont respectivement baissé de 27 % et 18 % depuis 15 ans. » L’Institut note qu’au contraire la tendance est stable pour les oiseaux des « milieux bâtis ». Cette évolution est due notamment à la disparition des terres agricoles (avec son impact sur l’habitat des volatiles), transformées en zones urbaines, mais aussi et surtout en forêt qui peut être un facteur de diminution de la biodiversité.

L’artificialisation des sols se poursuit

La déprise agricole s’est poursuivie dans les dernières années de manière très sensible. Premières victimes, les prairies. « De 1993 à 2003, note l’Ifen, plus de 600 000 ha de prairies ont disparu, principalement dans les secteurs défavorisés ». Sur la même période, les zones agricoles perdaient 81 000 hectares par an tandis que les zones artificielles progressaient annuellement de 60 000 hectares. Pendant ce temps, les forêts ont progressé, au total, de 576 000 hectares, tant dans les Landes, l’Est du bassin Parisien, le Massif Central et le Sud est. Des forêts fragiles, souvent, sujettes aux risques d’incendie.

L’augmentation des nitrates dans les eaux souterraines

Tandis que la situation des eaux de rivière, en ce qui concerne les nitrates, se stabilise, celle des eaux souterraines et des eaux marines continuent de se détériorer. « Entre 1992 et 2001, les nappes souterraines du quart nord-ouest de la France ont connu une augmentation significative des concentrations en nitrate (plus de 5mg/l) » indique l’Ifen. En somme, la stabilisation constatée sur les eaux de surface n’a pas encore eu d’effet sur l’état des nappes. Même chose pour les eaux marines. Les flux annuels d’azote vers les eaux marines restent élevés.

L’apparition de phytosanitaires dans l’air

L’Ifen évoque la présence de phytosanitaires dans l’air, sans en donner de mesure précise Les molécules retrouvées sont majoritairement d’origine agricole avec une forte corrélation avec les périodes de traitement. « La gamme des produits détectée est importante, même si les herbicides sont responsables des pics de contamination. ».