Le géant chinois de la chimie ChemChina propose de racheter l’agrochimiste Syngenta pour 43 milliards de dollars en numéraire, une offre acceptée par le conseil d’administration du groupe suisse et qui représenterait la plus grosse acquisition jamais réalisée par un groupe chinois à l’étranger.
Le conseil d’administration de Syngenta a recommandé « unanimement » cette offre à ses actionnaires, a indiqué le 3 février le groupe bâlois dans un communiqué. L’offre publique d’achat (OPA) sera lancée au cours des prochaines semaines en Suisse et aux États-Unis, a précisé le groupe helvétique.
Le contraste est flagrant avec la très farouche opposition que Syngenta avait opposée l’an dernier à une tentative de reprise par son rival américain Monsanto, qui mettait alors 47 milliards de dollars sur la table. L’offre de ChemChina diffère toutefois des avances de Monsanto sur plusieurs points, a expliqué Michel Demaré, le président du groupe suisse, en particulier sur le fait que cette transaction va lui permettre de continuer à évoluer sur la même base. « Ce n’est pas une transaction basée sur des synergies de coûts. Elle se focalise sur la croissance, l’innovation et une vision commune à long terme », a-t-il affirmé.
ChemChina, un mastodonte à capitaux publics dont la gestion dépend directement du gouvernement central, ne cache pas ses ambitions internationales tous azimuts. En quête de diversification, il a notamment pris mi-janvier une participation de 12 % dans la firme de courtage suisse Mercuria.
Potentiel sur les semences
« En faisant cette offre, ChemChina reconnaît la qualité et le potentiel de Syngenta », a déclaré Michel Demaré. Le rapprochement avec ChemChina, par ailleurs, « permettra de développer de manière notable le potentiel de croissance de notre activité semences », a abondé le directeur exécutif John Ramsay.
ChemChina n’est pas présent pour l’instant dans le secteur des semences. Or, Pékin attache une importance accrue au contrôle des semences et des technologies agricoles susceptibles de gonfler la production nationale pour nourrir sa population de 1,3 Mrd d’habitants, alors que la surface des terres cultivables se réduit inexorablement dans le pays.
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Défi réglementaire
L’offre de ChemChina bénéficie « d’un financement engagé », a argumenté Syngenta le 3 février, en notant une « réelle volonté d’obtention » des autorisations réglementaires nécessaires. De fait, pour que la transaction se concrétise, ChemChina devra obtenir le feu vert des autorités de régulation, en particulier aux Etats-Unis où Syngenta réalise une grosse partie de ses ventes. Ce n’est pas nécessairement acquis. La transaction pourrait également être retardée par des questions politiques en Suisse, à l’idée de voir une société helvétique passer en mains chinoises.
La direction de Syngenta restera en place, le siège du groupe sera maintenu en Suisse, et un conseil de dix administrateurs présidé par Ren Jianxin sera établi, selon les communiqués des deux groupes.
L’opération serait la plus grosse acquisition chinoise réalisée à l’étranger. Miné par de sévères surcapacités industrielles et une demande intérieure terne, Pékin pousse ses entreprises à multiplier investissements et acquisitions à l’étranger, en quête de débouchés, de nouvelles technologies mais aussi pour diversifier leurs activités.
Pékin attache une importance accrue au contrôle des semences et des technologies agricoles