L’Afja (journalistes agricoles) et le Syrpa (agri-communicants) ont organisé le 8 novembre une table ronde montrant les ressorts de la concentration du secteur de l’agrofourniture. L’innovation est au cœur de ce mouvement, ont expliqué l’agrochimiste Bayer, le semencier Florimond Desprez et le constructeur Hardi.
La structure du marché agrochimique mondial a subi d’importants changements, poursuivant des objectifs multiples, selon Delphine Guey, directrice de la communication à l’UIPP (industries de la protection des plantes). « Il faut onze ans en moyenne pour créer un produit, a-t-elle expliqué. D’où le besoin d’acquérir une taille critique pour survivre. » La R & D suit une approche multidisciplinaire, mariant la génétique aux phytos. Par ailleurs, les entreprises de l’agrofourniture cherchent à développer de nouveaux marchés, à répondre aux nouvelles attentes de la société. Le moteur des rapprochements d’entreprises est aussi en Asie, où l’objectif est de renforcer l’indépendance alimentaire.
Massifier la R & D
Ces derniers mois, les regards sont tournés vers l’allemand Bayer, qui projette de racheter son concurrent américain Monsanto. Une opération que Franck Garnier, président de Bayer France, resitue dans trois éléments de contexte. « Quoi qu’on veuille, la population mondiale augmente, a-t-il souligné. Les besoins alimentaires vont exploser. » L’agriculture est concernée par des aspects environnementaux et sociétaux, notamment en Occident, « une tendance lourde qui va toucher tous les continents », selon lui. « Les contraintes réglementaires deviennent phénoménales. Pour la R & D, elles sont parfois à la limite de l’acceptable », a poursuivi Franck Garnier, estimant que « lancer un nouvel insecticide aujourd’hui, c’est presque mission impossible ». Et de relever un paradoxe : d’un côté, la pharmacopée disponible en Europe a diminué de moitié en dix ans, de l’autre la pression des bioagresseurs augmente sous l’effet de la mondialisation et du réchauffement climatique. « Résultat, il faut massifier la R & D. » L’agriculture a par ailleurs besoin d’« une transversalité de la recherche », selon lui. Ce qui pousse Bayer à élargir ses compétences, dans la génétique, l’agriculture de précision.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Chez le nordiste Florimond Desprez, « on travaille main dans la main avec les agrochimistes » dans le domaine des herbicides, a indiqué le président Bruno Desprez. Il s’agit d’apporter une réponse génétique, notamment par le biais de plantes qui tolèrent mieux ce traitement chimique. La recherche vise aussi à améliorer l’efficacité de l’herbicide par une dose réduite ou plus précoce. Dans son « pipeline », il y a la solution consistant à pulvériser là où se trouve la mauvaise herbe, en s’aidant d’une reconnaissance par caméra. Florimond Desprez explore également la piste de l’enrobage des semences avec libération ou non de l’herbicide selon qu’il y a identification ou pas de l’adventice.
Le constructeur Hardi a affirmé vouloir commercialiser « d’ici à un an » un pulvérisateur avec caméra de reconnaissance de forme installée sur la rampe. « Cela permettra de réduire énormément les doses d’herbicide utilisées », a déclaré Daniel Tragus, le directeur général. Des tests au champ sont en cours en Australie et en Europe du Nord.