Constitué par Sofiprotéol, établissement financier des producteurs d’oléagineux, par une filiale de la Caisse des Dépôts et par une poignée de caisses régionales de Crédit agricole, un fonds d’investissement dédié au secteur agroalimentaire vient de naître. Doté à terme de 120 à 150 millions d’euros, AgroInvest doit faciliter le développement de quelques entreprises en passe de devenir des champions sur leur marché. Voire en susciter d’autres en procédant à des rachats et à des regroupements stratégiques. Les opérations, majoritaires ou non, viseront des cibles de moins de 500 millions d’euros de chiffre d’affaires avec des tickets moyens de 15 M EUR. Au-delà, l’ambition d’AgroInvest est d’être un «catalyseur» à même d’attirer d’autres co-investisseurs pour mettre en œuvre des projets structurants de plus grande envergure.
Dans le paysage multiforme et plus foisonnant que jamais des fonds d’investissement, les affaires agroalimentaires sont parfois des cibles de choix, mais c’est souvent sans lendemain, comme l’ont remarqué les fondateurs d’AgroInvest en présentant ce nouveau fonds spécialisé à la presse. Le président de Sofiprotéol, Xavier Beulin, a souligné au nom des producteurs d’oléagineux l’intérêt qu’à le monde agricole à investir en aval : « On ne peut se contenter d’être fournisseur de matières premières, on doit être acteur et promoteur de filières à valeur ajoutée ».
Déplorant que « d’autres fonds d’investissement s’emparent de nos pépites pour très vite les vider de leur substance », le président de la FOP craint aussi « une perte du savoir-faire alimentaire français si l’on ne pérennise pas les outils industriels et les emplois qui animent le monde rural ».
La porte reste ouverte à d’autres
Mais AgroInvest saura marquer sa différence, assure son président, Philippe Tillous-Borde, de par son expertise du secteur et sa capacité à s’engager durablement dans ou aux côtés du management des entreprises. En tant que « financier à forte expérience industrielle » (Saipol/Lesieur, Diester Industrie, Novance), le directeur général de Sofiprotéol se félicite des complémentarités qui vont jouer ici avec des institutionnels comme la Caisse des dépôts ou plusieurs caisses de Crédit agricole. Et d’ajouter que « dans les 12 mois qui restent pour compléter le tour de table, la porte reste grande ouverte à d’autres actionnaires, y compris à Unigrains ».
La présence du Crédit agricole, en revanche, ne passera pas par son groupe central, qui a ses propres outils comme l’IDIA, mais Prédica, sa compagnie d’assurances, a mis son écot et surtout six caisses régionales, emmenées par Benard Mary (Nord-Est) jouent d’ores et déjà le jeu d’AgroInvest.
La même logique que France Investissement
La présence de la Caisse des dépôts s’inscrit, elle, dans la mission reçue des pouvoirs publics de contribuer pour 2 milliards au dispositif France Investissement (sur les 3 milliards prévus sur six ans pour renforcer les fonds propres des PME) : « Nous allons là où des fonds privés, forcément court-termistes, ne vont pas spontanément », promet Jérôme Gallot. Le président de CDC Entreprises, en tout cas, ne croit pas qu’AgroInvest soit sous-dimensionné au regard des autres « fonds de fonds » où il investit.
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