Dans deux lettres distinctes, le président des chambres d’agriculture et la direction d’AgroParisTech ont répondu au collectif d’étudiants qui a appelé à « déserter » les filières traditionnelles lors de leur cérémonie de remise des diplômes.
Le président de Chambres d’agriculture France (ex-APCA), Sébastien Windsor, a diffusé le 16 mai une longue « lettre ouverte » adressée au collectif d’étudiants qui avaient appelé leurs camarades à « bifurquer », à l’occasion de leur remise de diplômes. Les huit étudiants avaient dénoncé quelques jours plus tôt « une formation qui pousse à participer aux ravages sociaux et écologiques en cours », et appelé à « déserter » les professions de cadres dans les grandes entreprises et services publics liés à l’agro-industrie, à l’agrofourniture et à la finance.
« Je les invite plutôt à rejoindre les forces vives des structures qui œuvrent au quotidien à faire bouger les lignes. Tout comme j’encourage les jeunes à rejoindre nos écoles d’agronomie pour contribuer demain à accompagner ces indispensables évolutions », rétorque l’agriculteur normand. Celui-ci estime que « déserter, c’est partir, s’isoler du reste du monde », et que vivre dans une Zad ou une montagne isolée, « c’est juste refuser d’accompagner la société dans sa transformation ».
« Vous considérez que l’agro-industrie a avili la paysannerie française. C’est oublier que la mécanisation a surtout soulagé le travail des agriculteurs. Qui voudrait aujourd’hui travailler comme le faisaient nos grands-parents en arrachant des betteraves à la fourche, en récoltant les blés à la faux ou trayant les vaches à la main, pour finir usé à 60 ans ? Ne niez pas le progrès, encouragez-le », a-t-il conclu.
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Parmi ces jeunes diplômés, l’une avait annoncé qu’elle pratiquait « l’agriculture vivrière » à Notre-Dame des Landes, un autre est en cours d’installation en apiculture dans le Dauphiné, un autre s’installe dans le Tarn en association avec d’autres agriculteurs dont un paysan-boulanger.
« Les solutions se trouvent dans le progrès »
Par cette réponse, Sébastien Windsor « veut porter la voix de ceux (agriculteurs, salariés d’entreprises, enseignants) qui se mobilisent au quotidien pour faire évoluer les pratiques agricoles et qui ont pu ressentir comme une injustice le procès que vous leur intentez, sans même reconnaître le travail qu’ils ont accompli ».
Quelques jours avant, la direction d’AgroParisTech avait publié un communiqué pour réaffirmer que « les solutions se trouvent dans le progrès de la science et des technologies, tout autant que dans les usages qui en sont et seront faits ». Et que l’intervention de ces huit diplômés, « comme celles, plus nombreuses, de leurs camarades qui ont choisi d’autres voies, confirme que l’enseignement d’AgroParisTech s’inscrit au cœur des enjeux et débats qui traversent notre société ».