Après l’intervention télévisée du président des Restos du cœur, le gouvernement accélère le déploiement des fonds promis dans le cadre du programme « Mieux manger pour tous » pour venir en aide aux associations caritatives en difficulté. De leur côté, les entreprises multiplient les promesses de dons.
Les annonces se sont enchaînées toute la semaine. L’appel lancé par le président des Restos du cœur Patrice Douret, le 3 septembre sur le plateau de TF1, a mis en lumière la situation des associations d’aide alimentaire qui font face à des hausses de leurs charges (achats, transports, énergie) et à un afflux toujours plus important de personnes dans le besoin. La « cantine de Coluche » passe ainsi de 140 millions de repas servis en 2022 à 170 millions cette année. « Nous allons devoir prendre des mesures très difficiles et réduire fortement le nombre de personnes que l’on va accueillir dès la prochaine campagne […] et les personnes que l’on va accueillir, nous allons devoir leur donner moins de produits », déplorait Patrice Douret. Selon lui, il manquait 35 millions d’euros (M€) aux « Restos » pour boucler leur budget 2023. Dans la foulée, la ministre des Solidarités Aurore Bergé a annoncé une aide de 15 millions d’euros pour l’association qui assure 35 % de l’aide alimentaire.
Dans le détail, ce coup de projecteur médiatique a accéléré le déblocage du fonds « Mieux manger pour tous », doté à hauteur de 60 M€ dont 40 M€ pour son volet national. Le cabinet d’Aurore Bergé précise à Agra Presse, que sur les 15M € attribués aux Restos du cœur, 10 M € sont attribués dans le cadre du programme Mieux manger pour tous, et les 5 M€ restants seront alloués via « une aide complémentaire ». Les montants versés aux autres associations ont été dévoilés le 5 septembre. Les Banques alimentaires reçoivent 11 M€, le Secours Populaire 6 M€, la Croix rouge 3,8 M€ et les épiceries sociales (Andes) 2,5 M€. Au total, le soutien de l’État pour l’aide alimentaire s’élève à 156 M€ en 2023. Les financements de l’État ont plus que doublé en trois ans, rappelle l’exécutif qui s’est engagé à renouveler l’enveloppe de 60 M€.
Promesses de dons en cascade
Les grandes entreprises ont multiplié les promesses de dons et d’actions de solidarité. En premier lieu, la famille Arnault, propriétaire du groupe de luxe LVMH qui fait un don de 10 millions d’euros aux « Restos ». Plusieurs autres entreprises ont également répondu à l’appel dans les jours qui ont suivi. TotalEnergies fait également un don de 5 millions d’euros à l’association fondée par Coluche. Après avoir versé 5 M€ aux Restos du cœur en mars dernier, la Fondation Crédit Mutuel Alliance Fédérale verse 7,5 M€ pour la Croix-rouge et 5 M€ pour les Banques alimentaires. Du côté de la grande distribution, Carrefour et Intermarché ont été les premiers à réagir à l’appel de Patrice Douret. Le groupement des Mousquetaires s’est engagé à ouvrir ses portes pour des jours de collecte additionnels et à donner « un million d’euros » de produits supplémentaire. Le p.-d.g. de Carrefour Alexandre Bompard a déclaré sur BFMTV que l’enseigne aiderait financièrement l’association et s’attacherait à « mieux » organiser les dons et collectes.
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Certaines entreprises agroalimentaires ont opté pour le don en nature, comme Barillla, D’aucy, Danone ou encore Panzani qui cède gracieusement 200 000 paquets de pâtes, soit l’équivalent d’1 million de portions. Dans un communiqué, l’Ania (entreprises alimentaires) « appelle à la générosité de tout son réseau » pour soutenir les associations. Quant au président du Marché international de Rungis, Stéphane Layani, il invite « tous les grossistes de Rungis et des marchés de gros à effectuer ou renforcer les dons alimentaires ».
Simplifier le don, améliorer la logistique
La situation décrite par les « Restos du cœur » est partagée par l’ensemble des associations. « Il faut travailler collectivement pour ne pas déstabiliser tout l’écosystème », plaide la directrice de la fédération des Banques alimentaires, Laurence Champier. Les Banques alimentaires sont satisfaites de la dotation de 11 M€ obtenue dans le cadre de Mieux manger pour tous. « Cela va nous permettre de répondre à la demande en produits frais », indique Laurence Champier. Le modèle des associations membres du réseau repose essentiellement sur le don. Cependant, les achats prennent une part de plus en plus importante dans les approvisionnements. Le nombre de personnes accompagnées a augmenté de 9 % au premier trimestre 2023. « Nous sommes obligés de donner moins de produits, mais nous servons tout le monde », explique la directrice.
Pendant que le ministère des Solidarités gère l’urgence, celui de l’Agriculture se penche sur les besoins « à moyen et long terme », déclare Marc Fesneau. Les sujets de la simplification des procédures de dons et de marchés publics, ainsi que la logistique ont été évoqués à l’occasion d’une réunion avec les acteurs impliqués dans l’aide alimentaire (associations caritatives, représentants des filières agricoles, industriels, distributeurs), le 6 septembre. Dans l’immédiat, les besoins se situent principalement sur l’approvisionnement en produits frais (fruits et légumes, lait et viande). Les Banques alimentaires sont, par exemple, « en rupture » sur le lait et ont besoin de l’équivalent de 3 M€ de lait d’ici juin 2024.