Le congrès des expéditeurs et grossistes en fruits et légumes, qui se sera tenu les 11 et 12 mars à Arles, aura été l’occasion pour les deux professions de proposer des solutions pour retrouver un esprit interprofessionnel dans la filière, dont l’interprofession est en crise depuis le difficile été 2004.
Le congrès des deux organisations que sont l’Aneefel (Association nationale des expéditeurs-exportateurs de fruits et légumes) et l’UNCGFL (Union des grossistes en fruits et légumes) revêt cette année un caractère particulier, étant donnée la position d’arbitres des expéditeurs et des grossistes, situés entre la production et la distribution. Les expéditeurs sont les premiers metteurs en marché, et ont une compréhension particulière des problèmes des producteurs et des distributeurs. Parfois, des expéditeurs sont aussi producteurs. « Je comprends que les arboriculteurs peuvent difficilement gagner leur vie avec les fruits d’été, et en même temps on comprend que les distributeurs ne peuvent pas que travailler avec des produits français», a commenté Luc Métral, président de l’Aneefel, deux jours avant le congrès.
Interfel n’a pas à gérer le marché
Une fois ce constat posé, il faudra reconstruire une interprofession ébranlée après la crise des fruits et légumes de l’été dernier. Les grossistes ont pris la décision ces derniers mois de suspendre leur participation dans l’instance politique d’Interfel, n’acceptant d’y revenir que pour s’associer «aux missions qui sont les siennes». Le président des grossistes, Bernard Piton, estime qu’il faut « éviter de polluer le climat en donnant l’illusion qu’Interfel peut gérer le marché». Gérer le marché, cela signifie, pour Bernard Piton, par exemple mettre en place un contrat-type, un mécanisme de cliquet (pour éviter que les prix à la consommation ne se maintiennent à un niveau élevé alors que l’abondance entraîne la chute des cours à la production) ou mettre en place un coefficient multiplicateur (entre le prix d’achat et le prix de vente, pour inciter la distribution à corréler prix de revente et prix d’achat). « Oui à des contributions pour dessiner les pistes de meilleure compétitivité de la production française ; non à des ordres à commercer, à des ukases d’économie administrée», a-t-il commenté, à propos de la préférence française.
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Reconstruire l’offre
Deux jours avant le congrès, le président de l’UNCGFL envisageait de remettre le métier sur l’ouvrage : reconstruire l’offre, comme a tenté de le faire Interfel ces dernières années par la segmentation stratégique. Puisque les produits français sont plus chers qu’ailleurs, en raison d’un modèle social plus protecteur, il faut chercher des voies pour valoriser l’offre, en la différenciant davantage par le goût, la fraîcheur, économiser en frais de marketing par des raccourcis, intégrer du service (des notices d’emplois des produits, packaging plus pratique). Il faut en outre que les fruits et légumes soient accessibles, un véritable défi. Accessible veut dire aussi à la portée du porte-monnaie du consommateur. « Un produit-plaisir n’a pas de prix ; par contre un produit de base suppose qu’on n’y consacre pas beaucoup de moyens. À nous de faire que les fruits et légumes soient autre chose que des produits de base», a précisé M. Piton.
Coordonner les forces existantes
On ne pourra pas se passer de lieux de dialogue pour les sujets politiques concernant les fruits et légumes, a poursuivi Luc Métral. « On peut rêver à autre chose qu’à Interfel, mais quoi d’autres ? Ses commissions tournent avec un personnel compétent». Tout peut être reconstruit avec l’existant. De même à l’échelon des organisations économiques. « On dit que les organisations de producteurs (OP) sont trop atomisées. Inutile pour autant de vouloir construire des cathédrales. Il faut que toutes les régions soient desservies. Nous avons la chance d’avoir un maillage d’OP sur tout le territoire. Ce qui manque, c’est simplement la convergence de vues». Une meilleure organisation de la filière permettrait d’éviter aussi beaucoup de pertes dans la chaîne de commercialisation. « Nous estimons entre 25 et 30% la marchandise que l’on jette chaque soir dans les magasins, parce que les rayons ne sont pas suffisamment tenus».