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Airbus : le secteur viticole espère encore éviter le pire

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Le secteur viticole français ne veut pas se résigner à subir les sanctions américaines dans le cadre de l’affaire Airbus, et cherche des solutions pour éviter leurs dégâts. Plusieurs voies seront examinées, ont déclaré ses dirigeants les jours qui ont précédé le 18 octobre, date officielle de l’entrée en vigueur de la surtaxation de 25 % : la voie diplomatique, l’adaptation des stratégies commerciales, la voie des mesures européennes exceptionnelles. Au moins, sur ce sujet, la filière viticole fait bloc.

« Je réaffirme très fermement ma conviction que l’action menée par Didier Guillaume et de Bruno Le Maire peut conduire à repousser la date de l’application des sanctions américaines », a déclaré Jérôme Despey, président du conseil spécialisé viticole de FranceAgriMer sur le parvis de l’établissement le 16 octobre. Ce jour-là, la réunion du conseil spécialisé a tourné court car l’ensemble des professionnels (organisations de viticulteurs et de metteurs en marché, plus la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs) ont quitté la salle, pour protester contre la non-utilisation de 15 millions d’euros (M€) de l’enveloppe d’aides à la filière (voir article ci-après), soutenant entre autres la promotion du vin français dans les pays tiers.

« Il faut que l’agriculture soit sortie de ce conflit »

Les responsables de la filière ne veulent pas croire qu’il soit inéluctable que le conflit euro-américain sur les subventions européennes versées à Airbus reste sans solution. « Il faut que l’agriculture soit sortie de ce conflit. Nous sommes extérieurs à cette affaire. Il faut que cette taxe qui concerne un différend entre l’UE et les États-Unis sur une question aéronautique s’arrête », a martelé Bernard Farges, président de la Confédération des AOC viticoles, en sortant de la réunion avortée du conseil spécialisé. C’est, selon lui, une question de négociation entre l’UE et les États-Unis.

Ce n’est pas l’OMC qui a fixé la liste des produits soumis à rétorsions, mais c’est Washington : « C’est bien l’administration Trump et non l’OMC qui a fait le choix de surtaxer Airbus à 10 % et les produits agricoles à 25 %, et de taxer les fromages d’Italie et les vins tranquilles de France », a-t-il précisé. « Nous misons d’abord sur la voie diplomatique », a complété Jérôme Despey. La volonté de la filière est de porter ce dossier « au plus haut niveau de l’État ». « Didier Guillaume seul ne peut rien, il faut l’implication du ministère des Finances et du Premier ministre car les 12 milliards d’euros que rapporte la filière à la balance commerciale sont un sujet qui dépasse l’agriculture. C’est de l’économie en général », a argumenté le président de la Cnaoc.

L’Europe ne manque pas d’arguments. Elle a demandé dès avril à l’OMC des rétorsions d’un montant équivalent pour les aides accordées par le gouvernement américain à Boeing. Cécilia Malmström, commissaire européenne au Commerce, a adressé un nouveau courrier, le 12 octobre, à son homologue des États-Unis, pour lui dire à nouveau que « certes, ils sont autorisés à imposer des sanctions douanières, mais que cela ne veut pas dire qu’ils doivent le faire ». L’UE tient prête une liste de produits américains pouvant faire l’objet de représailles : noix, amandes, jus de fruits, ketchup, vins… Face à cette guerre des rétorsions, Bercy souhaite un arrangement entre les deux parties.

L’adaptation commerciale en attendant

Une autre voie possible en attendant la résolution du conflit est l’adaptation commerciale. Selon le CIVP (Conseil interprofessionnel des vins de Provence), la stratégie du vignoble provençal est de maintenir coûte que coûte le débouché américain, « que nous avons mis dix ans à construire par de la communication, de l’explication et de la promotion », a souligné Jean-Jacques Bréban, président du CIVP, le 16 octobre dans un entretien avec Agra Presse. Si la surtaxe entre en vigueur, chaque maillon de la filière devra jouer le jeu pour revoir le prix de la bouteille à la baisse : les viticulteurs, les metteurs en marché. Les importateurs sont invités à accepter de payer un peu plus cher pour partager le surcoût. Cet effort collectif est faisable, d’autant plus que la Provence a réussi à doubler en dix ans le prix de la bouteille exportée outre-Atlantique, a-t-il estimé.

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« Toutes les stratégies sont possibles, a résumé Bernard Farges : les concessions sur les prix par les viticulteurs, la compression des marges des négociants, la discussion avec les importateurs, mais aussi les pertes de marché. »

La filière étudie aussi des actions renforcées de promotion vers les pays tiers. Il existe à Bruxelles des outils dans le cadre de l’OCM unique (promotion, aides au stockage privé…). En dernier recours il est toujours possible de mettre en place des aides d’urgence en cherchant des sommes « dans les fonds de tiroirs du budget de la Pac », précise un observateur bruxellois en contact avec la Commission.

L’UE tient prête une liste de produits américains pouvant faire l’objet de représailles

En France, seuls les vins tranquilles font l'objet de la surtaxe

Les sanctions commerciales traitées à l’OMC à l’encontre des pays qui ont accordé des subventions consistent à obtenir réparation de chacun des États à hauteur du préjudice qu’ils sont censés avoir occasionné. Dans le cas du litige sur l’Airbus, la sanction américaine à l’encontre des pays qui ont versé des subventions consiste à obtenir réparation des chacun de ces États membres à hauteur du préjudice estimé. En France, seuls les vins tranquilles sont concernés par la mesure. Le champagne et le cognac ne sont pas dans la liste. En Italie, ce sont les fromages, en Espagne les olives et au Royaume-Uni le whisky. Le choix des secteurs pénalisés n’est pas pris par l’OMC mais par l’État plaignant. La taxe de 25 % est une taxe additionnelle. La mesure a été publiée le 9 octobre au Federal register, qui est l’équivalent du Journal officiel français, par le USTR, qui est l’équivalent du ministère du Commerce extérieur, avec des compétences de négociations internationales.

Les principaux marchés extérieurs du vin français sont devenus instables

Les principaux débouchés extérieurs du vin français sont celui des États-Unis, du Royaume-Uni, de la Chine et de Hong-Kong. Or, ces marchés sont devenus instables. Les exportations vers les États-Unis sont maintenant ralenties. Déjà des annulations de commandes ont lieu, selon Bernard Farges. Cette destination a été le premier marché pour les vins français en 2018, avec 1,67 milliard d’euros, selon la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux (FEVS). Le Royaume-Uni, qui a été le deuxième marché, avec 1,1 milliard d’euros l’an dernier, est incertain du fait du Brexit. La Chine, quatrième marché, avec 555 millions d’euros (M€), connaît un ralentissement qui entraîne l’attentisme des opérateurs, a rapporté Jérôme Despey. Hong-Kong, le 7e marché, avec 453 M€, voit ses échanges économiques plonger, et déjà le salon des vins de Bordeaux Wine and Dine, qui devait s’y tenir fin octobre, est annulé