Quatre opérateurs font environ les deux tiers du marché de la viande en Allemagne. Entre eux, la course pour occuper les meilleures places sur le créneau très convoité des unités de vente consommateur (UVC) est lancée.
Le marché de la viande est globalement stable en Allemagne avec un segment UVC en viandes fraîches ou préparées en forte croissance. En un an, il a gagné 6 %. Sur les huit premiers mois 2004, il représente 38 % des ventes. Cette accélération s’explique à la fois par l’évolution de la demande et le référencement depuis un peu plus d’un an de ce type de produits par la distribution discount dont le poids dans les achats alimentaires atteint environ 40 % outre-Rhin. Dans ce type de magasin, la viande rouge en libre-service a déjà pris une part de marché de 15 %. Elle est encore loin derrière la volaille fraîche et surgelée (38 %), mais la tendance est nette d’autant que le système de découpe dans l’atelier contigu au point de vente qui avait la faveur de la distribution traditionnelle, semble perdre lentement mais sûrement du terrain. Cette évolution interpelle les principaux acteurs de la filière. Leurs projections leur font dire que l’UVC représentera 40 à 45 % du marché d’ici 2007. Dans ces conditions, ils sont tous sur le pont pour s’approprier au plus vite les parts qui font déjà le marché de demain.
Poids, forme et prix
Depuis deux ans, les investissements vont bon train. Westfleisch y a consacré 8 millions d’euros à Münster, en Westphalie, avec sa marque WestfalenLand. 4 millions d’euros supplémentaires sont programmés fin 2004. Au rythme actuel, ses lignes de production livrent trois millions d’unités par semaine. L’objectif est de sortir un produit standardisé comme des côtelettes de porc de pile 80 grammes pièce. « Même poids, même forme, même prix », dit la devise de la maison. En Bavière, le groupe Südfleisch a spécialisé son site de Pfarrkirchen en 2002 et 2003. Sa production de viandes prêtes à cuisiner, vendues par sa filiale Lutz sous la marque Lutz, a rapidement grimpé à 35 000 tonnes. Le développement de l’UVC demeure la première priorité. Les bénéfices de Lutz n’empêchent pas le groupe d’avoir le souffle court. L’entreprise ploie sous le poids d’anciennes dettes à hauteur de 117 millions d’euros. Une augmentation de capital de 18,7 millions étalée jusqu’en 2008 et une énième restructuration des sites d’abattage et de l’atelier centralisé de découpe ont rythmé le quotidien du groupe coopératif ces quinze derniers mois.
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Autre acteur, le groupe d’origine néerlandaise Bestmeat s’est implanté en Allemagne via les prises de participation successives et majoritaires dans le capital du groupe privé Moksel fin 2002 et de la coopérative Nordfleisch en mars 2004. Son but avoué est de devenir « le numéro un en viande standard de haute qualité », notamment en se servant de nouvelles technologies mises au point en partenariat avec des instituts universitaires. Salomon et Eyckeler&Malt, deux filiales de Moksel, ont bénéficié des plus récents investissements dans les lignes de produits libre-service. Aux Pays-Bas, le déréférencement des produits LS du groupe chez le distributeur Albert Heijn entraînera la fermeture début 2005 de deux anciens sites et la restructuration d’un troisième. Cette péripétie ne devrait cependant pas freiner l’appétit de l’entreprise batave.
Le dynamisme de Tönnies
Avec ses marques Westfalenglück (viande fraîche) et Tillman’s (plats cuisinés frais et surgelés) l’entreprise à capital familial Tönnies n’est pas la dernière à faire preuve de dynamisme. En 2004, elle a ajouté 40 millions d’euros aux 65 millions déjà dépensés dans l’extension, la maîtrise des flux et la modernisation de ses outils en 2003. Le fleuron de ces investissements est la chaîne de découpe automatisée de carcasses de porcs installée à Rheda, dans son fief de Basse-Saxe. Depuis le printemps 2003, l’atelier traite 60 000 porcs par semaine avec l’objectif annoncé d’un produit sans reproche et assez compétitif pour être placé dans tous les circuits de distribution. Cette entreprise créée en 1971 affiche une capacité de production de 250 000 tonnes pour un marché du libre-service évalué à 600 000 tonnes tous produits confondus.