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Alimentation mondiale Améliorer l’accès à l’alimentation, une question interdisciplinaire

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Le droit à l’alimentation a été reconnu comme un des droits fondamentaux de l’humanité en 2004 par les Nations Unies. Près de sept ans après, le problème de l’accès à l’alimentation dans le monde n’a pas été résolu. De nombreux travaux tentent d’apporter des réponses à cette préoccupation et lors du colloque « La fin de la faim en 2050 ? », organisé à Paris les 11 et 12 mai, d’éminents spécialistes ont fait le point sur leur avancée.

Rappelant tout d’abord la définition du droit à l’alimentation, c’est-à-dire « le droit d’avoir un accès régulier, permanent et libre, soit directement, soit au moyen d’achats monétaires, à une nourriture quantitativement et qualitativement adéquate et suffisante, correspondant aux traditions culturelles du peuple dont est issu le consommateur, et qui assure une vie psychique et physique, individuelle et collective, libre d’angoisse, satisfaisante et digne », Jean Ziegler, rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, a rappelé que ce droit était l’un des plus violés dans le monde. Il s’exprimait à l’occasion d’un colloque intitulé « La fin de la faim en 2050 ? », à Paris les 11 et 12 mai.

Des facteurs et des modèles multiples
« Il n’y a pas de solution unique pour lutter contre les problèmes d’alimentation et de pauvreté », a déclaré Marion Guillou, présidente-directrice générale de l’Inra. Selon elle, il faut d’abord « caractériser pourquoi les populations sont pauvres ? Ce qui peut être lié aux maladies empêchant de travailler, au manque de facteurs de production pour démarrer les activités agricoles…il faut donc en premier lieu établir un diagnostic ». Elle a ensuite expliqué que pour s’atteler au problème de la faim dans le monde, il faut faire face aux particularités de chacun, car « il y a des millions de personnes dans des millions de situations ». Pour Marion Guillou, la faim s’installe souvent à la suite d’un enchainement de situations particulières demandant des solutions adaptées. À ce sujet, elle a abordé les facteurs de résilience des milieux agricoles ou naturels, c’est-à-dire leur capacité après un choc à revenir à un état d’équilibre. Pour Marion Guillou, la biodiversité est un facteur favorable à la résilience d’un milieu : « Plus il y a de diversité au niveau des êtres vivants, plus on a de chance qu’un milieu revienne à l’équilibre après un choc ». Dans les solutions à définir pour lutter contre la faim, « nous avons la volonté de respecter les modèles culturels et de ne pas en imposer un, car la diversité des systèmes agricoles est un facteur permettant de réagir à des situations d’aléas encore inconnues à ce jour », a indiqué Marion Guillou.

Le changement climatique est un problème central 
Le changement climatique est un facteur de limitation de la hausse de la productivité agricole, a souligné Marion Guillou. Toutefois, elle indique « qu’en théorie, aujourd’hui il y a suffisamment de productions agricoles pour nourrir l’humanité, mais que le problème de l’accès économique à l’alimentation, induisant la question de lutte contre la pauvreté, reste majeur ». Elle insiste aussi sur le fait que les crises politiques, telles les guerres, rendent difficiles l’acheminement des denrées alimentaires aux populations. Mais, à moyen, voire long terme, le changement climatique semble l’un des principaux facteurs de limitation de la hausse des rendements en agriculture, notamment pour la culture du blé. « Créer une nouvelle variété de blé met dix à quinze ans, donc si celles qui existent aujourd’hui ne correspondent plus au climat actuel, il faudra dix à quinze ans de plus pour créer les nouvelles variétés adaptées », explique Marion Guillou. C’est pourquoi « la recherche s’engage pour anticiper les contextes futurs et préparer les programmes de recherche de demain en anticipant les futurs possibles », indique-t-elle. Marion Guillou s’implique aussi, au travers d’un groupe de travail interdisciplinaire et international, la commission sur l’agriculture durable et le changement climatique, afin de rédiger des notes de synthèse prospectives, la dernière étant datée du 13 avril, à destination des décideurs, en reprenant un grand nombre de publications scientifiques.

Trois cibles principales pour sensibiliser les décideurs
Rappelant que l’agriculture participe pour 13% aux émissions de gaz à effet de serre (GES), et que le changement d’usage des sols y participe pour 18%, Marion Guillou estime qu’il n’est pas possible d’établir une stratégie de réduction des émissions de GES sans y inclure les activités agricoles. « Diminuer les émissions de GES sans inclure l’agriculture serait irréaliste », a lancé Marion Guillou, qui indique que si l’on ne donne pas les outils incitatifs aux personnes pour faire évoluer les pratiques la volonté de diminuer les émissions de GES sera incantatoire. Ainsi, la commission sur l’agriculture durable et le changement climatique compte mettre au point des outils collectifs pour améliorer la situation. Le groupe de travail a fait passer le message lors de la conférence de Durban sur le changement climatique en décembre dernier afin d’envisager d’inclure l’agriculture dans les facteurs du changement climatique. Le message devrait aussi être passé lors du prochain G20, les 18 et 19 juin au Mexique. « Il est important que ces pays partagent les préoccupations et diagnostics sur le changement climatique », insiste Marion Guillou. Troisième cible, le sommet de Rio + 20, du 20 au 22 juin 2012, où la commission sur l’agriculture durable et le changement climatique va tenter de faire passer son message. Enfin, afin de conserver un facteur de production essentiel en agriculture, le sol, Marion Guillou a souhaité alerter l’opinion sur les pertes de sols qui atteindraient, selon elle, 10 à 20 millions d’hectares par an dans le monde. Les causes principales de ces pertes étant la salinité des sols, souvent liée à l’irrigation par la surexploitation des nappes phréatiques ou à l’érosion, rendant les sols impropres à l’agriculture. L’imperméabilisation des sols, par la construction de routes par exemple, diminuerait d’autant les hectares de terres disponibles selon Marion Guillou.

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