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Témoignage d'él André Bernard : « Il faut maîtriser ses sujets »

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Pour le président FNSEA de la Chambre d'agriculture du Vaucluse, un élu doit bien connaître les dossiers consulaires avant de prétendre changer les orientations d'une chambre.

Quelles sont les marges de manœuvre d’un président de chambre d’agriculture lorsqu’il arrive aux manettes ?

Elles ne sont pas aussi grandes qu'on peut les imaginer, d’abord parce qu’une partie des services sont des délégations de service public, comme une partie de l’accompagnement à l’installation, ou d’intérêt général, comme la représentation des agriculteurs.

L’une des marges de manœuvre, c’est de faire évoluer la tarification, par exemple décider que la chambre ne fera pas payer les gens qui sont au forfait pour favoriser les plus petites exploitations, ou au contraire faire payer plein pot les viticulteurs, parce que l’on considère que cette activité n’est pas prioritaire dans le département.

On peut également travailler sur les orientations de ces activités de service public. Le président peut par exemple dire que la chambre travaillera moins sur la défense des terres en urbanisme, moins sur la thématique eau et davantage sur les circuits courts. Dans notre chambre d’agriculture, 15% des effectifs travaillent sur la thématique eau.

Quels sont les liens avec les collectivités territoriales, et le marché privé du conseil ?

Aucun poste n’est financé d’une seule source, la plupart des effectifs sont cofinancés, par le privé, le public ou les collectivités territoriales. C’est la réalité des chambres d’agriculture : on réalise des services publics, mais il faut aussi raisonner comme une entreprise.

Par exemple, une grande partie du travail des élus consiste à représenter les agriculteurs dans diverses instances. Et pour que cette représentation soit efficace, il nous faut des cerveaux, des salariés très qualifiés pour renforcer notre poids. Un travail que nous devons financer par des prestations de conseil payantes, qui doivent être compétitives sur le marché du conseil.

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Le lien avec les bailleurs publics est important. Dans mon département, nous portons un projet d’irrigation d’un tiers du département, au titre des périmètres de captage d’eau potable prioritaires et des zones en déficit hydrique chronique. C’est un projet évalué à 250-400 millions d’euros, pour lequel la chambre apporte les études de faisabilité.

Le projet sera co-financé par les agriculteurs, les agences de l’eau et l’UE. Mais c’est la DDT (préfecture, NDLR), qui nous a demandé, il y a quatre-cinq ans, de prendre la tête du projet et de conduire les études. L’étude elle-même est co-financée par l’UE, via le conseil régional, la compagnie nationale du Rhône, l’interprofession viticole et des fonds publics.

Quels sont les rapports avec les salariés de la chambre d’agriculture ?

Il  faut maitriser ses sujets. Cela fait 18 ans que je suis au bureau, je souhaite bien du courage à celui qui arrive et qui n’a jamais touché au sujet. L’idéal c’est de prendre en main petit à petit les dossiers. Car il y a une administration, des salariés qui ont trente ans de boîte pour certains, et que l’on ne fait pas changer de cap en claquant des doigts.

Mais, en fin de compte, vous pouvez être débarqué chaque année, à chaque session de chambre, si le budget que vous présentez n’est pas satisfaisant, et que vous êtes mis en minorité.

« Vous pouvez être débarqué chaque année »