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Ania : la guerre des prix freine la capacité des entreprises à investir

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Malgré des facteurs externes favorables, la guerre des prix dans la grande distribution « freine significativement » la capacité des entreprises agroalimentaires à investir et à se développer. Lors d’une conférence de presse qui s’est tenue le 29 mars, le président de l’Association nationale de l’industrie alimentaire (Ania), Jean-Philippe Girard, a exposé cette situation qui hypothèque lourdement la nécessaire modernisation de l’industrie agroalimentaire française.

Dans un contexte intérieur de guerre des prix tenace entre enseignes, les 16 218 entreprises du secteur, dont 98% de TPE-PME, « ne sont pas parvenues à générer une croissance rentable malgré leurs efforts permanents d’adaptation et d’innovation », selon l’Ania. Cette guerre des prix entre distributeurs a plombé le taux de marge et l’investissement de l’industrie agroalimentaire.

La spirale déflationniste se poursuit, l’investissement en chute libre

Le mois de janvier 2016 a constitué le 31ème mois consécutif de déflation pour l’ensemble des produits de grande consommation. Un niveau de déflation inobservé depuis plus de huit ans, a précisé Stéphane Dahmani, directeur de l’économie à l’Ania. La guerre des prix se déroule entre enseignes de distribution, mais elle est financée par leurs fournisseurs agricoles et agroalimentaires.

Avec une déflation des produits alimentaires, qui s’est élevée à 1,2% en 2015, d’après l’Iri (Institut de recherche et d’innovation, un organisme de recherche agréé par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche), « le taux de marge du secteur a atteint son plus bas niveau depuis 1974 ». Le taux de marge, rapport entre l'excédent brut d'exploitation et la valeur ajoutée, qui indique la performance d'une entreprise, est tombé à 40-42% en 2015 dans l'industrie alimentaire, contre plus de 45% de 2000 à 2009, et plus de 48% entre 2000 et 2005, a ajouté l'économiste de l'Ania, sur la base de données de l'Insee.

Le taux de marge du secteur agro-alimentaire a atteint son plus bas niveau depuis 1974

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Ce taux ne s'est pas redressé malgré les facteurs porteurs  : le prix du baril de pétrole évolue depuis début 2016 entre 20 et 30 dollars, les taux d’intérêt sont en constante diminution et à des niveaux historiquement bas pour les entreprises (près de 0% en 2015 et 2016), a-t-il ajouté.

Résultat : alors qu’en juillet 2015, les chefs d’entreprises agroalimentaires anticipaient une hausse de leur investissement de 9%, l’investissement s’est finalement brutalement contracté pour finir à -7% fin 2015, soit une révision de 16 points, « d’une ampleur inédite », selon t l’enquête Insee sur les investissements dans l’industrie. « La capacité de l’industrie alimentaire à recruter, investir, innover et exporter est significativement freinée », a commenté Stéphane Dahmani . La guerre des prix « maintient l’industrie agro-alimentaire dans une situation d’attente qui accentue le risque de vieillissement de l’appareil industriel ».

Tout un pan du marché alimentaire est importateur (-3,3 Mrd €)

Une analyse des exportations par produit révèle que plusieurs catégories alimentaires sont encore déficitaires, pour un total de -3,3 milliards d’euros (Mrd €) : préparations à base de poissons, produits à base de fruits et légumes, huiles et graisses végétales. Le secteur de la boulangerie-pâtisserie et pâtes est classé dans la rubrique des secteurs déficitaires, à environ -500 millions d’euros.
Le premier secteur agroalimentaire exportateur est celui des boissons (dont notamment vins et spiritueux), à plus de 11 Mrd €. Il est suivi des produits laitiers et glaces, à près de 4 Mrd €. Puis vient celui classé dans la rubrique « travail du grain », à un milliard.