La maire de Paris Anne Hidalgo a, dans son programme électoral, un projet de partenariats avec les agriculteurs franciliens pour approvisionner les cantines de Paris, ont signalé plusieurs sources en début de semaine du 28 octobre. Les milieux agricoles sont prêts à participer au projet.
La liste de soutien à la candidature d’Anne Hidalgo aux municipales, « Paris en commun » (socialiste), propose de créer des partenariats avec les agriculteurs de la ceinture de Paris pour développer l’approvisionnement local de la restauration collective parisienne. L’annonce de ce projet a été révélée par le quotidien Le Parisien du 28 octobre, puis quelques heures après par une tribune dans Le Monde, signée par trois membres de la liste électorale. « Nous avons découvert le projet en lisant la presse », s’est exclamé Christophe Hillairet, président de la Chambre d’agriculture de la région d’île de France.
L’entourage d’Anne Hidalgo a présenté le projet comme étant « la création d’une coopérative agricole » pour produire dès 2020 de quoi fournir les 30 millions de repas annuels de la Ville de Paris, dont 22 millions dans les cantines des écoles. La coopérative « Du champ à l’assiette » serait portée par AgriParis, une société d’économie mixte. Dans une tribune au Monde parue le 29 octobre, Célia Blauel et Pénélope Komitès, adjointes à la mairie de Paris, et le voyagiste Jean-François Rial précisent qu'« AgriParis sera une société d’économie mixte coopérative, créée en partenariat avec le monde agricole, pour permettre à Paris de produire directement ses denrées alimentaires ».
« Dans une ville comme Paris, relocaliser l’alimentation est vital »
« La plate-forme citoyenne “Paris en commun”, qui s’est engagée aux côtés d’Anne Hidalgo, propose de créer la coopérative agricole AgriParis afin de gérer l’approvisionnement en alimentation biologique, locale, éthique, sociale, bref, écologique de la capitale. Dans une ville comme Paris, relocaliser l’alimentation est vital. Et la bonne nouvelle, c’est que c’est possible. La puissance publique municipale peut avoir une vraie capacité d’entraînement », ont déclaré les trois auteurs de la tribune. Ils citent l’ampleur du débouché (les 30 millions de repas annuels), mais ils mettent aussi en avant l’enjeu climatique : « La bataille climatique est aussi une bataille agricole. Dans le bilan carbone de notre ville, c’est-à-dire ce qui mesure les émissions de CO2 de nos activités, l’alimentation représente près de 20 % du total. C’est considérable ». Ils soulignent « l’aberration environnementale » qui prévaudrait aujourd’hui : « Un aliment fait en moyenne 660 kilomètres avant d’arriver dans l’assiette d’un Parisien (un peu plus pour les fruits et légumes, un peu moins les céréales) ».
Paris veut travailler avec le monde agricole…
Les trois ténors de la liste socialiste affichent leur ferme intention de travailler avec le monde agricole et de ses institutions : « Nous voulons travailler avec le monde agricole, les chambres d’agriculture, les acteurs de terrain, les syndicats, et les collectivités locales à l’élaboration d’un accord pour une agriculture respectueuse de l’environnement, une qualité des denrées et une maîtrise des prix en limitant les intermédiaires ». Les auteurs de cette déclaration ont « la conviction que les agriculteurs ne sont pas les adversaires de la conversion écologique mais simplement nos meilleurs alliés pour y parvenir ».
Le projet « reste à construire », mais il dispose déjà de bases existantes, précise Pierre Jeudy, conseiller auprès de la maire chargé de l’environnement et de l’économie circulaire : la Ville de Paris dispose de terres, à travers sa régie « eau de Paris », pour les captages d’eau potable. Déjà une cinquantaine d’agriculteurs ont été accompagnés par la régie dans leurs actions de diminution d’épandage d’intrants. Le partenariat avec les agriculteurs pourrait inclure l’achat de nouvelles terres agricoles par la Ville, a-t-il mentionné.
… et le monde agricole avec Paris
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Christophe Hillairet, président de la Chambre d’agriculture de région d’île de France, a indiqué qu’il est prêt à travailler avec la mairie de Paris sur le projet. « Je suis évidemment prêt à travailler avec ces interlocuteurs, car ce sont des clients et les agriculteurs franciliens auraient tort de s’en priver. » « Ce que les responsables de la mairie ne veulent plus, c’est voir du bio dans les cantines qui vient de l’autre bout de la planète ». « Rien n’est plus gratifiant pour nous que de fournir les écoles et les autres cantines en produits alimentaires ».
Pour le président de la chambre d’agriculture de région, le terme « coopérative agricole » a été utilisé pour faire comprendre aux Parisiens l’objectif de développer l’approvisionnement local, la proximité des élections municipales renforçant cette motivation. « Plutôt qu’une coopérative, j’ai suggéré à un adjoint de Mme Hidalgo de constituer une société d’économie mixte », qui achèterait les produits aux agriculteurs et les vendrait aux cantines, car « une coopérative n’est pas la mieux placée pour remporter des marchés publics ».
En revanche, « une ligne rouge ne doit pas être franchie » dans le partenariat : « Nous n’accepterons pas que la Ville de Paris prenne des parts dans des exploitations », a ajouté Christophe Hillairet.
La mairie ne veut plus voir du bio dans les cantines qui vient de l’autre bout de la planète
Diffusion prochaine d’une carte des surfaces agricoles menacées autour de Paris
Une carte des surfaces agricoles autour de Paris sera diffusée prochainement, par les membres du projet Carma (Coopération pour une ambition agricole, rurale et métropolitaine d’avenir), projet alternatif « contre la bétonisation des terres agricoles », face au projet Europacity, a indiqué le 28 octobre Cyril de Koning, chargé de promotion de l’association What the food. Cette carte, déjà réalisée, fait figurer les surfaces agricoles actuellement exploitées autour de la capitale et les projets de disparition de ces terres sous le béton.
Les projets d’urbanisation sont nombreux, dans des zones pourtant déjà fortement urbanisées, rappelle Cyril de Koning, qui cite un aquaparc de 90 ha à Sevran (Seine-Saint-Denis), une extension de 40 ha d’une déchetterie à Épinay-Champlâtreux (Val-d’Oise), une extension du site de Disneyland de 115 ha ou encore la transformation de 120 ha du site de l’Inra de Grignon en bandes de terrain de football pour le PSG. Sans oublier d’autres projets comme celui de Montesson (97 ha) et d’Europacity (80 ha, plus 200 ha autour). Le projet d’Europacity, devenu emblématique de l’appétit de terres agricoles par des promoteurs, fait l’objet d’un rapport réalisé par une étudiante, conduit sous l’égide de l’Inra, qui sera exposée début novembre.