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Loi d’avenir Agricole Antibiorésistance : qui délivrera les antibiotiques critiques ?

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Les vétérinaires libéraux prévoient de manifester à Paris contre une disposition de la loi d’avenir agricole qui leur interdit de prescrire eux-mêmes certains antibiotiques. L’objectif de la loi est de lutter contre l’antibiorésistance, mais les vétérinaires dénoncent une mesure qu’ils jugent inefficace et qui inquiète leur profession.

Vétérinaires et pharmaciens s’écharpent autour de la loi d’avenir agricole (LAA), qui doit être examinée par le conseil des ministres le 13 novembre. Depuis plusieurs années, l’Union nationale pour la pharmacie vétérinaire d’officine (UNPVO) accuse les vétérinaires libéraux de prescrire plus d’antibiotiques que nécessaire. Or, selon eux, ces médicaments influent pour une part importante sur le revenu des vétérinaires libéraux, qui les vendent eux-mêmes.
Cette surconsommation serait pour une part responsable de l’antibiorésistance : trop ingérer d’antibiotiques rend « résistantes » certaines bactéries aux molécules, qui deviennent alors inefficace pour traiter les animaux, mais aussi les humains. En 2011, le ministère de l’Agriculture a lancé le plan Ecoantibio (1), qui a pour objectif de réduire de 25% en 5 ans l’usage d’antibiotiques vétérinaires. Mais le conflit d’intérêt pourrait être retourné contre les pharmaciens, puisque tous les antibiotiques prescrits par les vétérinaires libéraux sont aussi autant de manque à gagner pour eux.
 
Haro sur les antibiotiques
Cette double compétence vétérinaire/prescripteur pourrait être en partie remise en cause par la loi d’avenir agricole. Selon l’avant-projet de loi, les vétérinaires pourraient exercer leur métier et prescrire des médicaments « à l’exception des antibiotiques d’importance critique », dont une liste est mentionnée. Cette précision a fait bondir les organisations de vétérinaires libéraux, qui estiment qu’elle est « de nature à compromettre la qualité des services rendus aux détenteurs d’animaux, pourtant constamment plébiscitée par les usagers et, par conséquent, à mettre gravement en danger le réseau territorial vétérinaire », comme l’explique le Syndicat national des vétérinaires d’exercice libéral (SNVEL, qui représente environ 40% des cabinets libéraux). Il prévient que cela se traduira notamment par l’allongement du délai d’intervention lors des urgences, moins de vétérinaires et plus de distance à parcourir, des risques en matière de santé publique et une moindre disponibilité des traitements pour les animaux.
 
Manifestation le 6 novembre à Paris
Mercredi 30 octobre, les représentants des vétérinaires ont décidé de suspendre leur participation aux travaux du plan Ecoantibio 2017 du ministère de l’Agriculture, quittant une réunion du comité de pilotage. Les organisations de vétérinaires ont appelé leurs adhérents à manifester le 6 novembre à Paris contre une disposition qui « a pour objet de lutter contre l’antibiorésistance mais risque d’être étendue à d’autres catégories de médicaments », a expliqué à l’AFP Anne Daumas, directrice du SNVEL. « Cette mesure risque de s’avérer contre-productive » et d’obliger les éleveurs à des démarches supplémentaires – avec la possibilité de traitements incomplets, selon elle. D’autant que « d’autres mesures très contraignantes sont déjà prévues », a-t-elle estimé, en affirmant que la mobilisation des praticiens et des éleveurs depuis 2000 avait déjà permis de réduire l’usage des antibiotiques « de près de 40% ».
 
Le soutient de la FNSEA et d’un sénateur PS
Le SNVEL est soutenu par la FNSEA (2) et par le sénateur PS, président de la région Bourgogne François Patriat, lui-même vétérinaire : « On stigmatise ici en réalité une profession qui est pourtant, d’après toutes les études et tous les rapports scientifiques, en pointe depuis des années dans la lutte contre l’usage excessif des antibiotiques », écrit-il dans un communiqué, demandant « au Premier ministre de revenir sur cet arbitrage, qui ne répond en aucun cas à l’objectif poursuivi, à savoir la lutte contre l’antibiorésistance ».
 
(1) Voir Agrapresse N°3419
(2) Voir Agrapresse N°3413

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