Les élections européennes ont été l'occasion d'un procès en règle des institutions de Bruxelles. Procès injuste à bien des égards, l'Union européenne ne méritant sans doute pas d'être vouée aux gémonies comme elle l'a été. Et puis, cette union n'est que le reflet de ce que chaque pays membre apporte et décide.
Mais il est un défaut qui n'a pas vraiment été soulevé et qui est sans doute le principal, en tout cas pour les domaines qui ont fait l'objet de politiques communes, comme l'agriculture : l'incapacité d'anticiper. On s'en aperçoit une nouvelle fois en ce qui concerne la politique laitière. Tout va bien pour l'instant, la production se développe, les prix se tiennent, donc la Commission de Bruxelles joue le statu quo. Or, elle sait, comme tout le monde, que cette situation aboutira forcément à une crise de surproduction à l'horizon de deux ou trois ans. Croire que les opérateurs privés ou les organisations de producteurs peuvent anticiper et éviter des surplus est une vue de l'esprit. Cela ne s'est jamais vu. La somme des intérêts particuliers ne débouche pas sur l'intérêt commun. Pas besoin d'avoir lu le dernier livre de Thomas Piketty pour le savoir.
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L'incapacité à prévenir un problème, c'était déjà le cas lors des années soixante-dix ou quatre-vingt lorsque des excédents agricoles s'étaient formés sous l'impulsion des prix garantis. Plutôt que de donner un coup de barre brutal comme en 1993 pour supprimer ces garanties, l'Europe aurait pu mieux gérer les prix et la recherche de débouchés. Mais il est vrai qu'aucun pays membre n'acceptait une remise en cause de ses prix garantis. Et puis, le principe de l'annualité budgétaire (impossibilité de reporter des budgets d'une année sur l'autre) rend difficile la gestion prévisionnelle. S'il y a une réforme à entreprendre, c'est peut-être celle-ci. Ce qui contribuerait à donner à l'UE une culture d'anticipation.